‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 82 sur 331 · DE SECOURS MUTUELS · texte numérisé non relu

DE SECOURS MUTUELS

Vif attrait des pensions de retraite pour les sociétaires. — Difficultés ou impossibilité des pensions servies par les sociétés elles-mêmes. — Pensions interdites par la loi de 1850; — permises sous conditions par le décret de 1852. — Mesure dans laquelle a dû être renfermée l'exécution du décret sur ce point. — Deux moyens sérieux : la caisse générale des retraites pour la vieillesse ; le fonds spécial de retraite. — L'épargne pour la vieillesse et l'épargne pour la maladie peuvent reposer sur la même institution.

Les pensions de retraite ont toujours été, nous l'avons dit, le plus grand mérite des sociétés de secours mutuels, leur principal attrait aux yeux de l'ouvrier sociétaire. L'idée de maladie est loin souvent de se présenter à son esprit d'une manière aussi saisissante que l'idée de vieillesse. La maladie, il n'en sent pas en lui le germe; contre elle, « il peut avoir la chance de jouer de bonheur. » Fort et bien portant, il ne se préoccupe qu'assez peu au fond d'un accident éventuel contre lequel il se garantit par prudence, mais qui, selon ses calculs de probabilités, ne viendra sans doute pas l'atteindre. Quant à la vieillesse, cette maladie sans remède, elle arrivera fatalement; tous les jours, il sent son approche : elle va l'atteindre; et alors plus de forces, et par conséquent plus de travail'. Cette pensée occupe une place considérable dans l'esprit de l'ouvrier assez intelligent

* Plus de travail, et par conséquent plus de salaire, et alors qu'arrive- t-il? Si trop souvent, — on l'a remarqué, — l'abandon est de la part d'indignes enfants le lot du père et de la mère qui ont distribué leurs biens de leur vivant en se réservant une rente viagère ou simplement sous la condition d'être nourris, logés et entretenus, que ne doit-on pas craindre quand le souvenir du bienfait n'est pas même là |>our combattre les mauvaises tendances, quand les sentiments tout à fait désintéressés de l'ordre moral sont seuls en jeu !

pour avoir conçu une notion un peu précise de la prévoyance. Aussi est-il bien peu de sociétés fondées spontanément, qui n'aient promis des pensions de retraite aux infirmes et aux vieillards, après un nombre déterminé d'années sociales.

Cette promesse, dont les débuts des sociétés ne font pas entrevoir le danger, et qui n'a jamais eu encore de base sérieuse dans le calcul de la cotisation, est pour elles une cause inévitable de ruine. L'illusion dure jusqu'à l'échéance du terme fixé pour les pensions ; mais, cette échéance arrivée, les sociétés reconnaissent qu'elles se sont imposé une tâche au-dessus de leur force. Elles ne peuvent plus fournir à la fois aux dépenses de la maladie et aux secours à la vieillesse, et on les voit, après vingt ou trente années d'existence, faillir à leurs engagements et se dissoudre au moment où elles seraient le plus nécessaires à des vieillards et à des infirmes qui, sous la foi d'un engagement solennel, se sont nourris d'espérances trompeuses et n'ont fait aucune réserve pour leurs vieux jours.

La loi de 1850, pour éviter de si déplorables dénoûments, avait interdit aux sociétés toute promesse de pension. Qui garantira, s'étaient dit les auteurs de cette loi, au membre à qui une pension est promise, que la société qui la lui promet durera pendant trente ou quarante ans, jusqu'au moment de la liquidation? L'usine qui est quelquefois le centre de cette société se soutiendra-t-elle? Le déposant n'ira-t-il pas lui-même porter sa famille dans une autre partie de la France?. ..

Le législateur de 1852 n'a pas partagé cette opinion ; il a jugé qu'une prohibition absolue serait fâcheuse; qu'il fallait ne pas s'opposer à la réalisation d'un des vœux les plus chers aux ouvriers, et il s'est borné à n'interdire les promesses de pensions que dans le cas où les sociétés ne compteraient pas un nombre suffisant de membres honoraires. Il n'est pas douteux que le concours des membres honoraires ne rende beaucoup moins difficile pour les sociétés qui admettent ce concours l'accomplisscmeut des promesses relatives aux pensions de retraite. Mais les cotisations des membres honoraires, outre qu'il ne nous paraît pas possible, au point de vue des vrais principes, de fonder sur elles l'espérance de retraites qui doivent naître de l'épargne propre de l'ouvricir, ne sont pas obligatoires,

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