PARTIE IV, CHAPITRE V. i
de ces sociétés, dont l'effet pourrait être d'en gêner l'extension et d'en comprimer l'essor; que notamment, obliger ces sociétés à restreindre les admissions comme membres participants, aux seuls ouvriers à livret, à l'exclusion de tout autre individu présumé plus aisé, serait incompatible avec ce principe. D'autant plus, a-t-on ajouté, qu'il ne s'agit ici en fait, que d'exceptions assez rares. Que, quant au choix de leurs médecins et aux honoraires qu'elles leur attribuent, il n'était pas davantage possible de contraindre les sociétés à changer le mode qu'elles ont cru, à tort ou à raison, devoir adopter comme le meilleur et le plus économique ; mais que sur ces différents points elles restent parfaitement libres d'apporter à leur administration intérieure toute modification dont elles reconnaîtront la convenance et de s'entendre, à cet égard, avec les médecins des localités, sans que l'autorité supérieure y fasse le moindre obstacle. »
Composé d'illustrations qui ne sont pas seulement de hautes notoriétés médicales mais qui comptent par cela même parmi les représentants les plus élevés de l'intelligence française, le conseil général n'avait certainement pas besoin pour lui de ce rappel aux principes, et dès le début des délibérations il les avait lui-même spontanément énoncés en disant : « Il n'existe aucune raison de droit qu'on puisse invoquer à l'effet d'obliger les sociétés ouvrières à changer le mode qu'elles ont cru devoir adopter pour assurer à leurs membres le bienfait du traitement gratuit en cas de maladie. Si ce mode a l'avantage de satisfaire à leurs besoins sous ce rapport, au meilleur marché possible, ce dont les sociétés sont seules juges, aucun moyen de contrainte ne peut leur être appliqué pour les amener à s'en écarter ', w Le principe, le droit élémentaire n'avaient donc pas été oubliés, méconnus par l'agrégation centrale ; mais, puisqu'il en avait été autrement ailleurs, il est particulièrement opportun qu'ils aient été rappelés sous cette forme. Que de difficultés sans fin se créerait, du reste, l'administration si elle voulait réglementer ici !
Arrivé à ce point de notre étude, nous éprouvons un embarras que nous dissimulerions en vain. De quoi s'agit-il dans
' Annuaire 1861, p. 225.
tous ces démêlés? Que cachent ces invocations à la dignité professionnelle outragée ? Quel est le fond réel de cet inextricable débat? — Nous ne savons s'il entrerait dans le programme d'une démocratie radicale, ou simplement d'une démocratie tout à fait réelle, et où l'égalité serait dans les mœurs comme dans les lois, que la rémunération des services de toutes les professions indistinctement fût placée sur la même ligne ; mais tant qu'à tort ou à raison, ces mots : professions libérales, emporteront chez nous un sens quelconque, il y aura une manière spéciale pour envisager, dans l'ordre moral, la rémunération des services de ces professions-là. Et, en vérité, du dépouillement de ce long dossier de plaintes plus ou moins enveloppées, de cette discussion, qui n'est malheureuseïnent pas une discussion de famille, mais qui, sur quelques points, est vraiment devenue plus aigre qu'il ne conviendrait; de cette exhibition au jour le plus cru, des misères respectables d'une grande profession, ne résulte-t-il pas une impression véritablement pénible, d'autant plus pénible qu'on prend plus de soin pour les voiler, et qu'on n'arrive pas à la barre en posant dans toute sa nudité le problème toujours perplexe du salaire et du travail? Moins heureux que les avocats qui n'ont jamais eu, non-seulement à violer la suprême règle prohibant la contrainte en matière d'honoraires, mais encore à entretenir le public de questions de ce genre, voilà que la médecine est obhgée de discuter bruyamment la rémunération de ses soins avec des hommes qui sont l'immense majorité du pays d'abord, et qui auraient presque le I droit d'être rudes dans cette lutte, car la rémunération de leur propre travail, véritable mesure ici, est pour eux une question bien autrement vitale encore.
Certes, — avec la division de plus en plus grande des fortunes, de longues études, un capital considérable dépensé (constituant quelquefois l'entier patrimoine) , cette nécessité de certaines convenances extérieures quelquefois si pénibles, et dont la classe ouvrière a, elle, infiniment moins à se préoccuper jusqu'ici, voilà un ensemble de conditions si impérieux, qu'il a dû faire passer sur certaines susceptibilités, sur certains froissements; que des obligations pratiques ont dû l'emporter sur des consi-| dérations d'une nature plus immatérielle. — Nous dirons plus;