PARTIE IV, CHAPITRE VI
les pharmaciens sur les chiffres de ce tarif, le tarif des sociétés de secours mutuels est encore à faire?
Quoi qu'il en soit, les sociétés n'ont guère de choix pour le moment qu'entre les deux tarifs, et nous venons d'indiquer celui des deux qui semble leur être le plus avantageux. Ceci posé, doiton laisser le sociétaire libre de s'adresser au pharmacien de son choix? Ici nous retrouvons les opinions que nous avons déjà passées en revue à propos des médecins. Jusqu'au moment oij on aura créé un tarif général pour toutes les sociétés de la France, auquel cas on pourra se départir de la limitation absolue des fournisseurs, en adoptant le système de M. Vée, M. le docteur Fournie se prononce pour la négative. M. Yée déclare que dès à présent : « Tout pharmacien honorablement connu dans la circonscription de la société, qui s'engage à fournir des médicaments aux prix et conditions fixés par le Conseil d'administration, et à se soumettre aux règlements, dont il lui est donné connaissance, doit pouvoir être admis à faire ce service. Lorsqu'un sociétaire tombera malade , il sera libre de désigner parmi eux celui chez lequel il lui conviendra le mieux de se fournir. Une fois cette désignation faite, elle ne pourra plus être changée, à moins de motifs graves, dans le cours d'une même maladie ; il en sera tenu note au secrétariat, et le pharmacien devra ouvrir un compte particulier à chaque sociétaire, et faire pour lui un mémoire séparé. »
M. Dublanc propose aussi de compléter la réglementation qu'il a formulée en disant : La fourniture des médicaments aura lieu par tous les pharmaciens de la circonscription de la société ; . il n'y aura d'exclusion que pour ceux qui refuseraient de se conformer au tarif et aux obligations de ce règlement. MM. Yée et Dublanc appliquent leurs idées à ce sujet dans les sociétés du faubourg Saint-Denis et du Jardin des Plantes h Paris.
Ce sont là des autorités bien sérieuses. N'est-il pas permis cependant d'espérer mieux? Ici, il faut faire une distinction. Pour les villes nous allons voir ce qui est pratiqué déjà et ce qu'il est possible d'étendre, ce qu'on peut même innover. Pour les bourgs et les campagnes, lorsqu'il n'y a qu'un pharmacien, nous ne pouvons que conseiller l'adoption de l'un des deux
tarifs ', en attendant la création de celui qui est désirable pour toutes les institutions du caractère spécial des sociétés de mutualité. Dans les localités où l'absence de tout pharmacien défère au médecin la vente des médicaments ^, il y aura bien des difficultés particulières; mais elles pourront être aplanies par une discussion de confiance, dans laquelle l'action collective saura toujours manifester avec modération son pouvoir.
Quant aux villes, voici ce qui se pratique depuis plusieurs années à Bordeaux et à Marseille. Réunis en sociétés comme les médecins, les pharmaciens ont dû naturellement songer à user du faisceau pour combattre l'envahissement possible. Jusqu'à présent les sociétés de secours mutuels leur ont-elles été nuisibles? On ne saurait le prétendre. La lutte des intérêts et les discussions qu'elle amène ont ceci de bon qu'elles éclairent les questions infiniment mieux que le feraient toutes les thèses. Le public entend, sans écouter aux portes, et il fait son profit des aveux. « Nous ne croyons pas, dit M. Paret ^, que les sociétés mutuelles deviennent une cause de ruine pour la pharmacie ; nous croyons seulement que no.us touchons à une ère de transformation dont il s'agit de bien saisir la nature et la portée pour la faire tourner à notre profit, ou plutôt pour l'empêcher de porter une grave atteinte à nos intérêts.... Aujourd'hui on n'aura plus à craindre de voir le client sociétaire aller s'approvisionner de jalap chez le droguiste, de fleur de guimauve chez l'herboriste, d'eau de fleur d'oranger chez le confiseur et quelquefois, comme le fait le client libre, dans un but d'économie qu'il réussit plus ou moins à atteindre. » Accroissement de ce genre de débit, abaissement des prix rendu plus praticable, mais surtout accroissement de la consommation générale. « 11 suffit d'avoir fourni pendant quelque temps des médicaments aune société pour être bien convaincu que celui qui était d'une parcimonie extrême à l'égard de son budget pharmaceutique, quand cette charge pesait sur ses seules ressources *, devi(3nt au contraire un consommateur si large,
* Avec réduction de 15 p. 100, bien entendu.
'^ Art. 27 de la lui de geiiniiiMl iin XI
•* l.iic. cit.
^ i'our être duns le vrai, il laiit dire (|ue la plujiart du leui|).s, <|uaiid il élail malade,