PARTIE IV, CHAPITRE V
le soin consciencieux des malades et dans la déclaration de la guérison, quand ils sont guéris, sans qu'il eut à se préoccuper en rien de l'intérêt de la société suffisamment sauvegardée alors par l'honorabilité médicale, celui-là abdiquerait certainement toute prétention aux fonctions de médecin d'une société qui formulerait un pareil programme.
Pour guérir rapidement une maladie il ne faut pas seulement que le médecin prescrive avec habileté et conscience ; il faut aussi que le malade se prête au traitement, et le médecin seul investi d'une délégation de tous et personnification vivante du devoir vis-à-vis des co-sociétaires, aura assez d'autorité pour concilier tout ce qu'il a de complexe ici. Le médecin seul qui connaîtra une société et qui en aura étudié l'esprit, s'arrêtera là où il faut sur la pente des concessions bienveillantes *. Ne voit-on pas quelquefois les médecins des sociétés eux-mêmes « obéissant à des sentiments qui s'emparent à leur insu des cœurs les plus honnêtes, par condescendance, par faiblesse, encourager la mollesse au lieu de la combattre, et rendre toujours plus onéreuses, par conséquent, certaines convalescences ^. »
« Pour nous, dit M. Giraud, président de la. Société philanthropique de Niort % nous repoussons de suite et sans discussion, comme étant inconciliable, avec les principes, le système qui consiste à faire soigner les malades d'une société par tous les médecins de la ville, parmi lesquels chacun peut appeler, au moment où il en a besoin, celui ^u'il préfère. Cette .pratique est à nos yeux absolument inadmissible *. »
« Quelques mois s'étaient à peine écoulés, dit le président de la Société de Thionville ^, que déjà de fâcheux symptômes se manifestaient dans l'état de la caisse sociale. Il était évident qu'avec le système que nous avions adopté de la pluralité des
' Il ne prescrira pas sans raison des formules compliquées, des médicaments d'un prix élevé, etc., etc.
- BidleUn 1857, p. 19. Discours de M. Delangle, président de la société du l"' arrondissement de Paris.
3 Société (jui comprend plus de 3,400 personnes.
* La Fraternité, l'eanaée.p. 197.
Bulletin 1858, p. 253.
médecins choisis par les sociétaires, et rémunérés par visite et par opération, il n'y avait qu'à compter le peu de jours qui nous restaient à vivre. »
« Supposons une société de cent membres, assez peu soucieuse de ses intérêts pour adopter le système du choix des médecins par le sociétaire ', dit à son tour, et en s'appuyant sur son expérience de soixante années ^, le grand conseil des sociétés de Marseille '; supposons cette société de cent membres prenant un tel parti, et on pourra, sans exagérer, y compter jusqu'à vingt médecins et plus, car on ne limite pas le nombre. Les médecins déclarent qu'ils considéreront nos malades comme des clients et non comme des sociétaires. Chacun d'eux tiendra alors à conserver ses clients, et en cas de maladie simulée, de convalescence abusive ou même de simple indisposition, toutes choses que l'on voit fréquemment en morte-saison , la société devra payer sans contrôle des semaines de neuf francs sur la seule attestation des médecins choisis *. Mieux vaudrait partager tout de suite les fonds. Ce qu'on nous demande peut-il vouloir dire sérieusement que le sociétaire pourra choisir son médecin? Nous disons, nous, que c'est le médecin qui, alors, choisira le sociétaire ; car rien n'oblige le premier à se charger d'un client qui, par diverses raisons, ne lui conviendra pas. Un individu demeurant rue Montebello voudra choisir M. le docteur N..., qui demeure vers la rue d'Aix; celui-ci, pouvant s'éviter un client onéreux, le renverra à M. le docteur X..., demeurant dans le quartier Breteuil, lequel docteur n'aura pas la confiance du sociétaire ^, etc.
« Nous connaissons trop bien, du reste, les sentiments d'huma-
* Proposé par l'Association des médecins de Marseille. ^ Expérience de l'ensemble du groupe marseillais.
' Circulaire du Grand Conseil aux présidents et syndics, du 15 novembre 18i0; Marseille, imprimerie Gravière.
* La forme est vive, et les médecins nous pardonneront la citation ; elle est nécessaire à l'exposition du sujet.
* En I8:i0, ajoute le Grand Conseil, le médecin d'une société refuse un certificat de maladie à un membre qui réclamait l'indemnité; celui-ci en appelle à un médecin de son choix, qui cerlide l'incapacité de travail. Recours de la société au Grand Conseil, (|ui ordonne une consultation de trois ninlecins, lesquels déclarent (|uu le sociétaire peut vaquer h son travail ordinaire. L'indemnité de maladie lui refusée. {Délibération du 30 novembre 1830.)