PARTIE IV, CHAPITRE V. H
interdire à tous leurs membres de prêter leurs soins à ces sociétés, elles ne pourraient mériter le reproche de coalition, parce qu'elles ne recourraient à une telle extrémité que si les conditions offertes étaient absolument contraires aux intérêts de? médecins et aux règles de la profession.
Les intérêts des médecins ! les règles de la profession! Y a-t-il d'abord quelque chose au monde d'aussi vague? et l'accumulation de faits qui précède n'a-t-elle pas prouvé surabondamment que ni l'une ni l'autre de ces deux choses ne possèdent une échelle ou un code accepté de tous? Mais enfin parvint-on à s'entendre sur ce double point; arriva-t-on à résoudre ce problème de déterminer le point précis ou l'honoraire, par son fractionnement injurieux, attente à la profession et devient «humiliant »; dans tous les cas, — et laissant décote les mots vagues, — une société locale de médecins eut-elle reconnu sans phrases que telle somme est complètement insuffisante, ou que tel mode de nomination par les mutuellistes est complètement inacceptable, et eut-elle par conséquent jeté sur eux l'interdit, — car ce ne serait pas autre chose, et nous avons vu ce mot-là ailleurs ' ; — une association médicale eut-elle ainsi refusé plus que le pain et l'eau, — les soins et les remèdes — à une ou à plusieurs agrégations d'ouvriers, formées en vue des soins et des remèdes, est-ce que par hasard, légitime défense ou non, il n'y aurait pas là une coalition parfaitement caractérisée? est-ce que cela serait un instant douteux? Mais, hâtons-nous de le dire, est-ce que ce ne serait pas aujourd'hui absolument licite? Est-ce que la coalition actuellement permise, pourvu qu'elle ne violente pas les volontés de ceux qui y pz^ennent part, à toutes les classes de citoyens, ouvriers, patrons, employeurs et employés, serait défendue à une seule classe, la corporation médicale? Est-ce que les individus appartenant à cette classe, et considérés comme détenteurs exclusifs de la santé publique, seraient, par cela même, privés de leurs droits légaux comme individus et ne pourraient par conséquent établir entre eux un concert pour refuser leurs soins à qui bon leur
* L'interdit, on le sait, était une des armes les plus redoutaMcs du vieux coinpagnoiinajje.
semblerait? Est-ce qu'il y aurait vis-à-vis du droit des médecins une mesure d'expropriation publique pour cause de santé générale? Non; et les médecins peuvent, s'ils le croient nécessaire à leur dignité et à leurs intérêts, refuser leurs soins aux sociétés de secours mutuels.
Allons jusqu'au bout dans ce raisonnement intentionnellement poussé à outrance et disons ceci : de toutes les coalitions qui peuvent s'organiser au grand jour de la liberté légale, une coalition de médecins serait à coup sûr la plus grave. Aujourd'hui et avec la locomotion rapide, les coalitions qui eussent fait trembler nos pères, qui nous eussent fortement inquiétés nousmêmes il y a quelques années à peine, ne sont plus qu'un incident presque insignifiant du débat continu entre l'offre et la demande. On a vu récemment dans de grandes villes du Midi des grèves comprenant tous les ouvriers boulangers de la cité; chaque famille n'avait pas encore consommé son approvisionnement de la veille que déjà les chemins de fer avaient comblé le vide; et les ouvriers étaient mis à même de comprendre qu'aujourd'hui,— dans l'ordre matériel, — personne n'est indispensable à quelqu'un. D'autres exemples en sens inverse pourraient être cités relativement à des coalitions de patrons. Le capital doit compter avec le nombre, le nombre avec le capital. La liberté de la lutte rétablit jusqu'à un certain point l'équilibre ; et cette lutte pourrait même quelquefois être très-vive et très-prolongée, sans qu'on pût alléguer précisément des deux côtés une violation de la justice ou un abus de la loi du plus fort. Ici, au contraire, quelle serait la situation? Une société de deux cents membres débat avec un médecin les conditions de la rémunération qu'elle lui accordera pour ces deux cents membres. Qu'est-ce que cette société? C'est une grande famille, c'est un être moral unique, c'est une seule individualité qui propose sa clientèle à un ou plusieurs médecins, à prix débattu. Cette société arrête un prix qu'elle déclare formellement ne pas pouvoir, ne pas vouloir dépasser. Il n'y a pas même là l'ombre d'une coalition ; nous n'avons pas besoin de le dire. — Vous, au contraire, vous agrégation d(; tous les médecins, si vous imposez à chacun de vos adhérents de rejeter les propositions de cette société et de lui Hîfuser vos services; comme ses membres, du reste, dont le