PARTIE IV, CHAPITRE IV
est bon et nécessaire. M. Spyri, — dont l'autorité doit être pour nous considérable, car il raisonne sur une institution qu'aucune lég^islation n'entrave, qui a l'habitude de se mouvoir librement et à qui il est bien décidé à voir conserver cette liberté d'allure ' — pense qu'il faut établir une conciliation entre ces tendances, la sûreté absolue et la fructijBcation plus grande du dépôt, et ne pas sacrifier la première à la seconde. Ainsi pendant que la grande majorité des caisses d'épai^gne libres de la Suisse place encore exclusivement sur hypothèque, M. Spyri admet bien que pour rendre les sommes déposées productives dès le jour du dépôt, les caisses entrent en compte courant avec une banque solide (ces mots ont ici une signification particulière) jusqu'au moment du placement définitif; mais pour ce placement il est si loin d'admettre l'immixtion du commerce qu'il dissuade les caisses d'ajouter à leurs placements hypothécaires les placements en actions d'une partie seulement de leurs capitaux, bien qu'elles dussent y trouver avantage et par les fluctuations de prêt et par l'intérêt plus élevé. 11 leur recommande de s'en tenir au principe des placements exclusifs sur biens-fonds, « car, ajoutet-il, chaque entreprise sur actions, quelque solide qu'elle soit, est cependant trop exposée aux fluctuations du temps, pour que nous puissions désirer que les caisses d'épargne exposent à leur tour des milliers de déposants à ces vicissitudes. ^. » Le Times^, d'autre part, commentant le rapport du registrar pour 4864, adjure les sociétés « d'éviter tout ce qui ressemblerait à une spéculation dans le placement des capitaux. »
On le voit, il y a quelque raison pour nous à conseiller la prudence à nos sociétés de secours mutuels si inexpérimentées, si habituées à la tutelle. Une certaine innovation nous trouverait cependant favorable : un des progrès les plus désirables serait que les capitaux de la classe ouvrière, molécules stériles quand
' La société suisse d'utilité publique ayant en effet discuté en ]8ô3 la question de savoir s'il ne serait pas à propos d'établir un certain contrôle de l'État sur les caisses d'épargne, la société résolut la question négativement, et cela avec raison, dit M. Spyri, car le motif du succès de ces caisses suisses, c'est leur liberté avec le fondement du caractère national. (Ibid., p. xii.)
2 Ibid., [t. xxviii.
» Du 21 septembre 1864
elles sont isolées, puissance sérieuse une fois réunies, fussent employés autant que possible dans l'intérêt de la classe ouvrière elle-même, rentrant ainsi par le plus heureux retour dans le courant d'où elles proviennent. Ne pourrait-on autoriser les sociétés de secours mutuels à faire des prêts dans certains cas, et suivant des formes déterminées aux sociétés naissantes qui ont le travail pour but ? Nous reviendrons, en nous occupant plus loin du mouvement coopératif, sur cette question importante.
Les longs détails dans lesquels nous venons d'entrer indiquent toute l'importance que nous attachons à ce qu'il ne soit apporté aucun retard dans le placement des sommes qui ne sont pas strictement indispensables aux dépenses courantes. Il n'est pas besoin de démontrer expressément que les sociétés ne doivent pas laisser leurs capitaux improductifs dansleurs caisses. Les divers comptes-rendus annuels indiquent cependant qu'elles sont loin de comprendre parfaitement leur intérêt sur ce point *• Au fur et à mesure que l'organisation financière des sociétés deviendra plus précise, les retards dans les versements deviendront plus fâcheux. C'est un des premiers devoirs de leurs administrateurs de les rendre aussi rares que possible.
• Surî6,540,000ir., formant l'avoir disponible des sociétés en 1863 (en deliors du fonds de retrailc), les intérêts touchés des capitaux placés ne s'élèvent pas à plus de 907, 000 (r.