‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 66 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

Cela ne me regarde pas! et qui, ici comme pour le traitement d'après certaines prétentions absolues, déclarerait vouloir rester à l'écart des «préoccupations étrangères, » c'est-à-dire vouloir ne songer qu'à ses visites; celui-là doit refuser simplement d'avoir aucun rapport avec les sociétés mutuelles : sa mission n'est pas là.

Ce qui restera donc, une fois ces impérieuses distributions faites, qu'on en augmente le traitement actuel de ceux à qui le sociétaire doit le rétablissement de sa santé et sa rentrée si désirée à l'atelier, — très-bien ; — mais qu'on prenne pour cela sur l'indemnité qui soutient la femme et l'enfant, sur l'allocation accordée au vieillard ! La cause défendue ici n'a pas besoin de sensiblerie ; mais cela, on ne peut le faire ; et le corps médical français, qui forme ces jeunes hommes dont le dévouement à la science et à l'humanité produit quelquefois des actes dignes d'honorer toute une classe *, serait certainement au désespoir qu'on le fît. On demande des sacrifices à qui peut en accomplir ; mais ce qu'on arracherait sur l'indispensable ne serait point un sacrifice dans le sens ordinaire du mot. L'homme qui donne à un autre homme, cet homme fût-il son créancier, la moitié de son pain, si ce pain est à peine suffisant pour un seul, ne s'impose pas « quelques sacrifices ; » il fait beaucoup plus que cela. Nous avons cité, du reste, des chiffres, et des témoignages spéciaux qui indiquent heureusement que de telles extrémités seraient sans objet, nous avons montré des concurrences qui dénotent qu'il y a quelque exagération dans les plaintes, La rémunération représente donc, et bien au delà sans doute, ce qu'elle représenterait dans la classe à laquelle appartiennent les sociétaires, si ceux-ci étaient isolés et ne faisaient partie d'aucune société. Cette équivalence est tout ce qu'on peut leur demander.

* Le fait de cet hôpital de Paris, par exemple, où en 1864, cinq ou six élèves s'exposèrent successivement à la mort, en aspirant à pleine bouche des caillots de sang vicié pour sauver un malade qui étouffait. C'est la mort affrontée sans l'ivresse du champ de bataille; ce sont les titres de gloire de la profession ; on ne dira jamais ses légendes, car de ces faits là, il y en a, et il y en aura chacjue jour. Les jeunes gens parmi lesquels ils s'accomplissent avec une sorte d'insouciance alerte, ont beau s'étonner de la sympathique émotion qu'ils provoquent; ils ont beau (ceci est un fait intime de la vie des écoles) en arriver presque, quand on insiste, à railler, comme on raille tout en France, les admirateurs et les admirés ; de ce ([u'ui! fait est naturel à ur.e classe, il n'en résulte pas qu'on ue doive pas l'admirer, s'il est digne d'admiration.

Nous le disons hautement et fermement : vienne l'heure où la mutualité sera établie sur des bases tout à fait rationnelles, où, des tables de maladie ayant été dressées, on connaîtra avec précision l'étendue des sinistres qui font l'objet des assurances réciproques ; vienne cette heure, et sur cette portion du salaire que l'ouvrier peut économiser en vue de l'association, il sera prélevé, avec la rigueur que les moyennes permettent, la part qui appartient à la rétribution médicale. En attendant, affirmons-le avant de dire à leur tour aux sociétés ouvrières quel nous semble être leur devoir dans le litige pendant; affirmons, — espérant n'être pas ici entendu d'elles, — que s'il y avait absolument du dévouement à déployer et un sacrifice à faire, ce dévouement et ce sacrifice devraient être le lot de la classe la plus avancée dans le progrès, la lumière et l'aisance, et non celui de la classe qui trace si péniblement son sillon dans le champ du travail manuel.

Quant aux personnes, exception assez rare suivant nous, qui, présumées possesseurs de ressources suffisantes pour se faire traiter individuellement, entrent dans les associations afin de diminuer leurs dépenses de maladie, « les associations devant finir ainsi par absorber une partie notable des classes bourgeoises et ouvrières, et ne laisser en dehors que les deux extrêmes de la pauvreté et de la richesse ' , » les médecins devront se résigner h laisser les choses marcher ainsi, et cela par une raison bien élémentaire, c'est qu'il est impossible de faire autrement. . Nous serions désolé de voir les relations spontanées et les habitudes indépendantes de la vie sociale confisquées, ne fût-ce que sur des points de détail, par l'association, — laquelle n'a de raison d'être, d'après les principes, que pour les choses qu'on ne pourrait pas faire sans elle, laquelle a autant pour mission de laisser intacte et même de garantir la liberté individuelle, que d'assurer la sécurité de l'existence; — une chose est cependant certaine : si une réunion de millionnaires s'avisait de se constituer en association économique pour se procurer des soins médicaux à bon marché, et imposait à ses membres le devoir exorbitant de ne jamais se servir de leur bourse personnelle pour se

* Rappui'l «les médecins de Strasbourg, Bulletin (J3, \>, TM.

Page 1