‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 68 sur 331 · PARTIE IV, Cn.VPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, Cn.VPITRE V

térisé à ce sujet les devoirs actifs, impérieux de l'ensemble des classes aisées; et ne venons-nous pas d'affirmer implicitement que les sociétés de secours mutuels seront tout au plus pour les médecins ce que les chemins de fer ont été pour tant d'industries, ce que les machines ont été pour tant d'ouvriers, un arrêt momentané, un obstacle dans l'engrenage, faisant place bientôt à plus de prospérité et à plus de bien-être? Mais quand même cela ne serait pas, quand même dans cette loi universelle qui fait l'harmonie après le trouble, se produirait une exception pour les médecins; eh bien! qu'ils n'en doutent pas, il y aurait là un beau rôle s'ils savaient noblement le comprendre et l'accepter.

Quant aux sociétés de secours mutuels, dont le suprême intérêt nous a soutenu dans cet exposé souvent pénible, et qui, il faut le dire, ne paraissent pas ici partager en général l'émotion qu'elles provoquent; — calme de la force, dira-t-on, peutêtre aussi certitude absolument acquise qu'elles ne peuvent pas pour le moment faire au delà de ce ce qu'elles font; — n'aurions-nous aucun conseil à leur donner, aucune espèce de reproche à leur faire? Et d'abord, que chaque sociétaire ne perde pas un instant de vue ceci: Sous le bénéfice exclusif de la mutualité, par une de ces combinaisons admirables qui sont sa richesse et son honneur, il reçoit souvent pour un. prix extrêmement médiocre un service dont la valeur matérielle, pour une longue maladie, est infiniment supérieure; dont la valeur morale, même pour une maladie d'un jour, ne se paie pas. Sans doute sa dignité personnelle est tout à fait sauve, car l'agrégation dont il est membre et vis-à-vis de laquelle strictement il est également quitte, a rémunéré convenablement le médecin ; mais lui, individuellement, il ne peut en aucune façon considérer comme un paiement proprement dit, sa part si minime dans le chiffre collectif des honoraires. Regarder le médecin comme un individu lui rendant service moyennant salaire, ne serait pas seulement une confusion honteuse entre le travail auquel on ne doit rien quand on l'a gagé et le concours immatériel et toujours dévoué du médecin (toujours dévoué, disons-nous, car ici la matière du travail étant l'homme lui-même, le médecin nous semble être à des abîmes au-dessous de sa tâche, si malgré l'habitude qui bronze,

il ne met pas son âme autant que sa science dans le jeu), ce ne serait pas seulement une indélicatesse, bien souvent même un manque de gratitude, — et la gratitude est aux dettes du cœur ce que les dettes d'honneur sont aux autres dettes, — ce serait encore une injustice littérale, une appréciation contraire au droit. L'ouvrier français porte trop haut ses sentiments pour ne pas se rendre à une argumentation parfaitement rigoureuse après tout, au point de vue du doit et de l'avoir, quoiqu'elle frappe aux régions les plus élevées de son esprit.

Que les sociétés expliquent donc ces distinctions fondamentales à leurs membres; et comme il faut une sanction toujours, qu'elles introduisent au besoin dans leurs règlements des dispositions sévères contre ceux qui, dans leurs rapports avec les médecins, auraient violé, d'une manière quelconque, les égards, la déférence qu'ils leur doivent. On n'impose pas la reconnaissance par un article de statuts, mais on impose aux rapports extérieurs certaines*limites qu'ils ne doivent pas franchir sans rencontrer une pénalité salutaire.

Que si les sociétés nous demandaient quel est le meilleur mode à adopter soit pour la rémunération des médecins, soit pour le paiement des honoraires, la juxtaposition que nous avons faite de tous les systèmes proposés, les objections plus ou moins fondées dont ils sont tous l'objet, les avantages partiels dont presque tous peuvent exciper, suivant les cas, répondent d'avance qu'il n'est pas possible de tracer des règles fixes. A part le système qui combinerait à la fois le choix des médecins par chaque sociétaire individuellement et la rémunération par visite, système qu'il n'est pas possible de discuter dans les conditions faites aux associations mutuelles, et que l'association médicale de Strasbourg, déclare elle-même — ceci nous semble être un témoignage d'un certain prix — « devoir entraîner infailliblement une société à sa ruine; » il est bien peu de modes qui ne puissent, suivant les circonstances, être appliqués utilement. Le système de M. Vée a pour lui la pratique d'une des plus nombreuses sociétés de Paris. 11 est certain que sans livrer tout à fait le service médical au hasard, puisque la société

« Itullrtin 1803, p. 238.

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