‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 52 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

pratique habituelle. Dans les cas ordinaires, les décisions qu'il prend n'affectent que le malade; ici, non-seulement chaque ordonnance qu'il délivre est un bon sur la caisse d'un tiers, très-digne aussi de sollicitude, qui est la -société, mais encore la manière d'envisager l'état du malade importe au plus haut point à ce même être collectif, dont les ressources sont strictement limitées à cette même société. Sacrifier le malade à la société est impossible ; sacrifier la société au malade serait une infraction au devoir. Le médecin est homme et médecin devant son malade; mais s'il comprend ses obligations de citoyen, s'il élève sa pensée à la hauteur de l'idée mère des associations mutuelles; dans tous les cas, si, simple praticien il se contente d'avoir souci du mandat très-défini qui lui a été confié, il n'aura ni faiblesse ni condescendance. Arbitre du fonds social, il sauvegardera le patrimoine de tous, en déjouant, s'il en était besoin, la déloyauté d'un seul. Son rôle est donc prépondérant ; il est en quelque sorte le pivot de la société. Par l'initiation de Touvrier à l'hygiène, par son éducation physique refaite et sa santé raffermie, par l'existence de la mutualité consolidée, il peut être un agent considérable de civilisation et de progrès.

D'autre part, les sociétés de secours mutuels étant évidemment destinées à s'étendre indéfiniment et à embrasser de plus en plus dans leur action les diverses classes sociales, quelle situation résultera de cette extension pour des intérêts professionnels considérables et aussi dignes que possible d'attention? La nécessité presque universellement imposée par les sociétés à leurs membres de recevoir les soins du médecin qu'elles ont choisi et désigné d'avance ne serait-elle pas de nature : d'une part à aggraver les concentrations comme les déplacements de clientèle pouvant inquiéter, ajuste titre, les médecins, et peutêtre empêcher toute une classe d'hommes éclairés et influents de se rallier franchement à la cause de l'association; d'autre part à entraver l'essor des sociétés par l'abstention ou la retraite d'ouvriers peu disposés à briser des liens de confiance librement contractés avec d'autres praticiens que ceux des sociétés?

Entre les sociétés de secours mutuels et le corps médical, y a-t-il enfin antagonisme forcé? — Au contraire, et malgré les apparences, n'y aurait-il pas solidarité réelle? S'agit-il d'un in-

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térêt général devant broyer sous la loi fatale du progrès un intérêt privé respectable? Ne s'agit-il pas, comme dans tant d'autres circonstances, d'une période difficile à traverser, après laquelle l'harmonie se rétablira?

Ce qui est certain, c'est que l'émotion des médecins est profonde. D'un bout de la France à l'autre ', leurs associations spéciales ont fait entendre un cri d'alarme ; des enquêtes ont eu lieu; la grande association centrale, dont nous aurons à tracer plus loin la très-intéressante monographie, a recueilli des votes partiels; à deux reprises, elle a pris ses conclusions. D'un autre coté, des éludes particulières ont été faites ; les opinions les plus divergentes se sont produites. Prenons donc surtout d'abord le rôle de rapporteur ; exposons successivement et autant que possible séparément, pour chacune des questions qui vont suivre, les arguments divers et les précédents à consulter. Nos conclusions personnelles en seront facilitées.

Comment doit se faire le choix des médecins ? Quelle doit être à ce sujet l'action de la société ; du sociétaire individuellement?

Quel mode de rémunération doit-on adopter?

« Ne serait-il pas équitable et nécessaire de restreindre le nombre des membres participants des sociétés aux seuls ouvriers réputés comme tels, à l'exclusion de tout individu auquel sa position aisée permet de rétribuer personnellement son médecin. ^ »

Eu fait et actuellement, dans la plupart des sociétés, le service médical a été organisé de telle manière, qu'un seul médecin, désigné par la société elle-même, est chargé de traiter soit à forfait, soit à raison de tant par visite (très-rarement d'après ce dernier mode), tous les sociétaires malades. D'autres sociétés, — les plus nombreuses, — admettent deux ou plusieurs médecins ; quelques-unes enfin, tout en ayant des médecins titulaires, autorisent leurs membres à se faire traiter par des médecins de leur choix, à la seule condition par ceux-ci de se faire agréer!

< Hors de la France coiilintnlalc inéiiie, léiiioin le proeès verbal do la Sociélé dcsj médecins de l'ilc de la Uéunioii. Voir l'Annuaire de VAssocialiuîi générale des\ médcnns de France, ['• année, p. 234.

2 Ce sont, pour la Iroisiènic (|neslion, les termes mêmes adoptés par VAssociation\ générale des médecins de France, Annuaire de I8G2, p. 105.

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