PARTIE IV, CHAPITRE VI
son rapport sur la loi du 19 ventôse an XI ', et suivant la pratique dans la vie de chaque jour, le traitement heureux des maladies suppose la bonne préparation des médicaments; si laborieuse, puisqu'une bonne partie des difficultés professionnelles afférentes au service médical se reproduit ici ; si menaçante, puisque la fourniture des médicam.ents occasionne dans un budget bien exigu une dépense notablement supérieure à celle du service médical lui-même, — nous apprenons que les prévisions conçues depuis quelques années se réalisent : le conseil d'État serait saisi d'un projet destiné à modifier dans un sens libéral la loi du 21 germinal sur l'exercice de la pharmacie.
L'organisation générale de la profession pharmaceutique étant intimement liée aux intérêts des sociétés de secours mutuels, nous regrettons bien vivement d'être obligé de procéder à noire examen sans être fixé sur les conditions nouvelles qui pourront être faites à la pharmacie. Comme il est probable toutefois que ces conditions, quelles qu'elles soient, ne feront pas rentrer absolument les pharmaciens dans le droit commun du commerce; qu'on exigera toujours d'eux des garanties particulières de savoir et de prudence, et que la loi nouvelle se bornera à mettre l'état actuel des choses en harmonie avec les tendances de notre temps, nous croyons pouvoir procéder utilement à l'examen qui vient ici en Son lieu.
Dans des questions si complexes et où on ne peut, pour ainsi dire, se prononcer sur un point quelconque sans porter atteinte à des situations respectables, la méthode nous paraît consister à consulter les faits et à laisser autant que possible d'abord la parole aux intéressés, sauf à la prendre ensuite, soit pour conclure en faveur d'un des modes mis en pratique ou d'une combinaison de modes divers, soit quand il y a lieu pour essayer d'indiquer un mode nouveau.
Nous sommes ici sur le terrain le plus incertain que nous ayons encore rencontré. Pendant que dans la France entière la moyenne de la dépense pour médicaments s'élevait par membre à 1 fr. 56 c. en 1854, à 1 fr. 97 c. en 1860, à 2 fr.20 c. en 1863; pendant que d'après les comptes-rendus spéciaux elle ne s'élève qu'à 50 c. pour
* Relative à rexercice de la médecine.
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telle société, elle monte jusqu'à 3 fr., jusqu'à 6 fr. pour telle autre. Pour cent journées de maladie, telle société dépense 13 fr., telle autre a été jusqu'à 230 fr. Dans l'ensemble du pays et proportionnellement à la dépense totale, les médicaments figurent en 1834 pour 11 fr. 76 p. 100, en 1860 pour 13 fr. 77 p. 100, en 1863 pour 14 fr. 88 p. 100. Comparés par exemple à la dépense des indemnités quotidiennes, nous trouvons que les premières coûtent en 1854, en 1860, en 1863, 533,000 fr., 973,000 francs, 1,314,000 francs, et que les secondes coûtent 1,935,000 fr., 2,794,000 fr., 3,536,000 fr., c'est-à-dire que 11 fr. 76 p. 100, 13 fr. 77 p. 100, 14 fr. 88 p. 100 sont d'un côté, et 42 fr. 72 p. 100, 39 fr. 55 p. 100, 40 fr. 05 p. 100 de l'autre. — Eh bien, pendant une période de \ingt six années, nous voyons, au contraire, telle société de secours mutuels payer 248,000 fr. pour ses médicaments ', tandis qu'elle ne paie que 135,000 francs pour les indemnités quotidiennes et 99,000 fr. pour les honoraires des médecins : ce n'est plus 13 p. 100 par rapporta 41 p. 100, c'est au contraire 30 p. 100, par rapporta 16 p. 100. Ici les médicaments coûtent à la société trois fois moins cher que les indemnités; là ils lui coûtent presque deux fois plus. Dans ce dernier exemple, il est vrai, il s'agit du chiffre le plus élevé, qui eut été, croyons-nous, atteint par aucune société française; mais aussi nous ne l'avons pas comparé au chiffre le plus bas, mais surtout au chiffre moyen de toutes les sociétés. D'autre part, pendant que la moyenne de la dépense pharmaceutique est en France de 2 francs par tête, telle société se félicite d'avoir obtenu depuis douze ans un très-bon service avec moins de 3 francs par famille ^.
Nous sommes bien évidemment sur ce terrain vague où nous allons voir tout à l'heure une très-importante société obtenir des pharmaciens d'une ville, chef-lieu de département, une réduction de 10 p. 100 sur un tarif qui, dans des centaines d'autres sociétés, est au contraire augmenté de 15 p. 100 et encore à litre de concession seulement!
Toutes ces différences prodigieuses serait^nt-elles seulement le
• Auxquels il l'auf :ijoiil<'r 53,000 fr. pour foiirnitniTS de bains, frais de gardos malades et frais d'accoiiriiement.
'■* La Bociété de Demigny (S.ionc-cl-Loirt).