‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 70 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE V

médical et pharmaceutique. Ce mode, qui, du reste, ne serait applicable que dans le grands centres, comporterait certainement un examen particulier s'il venait à se produire chez nous. Mais de prime abord, toujours par ce principe qu'il ne faut user de l'association que pour les choses que les individus et les individualités collectives ne peuvent pas faire seuls, nous sommes assez peu sympathique à un tel mode. De tous les systèmes de recrutement du personnel médical qui viennent d'être passés en revue, que chaque société choisisse donc celui qui peut le mieux convenir à sa situation propre.

Nous arrivons à la quotité des honoraires. Pour cette question, nous trouverions encore moins sérieux que pour la précédente de prétendre décréter une règle générale, même quant au minimum. Autant de localités, de sociétés, de médecins, autant de traités particuliers, d'arrangements spéciaux, de bases différentes : la Savoie ou Paris, la Basse-Bretagne ou Bordeaux, Rouen ou les Hautes-Alpes ! Dans la Savoie elle-même, Chambéry ou tel'autre petit village des montagnes ; le chef-lieu ou la plus humble commune! Ce minimum prétendu insultant ici, devenu maximum très-désiré là-bas! Parce que tous les médecins auront passé à Montpellier ou à Paris sous le niveau des mêmes études, et auront contracté des idées à peu près similaires sur la dignité de leur profession, ils n'en trouvent pas moins, en retournant chez eux, les populations diverses et disparates, des besoins et des ressources ne se ressemblant en rien, l'étalon de la vie variant à chaque pas. La France a déjà le poids de cette vieille centralisation administrative, qu'on s'efforce si utilement d'ailleurs de détendre aujourd'hui. Laissez-nous au moins le plus longtemps possible les variétés provinciales, qui sont un des caractères du pays. Que le système monétaire unique ne vous fasse pas rêver un régime monétaire absolument égal.

Outre la question de fonds, il y a ici une enquête dont nous nous efforçons de tracer la physionomie. Pourquoi donc ne mentionnerions-nous pas l'idée émise par un médecin de Strasbourg, frappé « de la position insoutenable qui résulterait, pour la majorité des médecins, surtout dans les grandes villes, de l'introduction des membres aisés? » Mais ici, il faut citer textuellement : « Notre confrère, dit le rapport, voit la solution

du problème dans des mesures d'un ordre plus élevé : il faut que la société garantisse à chaque malade un médecin, à chaque médecin son salaire ; une organisation générale conduirait à ce résultat. L'empire français serait divisé en districts médicaux ayant chacun un médecin commissionné par le gouvernement; le nombre de ces médecins serait à peu près de 1 7,000 ; ils n'auraient pas de traitement fixe, mais leurs honoraires seraient réglés par un tarif. On ajouterait à la cote de chaque contribuable un cinquantième de la valeur locative, pour subvenir à cette dépense. Les médecins recevraient leurs honoraires des mains du percepteur et non plus de celles des malades. Des médecins libres, étrangers à l'administration, seraient toujours à la disposition des personnes plus ou moins aisées qui réclameraient leurs secours. »

Le lecteur ne s'attend pas, sans doute, à voir ici l'examen critique du plan qui précède. Peut-être cependant nous saurat-il gré de le lui avoir fait connaître. S'il est simplement un jeu d'esprit, peut-être ne devait-il pas figurer dans le rapport collectif des médecins de Strasbourg; s'il est présenté sérieusement,— ce que nous serions tenté de croire, en le voyant qualifier dans ce rapport comme un de ces « lointains systèmes inspirés par des sentiments philanthropiques, mais d'une utilité bien douteuse, » en y lisant ces mots : Est-il besoin de placer le percepteur entre le médecin et son malade? — nous n'avons pas la prétention de ramener son auteur à la vie réelle. Le fanatisme de la centraUsation a rarement donné cette note-là.

Non ; tout ce qu'on peut faire ici, et on l'a fait, c'est de fournir par la statistique des inductions de ce qui est et de ce que généralement on accepte quand on ne le recherche pas. Certes, nous ne voulons pas dire par là qu'il n'y ait aucun désir de mieux à exprimer; mais enfin, comme ce serait faire une injure sans excuse au corps médical que de supposer que la plus ;^:rande partie des médecins, qui ambitionnent les conditions présentes, sont de ces « mercenaires presque gratuits, mais encore trop chèrement rémunérés, » si sévèrement qualifiés par le président d'une société départementale, conseillant aux so-

* Ubi suprà, p. 236;el 237.

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