‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 53 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

par le conseil d'administration et de s'engager à se conformer aux règlements de la société. C'est M. Vée, bien connu par ses travaux économiques, et actuellement président de la Société du Faubourg Saint-Denis, à Paris, qui est l'auteur de cette dernière organisation \

« Parmi les causes, dit-il, qui peuvent s'opposer au progrès de l'association mutuelle au sein des classes ouvrières, on doit très-évidemment placer la nécessité qu'imposent presque généralement les sociétés à leurs membres, de recevoir les soins du médecin qu'elles ont choisi et désigné d'avance pour ce service.

M Soit que l'ouvrier craigne de ne pas être visité par lui avec autant de zèle et d'attention que par un médecin de son choix, soit que, ce qui est encore plus respectable, il ait contracté d'avance avec un autre praticien des liens fondés sur la confiance, et souvent sur la reconnaissance de services rendus, il n'adopte pas toujours facilement le médecin de la société, et reste quelquefois envers lui dans une attitude de défiance qui le rend plus exigeant et plus difficile qu'il ne l'aurait été envers celui qu'il avait spontanément choisi. »

Le système de M. Yée, dirigé aussi par l'idée d'éviter les déplacements de clients, peut être résumé ainsi :

1° La société mutuelle doit avoir son médecin, ou mieux ses médecins chargés d'examiner l'état de santé des personnes qui aspirent à en faire partie. C'est à eux que la société s'en rapporterait dans les cas douteux ou difficiles d'application des secours qui pourraient être résolus par un examen médical ; ils auraient la mission de traiter les sociétaires malades qui consentiraient à accepter leurs soins. Quant aux sociétaires qui tiendraient à conserver les praticiens auxquels ils ont donné leur confiance, ils en auraient la liberté, à charge par ces derniers de se conformer à certaines conditions déterminées par un règlement spécial ;

2° Comme il faut éviter que l'aveuglement qui pousse certains individus à confier le soin de leur santé à des charlatans ou à des hommes tarés, ne compromette l'intérêt de la société

< Bulletin 1859, p. G7.

aussi bien que le leur propre, ce médecin devra être agréé par le conseil d'administration ; il prendra en outre l'engagement de faire le service conformément aux règlements et décisions administratives, d'accepter comme consultants les médecins titulaires de la société.

Voici les objections opposées à ce système, notamment par MM. les docteurs Espiau de la Maëstre, médecin d'une société de Paris, et par M. Fournie de l'Aude :

Avec la multiplicité des médecins, née de la liberté laissée aux sociétaires de choisir celui qui lui convient, l'administration, dit le premier, devient un chaos. Outre que le médecin spécial peut seul donner avec économie des soins éclairés aux malades, il jouit par sa position d'une influence morale, d'une autorité qui ne saurait appartenir à des praticiens dont la position est précaire, et qui du jour au lendemain peuvent devenir étrangers à la société. Ce système entraîne en outre pour l'administration une comptabilité des plus étendues et des plus compliquées , d'où résultent des frais et une perte de temps sans compensation.

Quant à l'objection tirée de l'obligation qui serait imposée aux sociétaires de recevoir les soins du médecin titulaire, et de rompre ainsi des liens fondés sur la confiance et souvent sur la reconnaissance de services rendus, ce sont des idées et des sentiments bien gratuitement prêtés aux sociétaires, et dont la pratique démontre l'inanité ou la fragilité.

Du moment, au surplus, que l'homme sent le besoin de s'associer à ses semblables pour jouir en commun avec eux des avantages que dans son isolement il ne pourrait se procurer, il cousent virtuellement à sacrifier une partie de sa liberté comme prix de ces avantages. En ce qui concerne la latitude laissée au sociétaire de changer de médecin tous les ans si bon lui semble, la confiance qu'il avait en son médecin, faiblit alors, s'ébranle et tombe le plus souvent par caprice ou par calcul, ce qui devient en^ définitive dé.-obligeantpour l'un et contraire à l'intérêt de l'autre; car c'(;st une étude nouvelle à faire par le nouveau médecin de l'iiidividualilé pathologique qui lui échoit. Kt puis, ces sortes de présentations faites par des sociétaires ne sont pas du goût de tous les médecins, et souvent ceux-ci ne voudront pas subir le

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