‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 67 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

procurer, en outre, des soins particuliers ; si un tel exemple était suivi par d'autres classes, où chacun est actuellement heureux d'avoir son médecin et d'entretenir avec lui des relations que la reconnaissance fortifie, les médecins n'auraient qu'à s'incliner et à devenir des fonctionnaires dans ce phalanstère absurde, au lieu d'être des individus vivant de leur vie propre, au grand avantage de leurs clients.

Sans aller si loin, nous avons mentionné et critiqué plus haut un système qui consisterait à proportionner la cotisation des membres tant honoraires que participants à l'impôt direct payé par eux et qui tendrait dans la pratique à indemniser les derniers d'un apport quelquefois considérable en leur attribuant gratuitement les secours médicaux et pharmaceutiques. Il est évident que si ce système qui est appliqué depuis plus de quinze ans dans une importante société de Saône-et-Loire, venait, — ce que nous ne croyons pas, ce que nous ne voudrions pas, à se généraliser, la question traitée dans le présent chapitre, deviendrait bien autrement grave qu'elle n'est. Les médecins auraient-ils cependant à provoquer dans ce cas l'intervention de l'État? Pas le moins monde. Il en serait de même pour la généralisation du système des membres dits demi-participants, ou se considérant comme trop aisés pour recevoir l'allocation journalière, comme trop pauvres pour payer individuellement un médecin. De même, enfin, et parmi les participants actuels, on ne saurait demander sérieusement aux sociétés de faire des catégories spéciales, les unes payant un supplément, les autres n'en payant pas : où serait la base solide pour les catégories?

Quant au système du médecin laissé libre d'apprécier l'état de fortune des sociétaires et investi du droit d'exiger des malades qui lui paraîtraient dans une position aisée un supplément d'honoraires ' à réclamer au besoin par les voies de droit, en usant d'arbitres à titre de conciliation; cette autocratie médicale qui amènerait le sociétaire à considérer le médecin comme un agent du fisc chargé d'asseoir un impôt et qui ferait dissimuler les humbles ressources de la famille au moment où

' Rapport des médecins de Strasbourg, Bulleiin l8U3, \>. tlij et 142.

il y a lieu au contraire d'y recourir dans toute leur étendue, est tout ce qu'il y a de moins pratique au monde.

Abstention complète vis-à-vis des appels à l'administration publique; discussiou conciliante; constatation ferme mais mesurée du labeur accompli ; flétrissure de l'idée abominable que renfermerait ce mot qui, certainement, n'a été prononcé que comme un argument, « emploi d'une médecine spéciale ; » refus d'établir aucun tarif obligatoire ou même arrêtant des chiffres absolus; expulsion définitive du débat de ce mot d'exploitation, mot sinistre qu'il faut désapprendre aux classes auxquelles on l'adresse et qui l'ont prononcé dans la fièvre, à des heures dont l'histoire se souvient; rapports toujours empreints de bienveillance, jamais entachés d'impatience mal dissimulée ou de nuances fâcheuses — (serait-ce un individu malade et payant mal son médecin qui est là devant vous? non, c'est le peuple souffrant, travaillant, luttant avec courage, faisant loyalement ce qu'il peut) ; — espoir accepté qu'il ne s'agit pas ici d'un progrès qui fait des ruines ou simplement de la loi si souvent appliquée de l'intérêt privé subordonné à l'intérêt général, mais que le trouble actuel ne durera pas, que par une amélioration des salaires, une organisation scientifique de la mutualité, une réduction à l'infiniment petit du charlatanisme et de l'empirisme, on arrivera progressivement à une situation vraiment bonne ' ; conviction profonde enfin, que dût-on avoir quelque chose à souffrir dans ce déplacement d'intérêts qui est la crise moderne et auquel nul ne peut rien, on paie comme médecin la part que chaque citoyen doit au grand œuvre de ce temps-ci ; tels nous semblent devoir être la règle de conduite et les intérêts du corps médical.

Et qu'on ne nous dise pas que nous considérons ce corps comme devant payer la rançon de la société française vis-à-vis du prolétariat. Non : cent fois nous avons défini et carac-

* Combien de jeunes médecins ont déjà dû leur clientèle, et auparavant leur pratique médicale aux sociétés de secours mutuels! Combien, iorsiiue la l'iunille enlière n'est pas annexée, sont restés par là les médecins de cette Camille, laiiuelle avant l'association, n'avait pas de médecin! A la cainpiigne surtout, dans combien de localités le titre de médecin d'une société de secours mutuels n'esl-il pas considéré comme une garantie et 8cri-;l de passeiiorl auprès dis malades dans im r;ijon déliassant la commune de beaucoup !

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