‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 65 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

Tarifez ou refusez vos soins, c'est donc votre droit absolu comme médecins, sinon comme mutuellistes ; mais que sera devenue alors, si de telles mesures entraient fréquemment dans la pratique, cette dignité professionnelle qui aurait servi de drapeau à la coalition?

Mais non, vous ne ferez pas cela. En dehors de toute considération légale, un tarif serait impossible en fait, parce que ni les situations, ni les talents, ni les clientèles ne se ressemblent. Un refus de soins, ayant un caractère vraiment collectif, trouverait l'opinion publique trop sévère.

Ce que vous ferez, le voici : reconnaissant que les sociétés d'ouvriers sont complètement libres, et d'admettre qui bon leur semble parmi leurs membres, et d'avoir recours même aux officiers de santé si tel est leur bon plaisir ^, et de régler comme elles l'entendent leur service médical, aucun de vous n'en appellera plus à l'État du soin de modifier une situation plus ou moins défavorable. Yos associations sont là, leviers puissants pour une résistance morale contenue dans une certaine mesure, intermédiaires plus puissants encore pour calmer les différends, adoucir les aspérités, apprécier à leur juste valeur les récriminations diverses, ouvrir des deux côtés les intelligences qui s'y refuseraient aux idées de justice, de modération, de respect réciproque; car si dans la chaleur d'un démêlé un individu peut quelquefois se renfermer, sans s'en douter, dans un point de vue exclusif, le groupe est là pour le rappeler par .ses avis, et, au besoin, par sa discipline à la vérité de la situation.

Les sociétés de secours mutuels, — on le dit peut-être avec trop d'insistance dans les conclusions de 1862, car il semblerait presque que la distinction ait encore besoin d'être faite ; — les sociétés de secours mutuels ne sont pas, en effet, des agrégations « d'indigents» réclamant plus ou moins gratuitement vos services. Composées de l'élite de la classe ouvrière française; de cette classe, dont

tiers du corps médical, et que cependant la question générale traitée dans le présent chapitre, intéresse le corps médical tout entier.

' Nous avons vu dans une ville qui comprend plus de VoO docteurs en médecine, un officier de santé, assez habile du reste, parvenir à disposer, pour ainsi dire en maître, d'une société de plus de 200 membres. Substituer à cet officier de santé le pluséiuinent docteur, eut été prononcer ipso facto, la dissolution de la société.

le mouvement ascensionnel vers de meilleures conditions morales et intellectuelles, frappe les plus inattentifs; de cette classe, qui verra peut-être s'accomplir à son profit, dans la seconde moitié de ce siècle, une révolution aussi importante que celle dont le sort de la bourgeoisie a été Tobjet dans la seconde moitié du siècle dernier, mais une révolution pacifique, progressive, due aux seules améliorations du travail et du crédit ; composées de l'élite d'une telle classe, les sociétés de secours mutuels ressentent trop vivement toutes les fiertés légitimes, pour ne pas faire des efforts héroïques afin de rémunérer des soins dont elles repousseraient la gratuité comme une injure. Nées de la vertu d'initiative et de la mâle dignité qui repousse l'assistance comme une diminution morale, elles n'iraient pas, dès la première application qu'elles fout de leur vie propre, recourir plus ou moins subtilement à de flétrissantes analogies ; elles feront des efforts héroïques, mais elles n'iront pas au delà. Si elles sont des cHentes desquelles on est en droit d'exiger une rémunération proportionnée à l'état de leur fortune *, elles ne sont pas les «personnes aisées » dont parle l'assemblée générale de 1862. Ceux qui ont jeté les yeux sur le bilan de l'industrie savent bien ce que représente cette économie sur le salaire, qui forme les ressources des sociétés de secours mutuels. Mais cette économie, elle n'a pas qu'une seule destination : il faut d'abord qu'elle paie le médecin, c'est là une dette d'honneur. (Puissent tous les clients du corps médical sentir ainsi sur ce point, et ne pas rendre particulièrement précieuses pour lui, et la fixité et la sécurité de la rémunération toujours rencontrées ici; puissent ôlre évitées, par conséquent, des contestations dont l'absence assurée paierait pour certains bien des différences.) Le premier emploi de la cotisation est donc le traitement du médecin; mais la famille est là, qui doit vivre de l'indemnité quotidienne; mais la vieillesse est aperçue qu'il faut essayer de préserver de ce bureau de bienfaisance, où alors on serait obligé de recevoir des services qu'on aurait la douletir de ne pas rémunérer; mais la décenro des funérailles est aussi à sauvegarder. Nous plaindrions vivement celui ([ni réj^ondrail à luie telle énumération :

' Annunire 1862, p. 113.

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