PARTIE IV, CHAPITRE I
Indépendamment des associations où le côté religieux est dominant et de celles qui procèdent de la franc-maçonerie et du compagnonnage, les sociétés de secours mutuels revêtent les formes les plus diverses. Plusieurs, en dehors même des membres honoraires, ne sont pas fondées exclusivement sur le principe d'une rigoureuse mutualité. Un décret du 9 avril 1850 a reconnu comme établissement d'utilité publique une caisse créée le 7 juin 1849 sous le patronage de la chambre de commerce de Lyon, pour les ouvriers en soie de cette ville. La caisse de Lyon a été gratifiée d'une partie du produit d'une perception de 6 centimes par kilog. de sole passant à l'opération du conditionnement, calculée sur le nombre des sociétaires. Il existe dans beaucoup d'usines et de fabriques des sociétés qui, indépendamment des cotisations de leurs membres, sont subventionnées par les directeurs et les patrons. Citons les sociétés des mines et des forges de Commentry, des forges de Terre- Noire, de celles d'Imphy, de celles d'Alais, des mines d'Anzin, des mines de la Loire, à Saint-Étienne, des glaceries de Saint- Gobain, des mines de la Grand'Combe '.
Rien d'intéressant comme l'organisation de ces sociétés. Nous ne pouvons les décrire toutes, mais nous en donnerons une idée par l'exemple de la Grand'Combe.
La plus importante de toutes les institutions philanthropiques dues aux administrateurs de cette compagnie ^, la société de
sur l'intempérance des classes laborieuses.) L'usage de la société de Mazamet est donc excessif à tous les points de vue.
' Nous avons décrit plus haut l'organisation analogue des sociétés de mineurs belges, qui figurent parmi les formes de mutualité dont le succès a été le plus grand chez nos voisins. Mentionnons ici, à titre de nouvelles analogies à l'étranger, la société des Armuriers de la ville de Liège, qui a une part dans les bénéfices que fait annuellement le banc d'épreuves, lequel est pour l'industrie des armes ce que la condition est pour l'industrie des soies; les sociétés d'Eupen et d'Aix-la-Chapelle, où les manufacturiers se sont unis pour ajouter leurs versements à ceux de leurs ouvriers, etc.
Les Ouvriers des Deux-Mondes, t. Il, p. 269 et suiv., contiennent une intéressante notice de M. Charles Robert sur une caisse de ce genre entre les ouvriers d'une grande exploitation située à Hérimoncourt (Doubs). Les ressources de la caisse se composent, outre les retenues ordinaires, des amendes dont les ouvriers peuvent se rendre passibles pour retards, malfaçons, absences, ivrognerie ou refus d'envoyer leurs enfants à V école primaire gratuite. On lit, — trait à noter — dans le recueil des procès-verbaux, que la demi-solde d'usage est refusée à un sociétaire qui s'est fait une blessure à la main en frappant sa femme.
2 L'agglomération de la Grand'Combe qui, depuis 1846, forme une commune et
It) DU PAUPÉRISME.
secours mutuels de la Grand'Combe, est formée par une retenue obligatoire sur tous les salaires et destinée à fournir aux ouvriers blessés ou malades une indemnité proportionnée à la gravité de leur état. Les enfants orphelins reçoivent un subside journalier; les veuves, une pension ou une dot de 400 fr., quand elles peuvent se marier convenablement. Un conseil spécial veille sur l'ordre et la moralité des familles. Des visites périodiques ont lieu dans la demeure des ouvriers mineurs pour s'assurer que rien ne manque à leur ménage. Les denrées de première nécessité, le pain, le vin, la viande, sont fournis, par suite des achats en gros, à des prix inférieurs aux cours. Tous les ans, à la Sainte-Barbe, un banquet en plein air réunit les sociétaires et leurs familles, des milliers d'hommes, sous la direction paternelle des administrateurs. Il y a là à coup sûr tous les éléments de la sorte de « patronage » dont nous avons esquissé la physionomie dans la partie spéculative de ce travail.
Certaines sociétés se restreignent à un seul atelier, d'autres s'étendent à plusieurs ; quelques-unes, mais cet exemple est très-rare, embrassent toutes les branches d'une même industrie. On cite comme modèle de ces sociétés celle des gantiers de Grenoble et celle des porcelainiers de Paris.
Les sociétés établies dans les usines et les manufactures ne sont pas cependant sans avoir préseuté des difficultés de plus d'une sorte. Elles ne coustituent pas toutes des œuvres de mutualité véritable, c'est-à-dire des sociétés s'administrant ellesmêmes, gérant leurs ressources, élisant leurs administrateurs, admettant ou excluant leurs membres. La retenue prélevée par le patron sur le salaire de l'ouvrier est obligatoire ; l'ouvrier perd tous ses droits sur elle lorsqu'il quitte l'atelier ; dès qu'il ne l'a pas consentie lui-même, il la considère souvent comme une charge. 11 y a donc là une institution privée extrêmement digne d'éloges quand le patron participe lui-même à l'alimentation de
poiihi'ile uni' |io|iiiliili()n de 8,000 Ames, coiiiple en outre cinq écoles callinli(|ues el deux halles d'asile fréqneiiléeii par plus de l.fiOO enfants; des écoles protestantes, un lioiipice, etc.... Tous ces élahlissements ont été fondées et sont enlrelenus aux frais de la compagnie. 1^ tJrandT,oml)e a été fondée par MM. Léon et Paulin Talabot.