PARTIE IV, GUAPITRE VI
quand il prend sur le compte de l'association, que le médecin se croit obligé d'imposer lui-même des limites au penchant de son malade pour certains produits de nos officines. »
Tout en soulignant, en passant, les lignes qui précèdent à l'adresse des médecins et des présidents de sociétés, nous devons en tirer surtout cette autre conclusion : Parmi les pliarma- .ciens pas plus que dans le camp médical, il n'y a lieu de jeter le cri d'alarme. Au bénéfice des médecins, et bien entendu de la santé publique, l'empirique s'élimine de plus en plus; au bénéfice des pharmaciens, l'herboristerie et la confiserie devront certainement borner leurs « usurpations» et leurs « empiétements. » Ici, dans des proportions bien modestes, ailleurs dans des proportions plus vastes, ces déplacements d'intérêts sont le jeu de la liberté et des transformations humaines ^. Les professions qui redoutent les envahissements de ceux-ci et dont les membres se félicitent, sans qu'on les en puisse blâmer, d'être les envahisseurs de ceux-là, devraient, tout en luttant, ne jamais perdre de vue certains aspects généraux des questions. Elles y trouveraient au besoin des exemples antérieurs de faits qu'elles considèrent comme exorbitants, s'appliquant à ellesmêmes; elles y trouveraient surtout des preuves que rien n'est jamais désespéré et que la décomposition d'aujourd'hui est souvent le prélude de la reconstitution améliorée de demain.
Quoi qu'il en soit et tout en envisageant la situation sans alarme véritable, les pharmaciens des grandes villes ont songé à se prémunir principalement contre le système de l'abonnement. A Bordeaux par exemple, et dès 1858, sous l'inspiration de la Société de pharmacie, un grand nombre de pharmaciens, d'entente commune et par acte signé, se sont interdit de traiter à l'avenir directement, individnellement et pour leur compte personnel de la fourniture ou du payement des médicaments quelconques avec aucune des sociétés de secours mutuels de la ville « et d'un cer-
le client sociétaire d'aujourd'hui allait à l'hôpital ou était soigné par la pharmacie du bureau de bienfaisance.
3 Ce n'est pas l'élimination de ce qu'on entend en France par ce mot d'empirique qui nous semble comporter beaucoup de ménagements. Voir cependant à titre d'opinion is;olée mais émanée d'un homme considérable, une page curieuse de M. Le Play, s'élevant contre la confusion intéressée, (|ue, suivant lui « la science orthodoxe et l'esprit de coterie avec le préjugé pour auxiliaire » établissent entre w l'enquriiiue honnête et con-
tain rayon» .Un syndicat de neuf membres a seul ledroit etle pouvoir de traiter avec les sociétés, au nom et dans l'intérêt de tous.
Il « sollicite les adhésions des pharmaciens, w informe les confrères des traités passés avec les sociétés ou de leur résiliation, rassemble, vérifie, fait payer les comptes, et en répartit le montant entre les ayants-droit. Les traités « ont pour bases : le droit laissé à chaque sociétaire de prendre ou de faire préparer, chez celui des pharmaciens adhérents qui lui conviendra, les remèdes dont il déposera la prescription signée par un médecin ; l'obligation imposée aux sociétaires de faire formuler les ordonnances de leur médecin sur des imprimés spéciaux, portant la liste de toutes les pharmacies adhérentes. » Le prix de chaque médicament est indiqué sur l'ordonnance d'après un tarif spécialement dressé pour les sociétés de prévoyance. Tous les trois mois, le syndicat vérifie les comptes. ((Celui qui aurait dit, il y a quelques années, écrivait, deux ans après l'application de ce règlement, le syndicat des pharmaciens de Bordeaux, qu'un jour allait venir où chaque membre de la plus petite comme de la plus puissante des sociétés de secours mutuels, pourrait faire exécuter ses ordonnances de médicaments dans celle des pharmacies où le conduiraient ses habitudes, sa confiance ou son caprice, sans qu'il en résultât, pour lui ou pour ses co-sociétaires, aucune obligation nouvelle , et pour la caisse sociale aucun risque de plus ; celui-là, dis-je, aurait été taxé d'utopiste, et cependant il n'aurait prédit que ce qui existe. »
A la fin de 1861, près de soixante sociétés de secours mutuels de Bordeaux avaient adhéré au syndicat de cette ville ', et celui-ci citait, avec une satisfaction toute naturelle, le témoignage dont il avait été l'objet de la part du congrès pharmaceutique de Toulouse, qui avait reconnu son procédé comme le
vaincu (|iii .sii|»|iléc avec avantage les médecins dans une grande partie de l'Europe» et le charlatan véritable. {I.n Réforme sociale, t. I, p. 3'ii.)
* La dépense par sociétaire, pendant une année, avait varié entre 5 fr. CO et 1 fr. 80, La moyenne avait été de 2 fr. M à ,'{ fr. l'our le sociétaire altilié avec sa famille, la dépense avait été de 'i fr. 'Ib à 8 fr. 50. La moyenne avoisinait le cliifTre de 0 fr.: Pendant une autre année, la dépense avait été de '2 fr. '20 par individu, dépense très-; faillie, d;t le syndicat, puisiine les anciens alioiincments étaient consentis à 4 fi
Pendant les cint] [iremièrcs année.s, le syndicat avait fourni pour G5,000 fr. de médicaments.