PARTIE IV, CHAPITRE VI
reprochent en tant qu'appliqué au service médical, les inconvénients qu'il présente incontestablement ici; on a vu que ce n'est pas notre sentiment. Qu'un médecin fasse telle année, dans une société, quelques visites de plus qu'il n'eût dû en faire, il en fera l'année suivante quelques-unes de moins. 11 n'a dépensé qu'un peu « de l'étoffe dont la vie est faite ; » il a trop de conscience pour que le malade ait souffert, dans la première période, d'un déplaisir qui trouvera sa compensation plus tard. Survienne une épidémie, quelle sera, au contraire, la situation du pharmacien, qui aura chaque jour, à acheter de très-fortes quantités de substances chez le droguiste ou le fabricant, et qui, — employant son temps, lui aussi, — aura en outre à payer des billets de commerce? De deux choses l'une : le pharmacien fournira les médicaments de première qualité qui figurent sur son engagement et qui doivent figurer absolument dans tous les traités, — (car les mêmes maux demandent les mêmes remèdes ; car l'anxiété du pauvre est, nous le supposons, de la même nature que l'anxiété du riche ; car la mort de l'un, outre la douleur égale dans les deux cas, entraînerait probablement plus de désastres matériels encore que la mort de l'autre) ; — donc, ou le pharmacien sera héroïque et se ruinera pour la société, — ce qui est immoral au point du vue de celle-ci — , ou bien, cédant aux suggestions mauvaises, il ira chercher dans son officine ces produits de deuxième et même de troisième qualités qui y existent, au rapport des initiés. Car « la maladie du bon marché, dit M. de docteur Fournie, s'est implantée dans l'officine comme partout ailleurs, et il y a aujourd'hui des médicaments pour tous les prix ^ » Les deux hypothèses sont également inadmissibles. M. Paret a écrit du reste avec une autorité sans réplique : jamais les officines en réputation n'accepteront le système de l'abonnement, puisqu'il y a chances de pertes pour elles « les autres ne l'accepteront qu'autant qu'elles auront la chance de compenser les pertes que pourrait donner une société renfermant dans son sein plusieurs valétudinaires par le bénéfice provenant d'une autre société mieux partagée, et aussi, il faut bien dire le mot, qu'autant qu'elles pourront faire beaucoup de
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travail sans y porter tous les soins minutieux qu'exige notre profession. »
C'est sur ce même mode de l'abonnement, ou marché à forfait, que ' la Société de pharmacie de Bordeaux, s adressant aux présidents des sociétés de secours mutuels, a dit à l'occasion d'une mesure dont nous parlerons plus loin : Ce mode est injuste, car quelqu'un est toujours lésé ; or, la véritable justice exige que chacun soit rétribué en proportion de son travail. Il est dangereux pour le sociétaire, « l'entraînement de la concurrence et le besoin de faire des affaires poussant certains pharmaciens à accepter des prix souvent tellement réduits, qu'ils doivent, ou perdre notablement, ou ne satisfaire que très-incomplétement aux ordonnances du médecin ; et on n'a pas besoin de beaucoup réfléchir pour entrevoir le danger sérieux qui peut en résulter pour la caisse sociale et la santé des sociétaires. )i C'est assez de raisonnements sur l'abonnement ou marché à forfait. Toutes les facilités, toutes les fixités de calcul dont on peut exciper en sa faveur, ne peuvent infirmer les réquisitoires motivés qui précèdent.
Le second mode de convention: qui s'offre maintenant à nous, est celui de la fourniture des remèdes avec une réduction proportionnelle sur les prix courants. En apparence, rien de plus simple ; mais nous sommes tenu d'aller au fond des choses. Nous venons de repousser implicitement ce mode. Qu'est-ce que c'est que le prix courant ; que le prix ordinaire? Ces mots n'ont aucune signification précise. Et, dans cette remarque, il n'y a nullement une critique; car au point de vue des règles économiques générales, le pharmacien est libre de vendre sa marchandise au prix oh il l'entend. Au point de vue de l'appréciation morale de la quotité de son bénéfice, il est évident aussi qu'on ne peut en rien le comparer, luiquifaitannuellemelitlO, 15,20, 30,000 iV. de recettes, rarement plus, au négociant qui compte ses affaires par centaines de millt' francs. A 10 ou 15 p. 100 de bénéfices, ce dernier peut tirer de sa profession un profit considérable; avec ce même bénéfice sur son chiflre d'opération, tel pharniacicn pourrait aller à l'hôpital. Il n'y a donc pas ici une critique,
* Loc. cit. \). IG4.