PARTIE IV, CHAPITRE V
ruine dans certaines localités, en un mot, un véritable danger.» Il convient donc d'aviser aux moyens de conjurer une telle situation. [Caveant medici.) Ceci posé, l'association déclare ne pas trouver dans les propositions qui lui ont été soumises les éléments d'une solution qui satisfasse à la fois les intérêts du corps médical et ceux des sociétés mutuelles, et provisoirement elle conclut à l'adoption du système déjà expérimenté de M, Vée : médecins titulaires, adjonction comme auxiliaires d'autant de médecins honorables que les sociétaires voudront en choisir.
Il n'y avait là qu'un appel à l'initiative des sociétés locales. La question, mise à l'étude sur tous les points, amène l'année suivante des propositions nouvelles, des conclusions nouvelles aussi.
Ce qui caractérise cette seconde enquête, c'est la variété, la divergence, la contradiction des aperçus. Le corps médical est inquiet; mais de cette inquiétude commune il ne naît aucun système commun; chaque département arrive avec un remède à lui, et qui est quelquefois la négation de celui de son voisin. L'association de Lille se borne à demander qu'un seul médecin ne puisse être admis à soigner plus de trois cents membres. Celle de Toidouse voudrait que les médecins fussent choisis par la société et fissent de droit partie du bureau. Le Bas-Rhin et la Gironde désirent qu'on augmente simplement le nombre des médecins attitrés. La Loire exigerait de chaque médecin l'engagement d'honneur de s'abstenir de traiter à forfait avec les sociétés. Le Nord, Toulouse, Laon et Yervins demandent l'exclusion de celui qui n'est pas ouvrier (qui ne justifie pas de la possession d'un livret, dit le Nord).
Quant à la rémunération, il existe trois modes : le traitement fixe; Vabonnement par an et par tête, — c'est-à-dire la convention que, moyennant une somme annuelle de... par tête de sociétaire, le médecin soignera les malades delà société sans calculer le nombre des visites, — et V honoraire par visite.
Le premier mode est ordinairement appliqué aux très-rares médecins qui sont appelés fonctionnaires, c'est-à-dire à ceux que les sociétés choisissent parmi leurs propres membres'.
* Comme dans la Société de prévoyance de Mclz. On pf^ut citer (igalcment dans ce
D'une manière générale, il ne peut guère convenir qu'aux associations naissantes ou qui ne comptent qu'un nombre restreint de sociétaires. Le second convient à un plus grand nombre d'associations : comme le premier, il permet à la société de régler son budget sur une dépense prévue ; il a en outre l'avantage de pouvoir se plier à une proportionnalité exacte avec le nombre des sociétaires. Ces deux modes sont également attaqués par beaucoup de médecins et par quelques sociétés, réunis ici dans la même critique pour des motifs tout à fait différents. Les sociétés leur reprochent de ne pas protéger suffisamment leurs membres contre la négligence du médecin : « Ne peut-il pas se trouver, disent-elles, un docteur dont le dévouement se crée de doux loisirs à l'ombre d'une subvention annuelle, et qui préfère des visites fructueuses à celles qu'exigerait son abonnement? » Les médecins, oubliant qu'il est dans les habitudes de leur profession que certains services, par exemple, les services hospitaliers, soient rémunérés par un traitement fixe \ reprochent aux deux modes dont il s'agit de heurter les traditions du corps médical et leur dignité professionnelle.
Ils conçoivent, jusqu'à un certain point, qu'un médecin accepte un abonnement isolé de la part d'une faniille dont l'éducation lui garantit les bons procédés et les relations amicales ; mais parmi les sociétaires, un grand nombre, disent-ils, « ne comprennent pas tout ce qu'il y a de délicat entre un médecin et un abonné; ils ne voient le plus souvent qu'un homme payé et pas autre chose. On dirait que l'ouvrier ne peut pas croire que, moyennant une si faible somme, il sera soigné comme un malade ordinaire ^ . » Quant à l'honoraire par visite, auquel les sociétés reprochent d'être l'imprévu, de pouvoir amener en outre d(;s visites plus multipliées qu'il ne conviendrait, les médecins dont nous parlons trouvent qu'il est de tous les modes celui qui réunit les meilleures conditions possibles. Avec lui,
gens r(!xpm|ile des sociétés de (îreiioltle, (|iii exi^,'eiit (jne leurs médecins et pharmaciens soient mtunhrcs de la société et en \y,\'n'ni lis cotisations.
* Mais dans les liospiccs il s'a};it de |)anvrcs, et nous leur devons des sacrifices, ré- |iondeiit les niédccins. (Mii, mais ce ne sont pas les pauvres qui paient; c'eït l'aJininis- Iration, leur réplique-ton aussitôt.
'■' M. le docteur Fournie, ioc. cit , p. '2G4.