PARTIE IV, CHAPITRE V
jugement d'une administration qui peut leur être plus ou moins hostile.
Pour M. le docteur Fournie, le sociétaire, — l'expérience le prouve, — se préoccupe généralement peu d'avoir à consulter un médecin qu'il n'aura pas choisi; et d'ailleurs la société, en vertu du principe même de l'association, a incontestablement le droit de désigner celui dont il doit recevoir les soins. A-t-on pensé, d'abord, à ce qu'amènerait cette facilité accordée à chaque sociétaire de changer son médecin toutes les fois qu'il le pourra, toutes les fois qu'il lui paraîtra trop sévère, toutes les fois qu'il montrera peu de complaisance pour satisfaire sa nosomanie? — Pense-t-on bien ensuite aux difficultés qu'on ne craint pas d'introduire ainsi dans l'exercice de la profession médicale; à la nécessité indiscutable d'accep,ter toutes les consultations, sans distinguer; au droit de contrôle qu'on attribue à l'administration sur le médecin ; aux frais de gestion qui deviendraient considérables? Certaines personnes demandent que tous les médecins soient admis à concourir au service des sociétés mutuelles. On n'aperçoit pas quels avantages les médecins retireraient de cette participation générale à un nombre nécessairement restreint de visites dont le prix, infiniment réduit, ne leur offrirait jamais qu'une rémunération insuffisante.
De même que l'on n'a pas la prétention sans doute d'obliger les hôpitaux, pas plus que les chemins de fer, les compagnies industrielles, les grands établissements manufacturiers, les administrations quelconques constituant des êtres moraux, à ouvrir leurs portes à tout le corps médical, de même l'on ne peut pas et l'on ne doit pas faire participer tous les médecins au service de toutes les sociétés. Le médecin, n'ayant à soigner qu'un ou deux malades d'une société (ce qui arriverait souvent), s'intéressera plus à ses deux malades qu'à la société elle-même. De là ruine prochaine. Du reste, l'adoption d'un seul médecin aurait, de son côté, le double inconvénient de forcer la confiance du malade, et de monopoliser le service médical. Mais on peut trouver un moyen terme : la société pourrait choisir deux, trois, quati'e médecins; jamais moins de deux, jamais plus de quatre, à moins d'un nombre trop considérable de sociétaires. Sans avoir la faculté d'un choix
illimité qui compromettrait la liberté de l'association, les sociétaires auraient néanmoins alors la latitude suffisante pour satisfaire leurs sympathies.
Qu'est-ce que c'est, — peut-on ajouter dans le même sens, mais ne répondant plus seulement à M. Vée, et s' adressant à tous les systèmes analogues au sien, — qu'est-ce que c'est qu'une société de secours mutuels? C'est la réunion d'un certain nombre de personnes qui veulent s'assurer à chacune, aux meilleures conditions possibles, des avantages déterminés, parmi lesquels figurent des secours médicaux et une indemnité en temps de maladie? En quoi l'intérêt particulier de chacun des membres pourrait-il diiférer ici de l'intérêt social ou collectif? et comment refuser à la société le droit de choisir ce qui convient le mieux à tous? Dans le cas, rare heureusement mais possible, où le sociétaire tendrait à obtenir des secours au delà des cas strictement prévus et où son intérêt tel qu'il le comprendrait, se trouverait opposé à celui de tous ; c'est le médecin qui, seul, peut empêcher préventivement la loyauté de défaillir, ou s'il le faut, déjouer la fraude : et vous voulez qu'il soit choisi justement par celui qui peut la commettre ! Serait-il vrai, ainsi que cela pourrait être allégué avec raison pour d'autres classes, que les ouvriers tiennent beaucoup à un choix personnel? Mais est-ce que, sous les drapeaux obligatoirement, ou dans la vie civile de leur volonté propre, beaucoup d'entre eux n'ont pas pris l'habitude de recourir à un service • médical qu'ils n'ont pas choisi? Dans les grands centres, de même que le riche va souvent se faire traiter dans une maison de santé dont il ne désigne certainement pas les médecins, est-ce que l'ouvrier ne profite pas volontiers des consultations des hôpitaux et des dispensaires? Tout d'abord, le médecin de la société ne connaîtra pas son tempérament, c'est vrai : mais soignant ses camarades de la même profession ou du même milieu, est-ce que son initiation ne sera pas infiniment prompte? M. Vée attribue à son système médical le succrs (le la société qu'il préside; ne convient-il pas de l'attribuer plutôt et d'une manière générale à son intelligente direction sur tous les points? Si, dans sa circonscription, un préjugé existe, ne faudrait-il pas le combattre, au lieu de le favo- I riser? Que si ron entendait renfermer le rôle du médecin dans