PARTIE IV, ClIAflTRE VI
fait des pharmaciens? Le pharmacien n'est pas seulement un commerçant, il est homme de science. Bien que, d'après de bons juges, l'achat des drogues ne tienne qu'une place assez médiocre dans le budget de l'officine, bien que « le prix de la plupart des substances médicamenteuses à dose thérapeutique ne trouve pas d'expression, tant il est petit dans notre système monétaire ', » la valeur commerciale de la drogue ne peut cependant être négligée. Répétées, les dépenses les plus minimes atteignent un chiffre assez élevé. De plus, suivant la remarque d'un spécialiste, « la pharmacie devient de plus en plus le comptoir de débit de produits fabriqués dans une foule de laboratoires étrangers qui prélèvent tous sur le pharmacien une prime plus ou moins lourde de bénéfices ^. » Heureux ou fâcheux ce résultat de la fabrication en grand des substances pharmaceutiques étant un fait , il y a lieu de dédommager d'autant le pharmacien des prélèvements qu'il a déjà subis lorsque arrive le moment de préparer définitivement la substance pour en faire un médicament qui sera bienfaisant ou funeste suivant son habileté et sa conscience. Dans quelle mesure donc les honoraires de l'homme de science dont le rôle commence ici et qui « en définitive ne vend que la matière scientifique dont il prépare un médicament, les substances qui n'exigent pas de manipulation étant simplement vendues avec une garantie que le client ne trouverait pas ailleurs ^; » dans quelle mesure ces honoraires doivent-ils accroître le prix de revient des substances et les frais généraux de l'officine? C'est là une question non résolue jusqu'ici, et qui suivant la manière dont chaque pharmacien l'envisage peut amener ce fait que l'acheteur collectif dont le compte aura été réduit dans tel quartier de 30 à 40 p. 100, pourra avoir payé aussi cher que le particulier auquel, dans un quartier voisin, on aura présenté un mémoire sans aucune réduction, le prix ordinaire de l'un ne ressemblant en rien au prix ordinaire de l'autre *. De là, certainement, de bien grandes difficultés pour l'édiû-
* Le docteur Fournie, déjà cité, p. 294.
^ M. Paert, pharmacien à Jlarseille; mémoire couronné par l'assemblée générale de la société pharmaceutique centrale de France. 3 Docteur Fournie, p. 294.
* Voir le docteur Fournie, ibid. p. 291.
cation de tout raisonnement d'ensemble. Mais les différences signalées tout à l'heure dans les dépenses pharmaceutiques des sociétés et qui se marquaient dans une proportion de 1 à 13, n'ont-elles pour cause que ces difficultés? Très-évidemment non. La prodigalité, ou la parcimonie, ou la circonspection des médecins *; le plus ou moins de rigueur des sociétés dans l'emploi de ces remèdes dits de luxe ', qu'il est bien sévère de proscrire absolument pour tous les cas possibles, mais dont l'abus ou seulement l'usage habituel serait bien vite une ruine ; le mode de solution enfin de ce qu'on pourrait appeler, si le fonds n'était pas très-sérieux ici, la redoutable question des sirops ; plus sérieusement encore et pour les véritables médicaments, le plus ou moins de condescendance des médecins vis-à-vis de cette propension de la classe ouvrière, « dont les hypocondriaques et les nosomanes voudraient toujours se médicamenter, tandis que ceux de la classe riche ont plutôt une aversion profonde pour les drogues ^; » enfin et pour une forte mesure, le nombre et la durée variables des maladies selon les professions et le siège des sociétés; toutes ces causes contribuent certainement beaucoup à l'étonnante inégalité des résultats, qui vient se chiffrer en écus à retirer des caisses sociales.
Quels sont cependant les moyens à prendre pour combattre ces inégalités, c'est-à-dire pour faire qu'une société ne dépense pas dix ou douze fois plus qu'une autre? quels sont les moyens à prendre; mais avant, quels sont les moyens employés?
Nous voyons se présenter en premier lieu l'abonnement à raison d'un prix fixé par chaque sociétaire. Quelques personnes lui
* Les liommes spéciaux ont conseillé la rédaction d'un formulaire écononiique, qu'on mettrait entre les mains des médecins, et qui résumerait les substances et les préparations, que sans inconvéuients pour le malade, pourrait modifier, ou substituer à d'autres, dans le but de diminuer les frais pharmaceutiques.
2 Quinquina roii}.'e, miel, vins médicaux, pastilles.
' Il n'est pas rar»d'en trouver, continue le docteur Fournie, qui consentiraient à prendre tous les deux jours une bouteille d'eau de sedlitz; mais le plus souvent, il leur faut des remèdes doux, et le médecin a perdu sa tranquillité jusiiu'à ce qu'il ait cédé à leur caprice, ou (pi'il les ait éconduils par un autre procédé {rem|)loi de certaines pilules écoiiomitpies réussit généralement mieux ([ue toute espèce de sirops contre cette onéreuse manie). KlM.Gaillardin : « Avant d'entrer dans l'association, on ne distinguait pas entre un pharmacien et \m pliarmacien; dejiuis qu'on s'est fait sociétaire, on fait de la chimie h l'envers du bon sens, et on se plaint du mauvais goût de l'huile de ricin. »