‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 56 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

nité du corps médical pour croire qu'on appliquera à nos malades ce qu'on ose appeler une médecine spéciale. Non , la santé d'un sociétaire ne lui est pas moins précieuse parce qu'elle lui apporte une rémunération plus modeste. Jusqu'ici nos médecins ont accepté le contrat et, à leur honneur, la plupart ont fait de leur profession un véritable apostolat et non une affaire de boutique. Que dans le traitement ils demeurent «libres de préoccupations étrangères, w d'accord ; mais ce qui nous importe, c'est qu'un médecin de société, sans négliger aucune des ressources de l'art, n'ait pour l'individu aucune complaisance qui serait nuisible à la masse. Il ne faut pas qu'en soignant le malade, on fasse mourir la société ! Réunissons donc nos efforts pour les sauver tous les deux * . »

On sent bien, et à chaque mot, que nous sommes ici à Marseille et dans un miheu où l'argumentation va droit au but. Abordons maintenant les régions officielles et plus tempérées des agicgations de médecins, usant elles-mêmes, ce qui est leur droit, du principe d'association, pour opposer des digues à un envahissement dont le principe d'association est la source. A la réunion de V Association générale des médecins de France, en 1861, la question est discutée une première fois. L'association locale de Toulouse se plaint « du droit absolu laissé aux sociétés, droit dont l'abus va souvent jusqu'à faire choix d'un

' D'après le Grand Conseil, il existerait dans le projet de règlement arrêté par les médecins de Marseille et discuté, du reste, à l'assemblée générale de 18G1 (p. 232), une disposition interdisant aux médecins dont les honoraires dépassent annuellement le

ciiiffre de , d'accepter les fonctions de médecins des sociétés mutuelles. «Pour

nous éviter des démarches superflues et toujours désagréables, disent les impitoyables présidents marseillais, ces Messieurs, nous l'espérons, voudront bien nous faire parvenir chaque trimestre, par l'entremise de la commission administrative, l'état numérique de leur clientèle avec les revenus y attachés. Ce sera aussi curieux que nouveau.... Il est vrai, comme le disait un jour M. le préfet de Lacoste, que l'homme ne vit pas seulement d'intelligence mais de pain ; aussi les sociétés mutuelles n'ont jamais voulu accepter de services médicaux gratuits, bien que souvent on les leur ait offerts, etc. »

Comme le disait un jour M. le préfet de Lacoste ! Ce peuple autonome s'il y en a jamais eu un, ce peuple ([ui seul nous aurait trouvé l'équivalent dont nous manquons pour le mol sel f-govrnment , s'il n'avait eu peur de faire une contrefaçon anglaise, ce peuple f;iit de la Bible elle-même une cho.se locale! Ne rions pas : la forme est peu; ce qui est caractéristique, c'est l'individualité. A des hommes de cette effigie, on n'impose pas des règlements dérangeant leurs habitudes, et parfaitement alignés pour l'usage simultané du Puy-de-Dôme, du Nord ou des Vosges.

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simple officier de santé de préférence à un docteur; » elle exprime le vœu qu'on les «oblige à n'avoir désormais pour médecins que des docteurs en médecine, sauf le cas où il ne s'en trouverait pas dans la localité. »

L'association du Cher voudrait « qu'à défaut du droit par les sociétaires de choisir leurs médecins, les sociétés fussent tenues, lorsqu'elles comptent plus de cent membres, d'assurer le concours d'autant de médecins qu'elles réuniraient de fois cent membres. » Pour elle, « ce qui, dans l'organisation et l'extension des sociétés, semble justifier les craintes du corps médical, ce n'est pas l'agrégation des sociétaires pauvres, mais celle des membres possédant une petite aisance et qui s'y glissent peu à peu, ce qui tend à enlever la plus grande partie de leur clientèle aux médecins qui n'appartiennent pas à la société. » Des mesures sont proposées « pour échapper à ce résultat de plus en plus imminent. »

L'association de Bordeaux apporte, elle aussi, son contingent d'études; c'est elle qui a, en quelque sorte, créé l'association générale des médecins de France, elle se doit à de tels précédents. Ses conclusions impartiales méritent d'être citées : u Nous n'oublierons pas que la libéralité de notre profession nous impose le devoir de favoriser la mutualité dans son ensemble, comme institution civilisatrice. Bien, loin d'accueillir aucune pensée d'antagonisme avec elle, nous considérons ses intérêts comme solidaires avec les nôtres. Notre exemple prouvera qu'une société de prévoyance et de secours mutuels est autre chose qu'une agglomération d'égoïsmes, car nous étendrons nos vues au delà de l'horizon professionnel jusqu'à la prospérité de l'institutiou rautuelliste dont nous sommes le couronnement '. »

Pour l'association générale elle-même qui reçoit toutes ces plaintes, vers qui sont dirigés tous ces vœux, elle commence par établir que l'extension de la mutualité « change notablement les conditions dans lesquelles s'est exercée jusqu'ici la profession médicale, et devient pour le corps médical tout entier une cause d'amoimlrissement, de décadence, presque de

• Séancfidii 28 décembre 18G1 ; Kx|>osc de M. le docteur Jeannel. Journal de médecine (le Bordeaux .

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