‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 6 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE I. M · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE I. M

Signalons aussi, au milieu de beaucoup d'autres, la société chrétienne de secours mutuels, entre ouvriers, établie à Rouen; la société d'Angers, fondée et présidée par l'évêque du diocèse ; la société religieuse de secours mutuels, sous le patronage de saint Clair et de saint Yictor, fondée en 1 854 par M. l'archevêque de Paris; la société Avignonnaise, placée sous le patronage de saint Vincent de Paul, et recommandée, en 1849, par le concile d'Avignon, s'exprimant ainsi : « Le désir ardent de ce synode est que dans chaque paroisse de la province, même dans les paroisses rurales, on érige une semblable association'.» Le Moniteur^ enfin, enregistrait, il y a quelque temps, la nomination du général des Trappistes, comme président de la société de secours mutuels de Soligny (Orne).

Dans quelques sociétés, on trouve la prière en commun ; le curé y est président-né. Dans certaines villes du Midi, Nîmes, Toulouse, Toulon, Lyon, il est des sociétés qui vont même jusqu'à ne recevoir que des membres professant la religion catholique, et offrant des garanties de religion; elles sont souvent organisées par paroisses.

Les cultes non catholiques présentent un nombre notable de sociétés de secours mutuels.

La communauté Israélite universelle est unie elle-même par une solidarité trop intime, pour n'avoir pas compris l'utilité de grouper par la prévoyance ses enfants nécessiteux.

Nous avons parlé plus haut de deux sociétés Israélites fondées à Bordeaux, l'une en 1750, l'autre en 1803 ; la. société de Guémilout-Hassadim, et la société de Tol-Bacob. Quatre autres socié- .tés, dont deux exclusivement composées de femmes, embrassent une grande partie de la population Israélite de Bordeaux. Il existe un assez grand nombre de sociétés Israélites dans d'au-

magne par M. le chanoine Colpingde Cologne, et vivement préconisé ;iu Congrès catholique de Maiines en 1864 pour être appliciué dans les divers pays.

* Il faut, dit en outre le synode, concilier ces deux choses : « L'honneur qu'il y a à gagner sa nourriture par son propre travail et les secours ([ue l'on reçoit dans l'adversité, en poussant autant que possible l'indij^ent à entrer en participation de ce bienfait.» Le concile déclare ces conditions réunies dans les sociétés de secours mutuels. Un bref du 20 mars 1850, adressé de l'orlici par le pape aux membres du concile d'Avignon, formule dans le même sens l'opinion oificielle de l'Église catholique sur les associations de prévoyance.

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1res villes de France, à Paris et à Strasbourg principalement. Paris seulement compte, sur une population de moins de 20,000 âmes, environ 20 sociétés reliées au consistoire central, et portant toutes des dénominations bibliques : la Terre promise, les Filles de Zorobabel, Moïse et Aaron, le Mont Sinaï^ Jérusalem, Sion, les Enfants des douze Tables, etc.

Le patronage est exercé dans toutes ces sociétés comme peutêti'e nulle part ailleurs '. On y trouve la trace de la plus étroite solidarité qui ait jamais été, la solidarité dans la persécution séculaire. « Votre lettre, écrivaient en 1860 à M. Ad. Crémieux, à l'occasion de son initiative en faveur des chrétiens de Syrie, tous les présidents des sociétés de secours mutuels Israélites de Paris, votre lettre est un événement. Elle renferme un principe de solidarité universelle qu'il est de notre devoir de consacrer. Elle ouvre une ère nouvelle, elle combat, quelle que soit la religion qu'on professe, cet héritage néfaste du moyen âge, l'intolérance religieuse qui est la honte de l'humanité. Combien de noscoreUgionnaires souffrent encore de cette torture; se sentir homme et être relégué au rang des parias ! » Et toutes les sociétés Israélites de Paris souscrivirent dans une forte proportion pour les chrétiens de Syrie.

Le culte protestant attache aussi une grande importance à la bienfaisance mutuelle. Sous la dénomination de sociétés protestantes de prévoyance el de secours mutuels, il a donné naissance, à Paris et à Lyon, il y a près de trente ans, à deux associations comprenant chacune 500 membres, et possédant ensemble un capital de plus de 150,000 francs'^. Bordeaux, Strasbourg, et les

* Les noms des Anspach, des Crémieux, des Fiirlado, des Halevy, des Halphen, des Javal, des Rothschild, des Solar, des llliiiiinii, tous vrais mernlnes honoraires de ces soriélés, donnent au |)atrona^'(' une vi(:ueur hien facile à a|i|irécier pour (jui connaît la cohésion de la famille israélite.

2(>elle de Paris a été reconnue étahlissement d'utilité pulili(]uc, le 1*2 mars 1829.

Un recueil puhlic à (ienève {Hnue critUiue des livres nouveaux, par Joël Chcrhuliez), en faisant reinari|uer que cette société prend ses directeurs en dehors de ses memhres participants, a exprimé le reprct (orlohre 1800) que nous n'ayons pas assez insisté sur l'utilité des directions de cette sorte. La société protestante de Paris est Kans doute dans des conditions spéciales rpii expliipu;nt son mode de direction. Maisce que nous avou» dit sur l'utilité des memhres honoraires n'a aucun rapport avec la pensée de leur confier exclusivement la direction des sociétés, et nous ne pensons en aucune façon — ainsi (pie scmhle le faire le recueil genevois — r|u'en thèse générale

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villes du Midi qui furent le théâtre des guerres de religion, possèdent des sociétés protestantes. La société de Bordeaux, créée sous le patronage des hommes les plus considérables et les plus respectés de la religion réformée, a pour but « d'établir entre les habitants de la ville appartenant aux diverses communions protestantes une mutualité aclive de secours à domicile, dans la maladie ; de les préserver du besoin et de l'indigence que leur causerait la cessation de leurs travaux, et d'affermir au sein de la famille l'ordre, l'économie et les bonnes moeurs. Tous ses membres se doivent les uns aux autres une affection franche et dévouée, un appui matériel et empressé; ils doivent s'avertir réciproquement, selon les règles de la charité chrétienne, de tout ce qui pourrait nuire à leur réputation et à leur prospérité. » Les sociétés protestantes n'interviennent jamais dans les pratiques mêmes du culte.

Des deux genres de sociétés mutuelles dans lesquelles l'influence des idées religieuses peut s'exercer ; de celles oii l'expansion des principes de charité et d'amour fraternel sur lesquels tous les cultes sont d'accord est regardée comme suffisante pour faire sentir cette influence, ou de celles comme les sociétés de Saint-François-Xavier ou comme les sociétés protestantes et Israélites qui, se considérant comme des moyens d'édification aussi bien que de secours, se limitent aux personnes partageant des sentiments identiques, on peut préférer les unes aux autres; mais nul ne pourra contester qu'il ne soit loisible à des hommes assemblés par leur commune volonté d'attribuer même à des pratiques spéciales et tout à fait en dehors de la mutualité une part aussi considérable qu'ils l'entendront'.

Les statuts de quelques sociétés protestantes contiennent des dispositions dignes de remarque. Ainsi, la société de Strasbourg stipule pour son comité le droit non-seulement de priver de se-

une société puisse « devoir une bonne part de sa prospérité» à ce fait que « ses membres ordinaires » ne soient pas ses directeurs. Le vrai rôle des membres honoraires nous semble au contraire devoir consister à conseiller plutôt qu'à exciter, en assumant sur eux les directions, des susceptibilités jalouses...

' Dans les villes où Tesprit des vieilles querelles religieuses est encore vivace, les sociétés mixtes nous semblent cependant devoir être préférées. A Sainte-Foy (Gironde), où la population est moitié protestante, moitié catholique, une société de ce genre a rendu des services réels pour l'apaisement des passions.

cours, mais même d'expulser le sociétaire qui aurait occasionné un scandale dommageable à l'honneur et au crédit de l'œuvre. La société de Mazamet (Tarn) expulse ignominieusement quiconque se sera refusé à veiller un sociétaire atteint d'une maladie contagieuse, et exige que ses candidats prennent l'engagement de ne jamais entrer dans un café ni dans un cabaret. Nul ne sera admis dans la société, dit le texte, s'il ne prend l'engagement formel de s'abstenir d'une manière absolue du cabaret et du café. Un membre toutefois « peut recevoir dans une auberge un étranger, pourvu qu'il en fasse la déclaration au surveillant de son quartier dans les vingt-quatre heures. » Le puritanisme des sociétés anglaises ou américaines de tempérance ferait à peine davantage '. De semblables règles entraînent naturellement une surveillance de tous les instants sur les sociétaires. Aussi les statuts portent que si un membre est vu dans un cabaret ou dans un café, il peut être dénoncé au bureau de la société qui le cite à sa barre et lui applique les peines prévues. Pour la première fois, le délinquant est réprimandé; pour la seconde, il encourt 1 fr. d'amende ; pour la troisième, 3 fr. ; pour la quatrième, une suspension d'un an, etc.. On ne saurait aller plus loin dans l'exagération réglementaire.

Nous avons essayé de préciser plus haut l'influence exercée par la franc-maçonnerie et le compagnonnage sur la naissance et le développement des associations mutuelles. Nous n'y reviendrons pas ici ; nous nous bornerons à mentionner que certaines loges maçonniques accordent elles-mêmes en cas de maladies, des indemnités déterminées qui les assimilent sous certains rapports aux autres sociétés de secours réciproques.

' La rigueur de» mn-urs ;imi'ric;iincs a été jusqu'à ticcorder des primes aux matelots de la marine de l'I^tat ({ui renonceraient à leur ration de grog; jusqu'à obtenir des sociétés d'assurances qu'elles fissent une remise de 5 p. 100 sur la prime à l'égard de tout bâtiment mettant à la vuile sans endianiucr de liqueurs fortes. Mais il s'agit là d'un pays ou la consommalion annuelle du seul wliisky, ou eau-de-vie de grains s'est élevée jusqu'à 'il litres jiar liabilant, sans roMi|ilcr les l'emmcs et les enfants ; où l'inlcmpérana- faisait dia(|ue année trente mille victimes. Kn France, même pour les rares province» où l'abus (irs liqueurs fortes ou alcdoUijucs e.st le vice dominant de certains ouvriers, les hommes qui ont été le plus frappés des abus de rintem|iérance ont porté leurs vij'ux non sur {'abstinence complète des boissons enivrantes, mais sur la modération danii l'usage de ces boissons (Voir notamment M A. Labourt, — Reclierches

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