‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 49 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE IV

ne trouveront pas dans les modes de placement que nous venons d'indiquer, les forts intérêts que pourraient leur faire espérer les placements sur les particuliers, ou dans les entreprises commerciales; mais elles ne seront jamais exposées aussi à des pertes déplorables comme celle qui vient d'être mentionnée. Quand il s'agit des capitaux, lentement amassés, d'ouvriers prévoyants et laborieux, ce qu'on doit rechercher, c'est un placement sûr plutôt qu'une fructification rapide. Les chances si variables de l'industrie et du commerce doivent être, dans la plupart des cas, soigneusement évitées par les sociétés de secours mutuels ' ; nous préférons même de beaucoup en général, pour ces sociétés, les placements aux caisses d'épargne, et surtout à la caisse des dépôts, aux achats de rentes sur l'État. La nécessité éventuelle d'une prompte réalisation du capital peut en effet les obliger à vendre ces rentes à des prix inférieurs à ceux qu'elles ont coûté, et il peut en résulter des pertes importantes.

Telle doit être, en général, la règle des placements des sociétés de secours mutuels. Avons-nous besoin d'ajouter que pour nous cette règle n'a rien d'exclusif? Certaines sociétés ont des fonds placés sur hypothèque et aux monts-de -piété. On a aussi parlé dans ces derniers temps de placements, en obligations du Crédit foncier avec chances de lots aux tirages trimestriels. Les sociétés formées entre ouvriers de la même usine déposent le plus souvent leurs fonds entre les mains des patrons. Il serait excessif et même contraire aux doctrines économiques, lesquelles condamnent toute concentration absolue entre les mains de l'État, de ne jamais admettre aucun placement de cette nature. Il y a là une question de garantie : que la sécurité du placement soit certaine, et les vrais principes seront sauvegardés.

Nous savons bien que quelques personnes trouvent que « la discussion en assemblée générale du meilleur placement à faire de l'actif social, eût été pour tous les associés un sujet de discussions intéressantes et sérieuses, un attrait de plus vers l'œuvre à laquelle ils participent, un apprentissage de la vie écono-

' Ce placement est, du reste, interdit actuellement aux sociétés approuvées.

mique * . « Nous ne nions pas que l'enseignement qui pourrait résulter pour les sociétés du libre maniement de leurs capitaux aurait son bon côté, et ce n'est pas nous qui nous opposerions absolument à ce que les versements dans telle ou telle caisse de l'État cessassent de figurer comme obligatoires dans un article de loi. Mais nous ne pouvons souhaiter à la caisse des sociétés de faire les frais de « l'instruction qui serait acquise en expérimentant d'autres placements. » Cette gymnastique de la comptabilité nous semblerait trop chèrement payée ; et décidément le maniement des fonds, fût-il complètement dégagé d'entraves, nous ne conseillerions qu'avec la plus extrême réserve les placements dans les entreprises commerciales. Que les sociétés privées qui peuvent à ce sujet se mouvoir librement aient bien soin d'agir ici avec toute la maturité qui est un impérieux devoir. 11 y a des choses qu'un particulier peut faire, qu'il serait même déraisonnable à lui de ne pas tenter, et qui ne sont pas permises à des agrégations qui ont entre les mains des intérêts d'un certain ordre et dont le présent seul n'est pas en jeu.

En Suisse, les caisse d'épargne, — et l'analogie est évidente, — sont, on le sait, complètement libres. Autrefois, la sûreté absolue pour les sommes déposées était tout pour le déposant. A une époque où la connaissance du mécanisme relatif à la circulation de l'argent se généralise de plus en plus, une autre tendance s'est naturellement fait jour : on veut un intérêt aussi considérable que possible. M. le pasteur Spyri, de Zurich, qui nous a déjà fourni d'intéressants renseignements sur la Suisse prévoyante, pense "^ que dans cette lutte aussi silencieuse que persistante qui se développe sur le terrain des caisses d'épargne entre les intérêts de l'individu et ceux du fonds de réserve, le succès final, malgré la vive et longue résistance des caisses ne pourra qu'appartenir à la partie qui demande le plus de liberté et de mouvement. C'est ainsi que le taux de l'intérêt qui n'était à 4 p. 100 que pour les petites sommes a été maintenu dans quelques caisses pour tout dépôt, quel qu'en soit le chiffre. C'est ainsi qu'on a renoncé à exiger la preuve que le remboursement

• M. Paul Belhmonl, Courrier du Dimanche du 10 avril 1864. ' Ibid., p. XV.

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