PARTIE IV, CHAPITRE VI
due? Certes, nous avons la certitude que, dans l'immense majorité des cas, le premier résultat est atteint dès aujourd'hui. M. le docteur Fournie, qui n'avait pas pour s'éclairer le fait de Niort, lequel est récent, a cependant conclu comme nous le faisons en ce moment. Cette conclusion semble assez pénible, car son adoption ne serait pas sans porter dans les villes un certain tort à un corps honorable, duquel on exige des études approfondies, qui rend de très-grands services, et dont, malgré tous les reproches qu'on leur adresse, les membres sont certes loin en général d'arriver à la fortune. Mais des intérêts supérieurs nous semblent ici devoir l'emporter. Si la mutualité se généralisait, ce serait le cas d'appliquer ce que nous avons dit, dans le chapitre précédent, des professions encombrées ou des encombrements sur un point.
Nous ne prétendons pas, du reste, que toute expérience, dans le sens d'une pharmacie spéciale, dût réussir. La société des ouvriers en soie de Lyon, qui, depuis 1857, a tenté une organisation semblable, ne paraît obtenir que depuis peu de temps des résultats dont elle se félicite. Il est vrai qu'il faut tenir compte de la période de début et de la composition défectueuse, paraîtil, de cette société. De plus, les ouvriers en soie usaient autrefois de l'abonnement, et c'est avec les résultats de l'abonnement qu'on semble avoir comparé. Or, le système qu'il s'agit de découvrir ici, dût-il entraîner plus de frais que l'abonnement, nous ne regretterions pas ce surcroît. Plus de frais que l'abonnement, d'accord, mais beaucoup moins de frais, sans doute, qu'avec les remises les plus larges elles-mêmes.
Personne ne sera étonné qu'à une époque où en France, mais surtout dans deux pays voisins, les ouvriers s'associent avec tant de fruit, dans un but de consommation et de suppression des intermédiaires, on se demande s'il ne serait pas possible aux associations d'ouvriers elles-mêmes de s'associer pour diminuer une des dépenses qui les affectent le plus sensiblement. Si les sociétés de secours mutuels d'une ville formaient entre elles un syndicat pour créer une pharmacie à leur usage personnel, elles ne feraient autre chose, en définitive, que ce qu'ont fait les pharmaciens quand ils ont créé des syndicats, pour fournir, avec moins de désavantage, des médi-
caments aux sociétés de secours mutuels. Double face de cette lutte des intérêts, qui doit sans doute dans l'avenir se manifester sous bien d'autres aspects. Nous sommes convaincu qu'il n'est pas un pharmacien intelligent, qui, dans le fond de son âme, ne blâmât les sociétés de secours mutuels de continuer à s'approvisionner à son officine, si, persuadées qu'elles y perdent, elles ne persistaient dans l'ancien mode que pour ne pas porter tort à une honorable profession. Les pharmaciens savent bien que, s'ils ont des intérêts et une famille, les sociétés de secours mutuels forment elles-mêmes une grande famille, ayant aussi ses intérêts.
Au surplus, que les pharmaciens se rassurent : l'organisation dont nous parlons ne pourra jamais être qu'une exception dans le pays ; et ils peuvent même sans doute la retarder longtemps en donnant satisfaction aux réclamations légitimes. Qu'ils se hâtent surtout de s'entendre pour la rédaction du tarif spécial applicable à la mutualité dans la France tout entière. Ils éviteront ainsi des différences qui paraissent étranges, et dont l'énumération ne doit pas leur être agréable. Ils créeront, pour l'ensemble des sociétés, une base des plus utiles ; et, quoi qu'il arrive, ils auront ménagé les transitions de leur mieux, et se seront préparés honorablement à ce que l'avenir peut réserver à leur profession.