PARTIE IV, CUA.P1TRE VIII
pénétrer dans les mœurs ; c'eût été enfin encourager des donations immédiates, ou des l^gs que nul ne voudra faire en faveur d'une caisse générale.
Les versements doivent-ils être obligatoires ou facultatifs? L'État doit-il faire à tous les hommes vivant d'un salaire journalier, une obligation d'abandonner une portion de ce salaire pour s'assurer une retraite à un âge donné, ou doit-il offrir seulement la faculté de verser dans ses mains, à la charge de conserver, accumuler et rendre plus tard, sous la forme de pension viagère, dans des conditions déterminées? Telle était la plus grave des questions à résoudre.
Au nom de la liberté du travail, des difficultés d'une perception gigantesque ' et des embarras politiques qui en surgiraient, le rapport de M. Benoist-d'Azy repoussa les versements obligatoires. Comment définir ceux auxquels la loi devrait être appliquée?... Parmi les ouvriers, les uns sont centralisés dans une ville ou une usine; les autres sont disséminés dans les campagnes et travaillent tantôt à façon, tantôt à la journée; beaucoup ont une mobilité excessive ; comment atteindre tous ces hommes?... S'ils viennent à se soustraire à une retenue obligatoire, il faudra en poursuivre le recouvrement comme celui d'une contribution. Comment empêcher alors les populations de considérer un bienfait comme une charge odieuse? Obliger l'ouvrier à épargner sur son salaire, c'est d'ailleurs supposer légalement un salaire qui permette l'épargne; ne serait-ce pas par conséquent entraîner l'État ou à suppléer à son insuffisance ^, ou à intervenir pour le régler, ou du moins pour
et qu'une absurdité, » disait de son côté un orateur de l'extrême gauche, M. Emile Barrault.
Dans les moments de crise politique, et au sein de tous les partis, les esprits les plus élevés sont souvent entraînés à pousser leurs idées dans toutes leurs conséquences théoriques et au delà même des limites du taux.
' M. Thiers évalua à 30 milliards, au bout de peu d'années, capitalisation qui eût été le résultat de l'accumulation des dépôts obligés dans une caisse générale : 15 milliards pour les personnes de vingt à cinquante- six ans, versant sans tou'her; 15 milliards pour celles de cinquante- six ans et au delà, qui, ayant versé leur capital, n'auraient plus eu qu'à jouir.
^ Ce point avait même été abordé de front et il avait été demandé que ce fût l'État lui-même qui fit les fonds de la caisse. L'inanité d'un pareil système n'a pas besoin d'être démontrée. La taxe des pauvres eût été de beancnup dépassée; c'était l'impos-
lui assigner un maximum, toutes choses incompatibles avec le principe de la liberté du travail? Avccfla retenue obligatoire, ne doit-on pas enfin prévoir l'élévation des salaires, et par suite l'élévation du prix des objets fabriqués, d'où pourrait résulter, ou une diminution de la consommation, ou une difficulté pour faire face à la concurrence étrangère? Si, au contraire, on pense que les salaires se fixent sur les besoins présents, indépendamment de toute prévoyance, et si de la résistance des entrepreneurs comme de la concurrence des classes laborieuses ellesmêmes, doit résulter partout un abaissement du salaire immédiatement touché, comment les classes pauvres supporterontelles cet abaissement général? Comment enfin l'État placerait-il les immenses capitaux qui excéderaient chaque année le chiffre des pensions à servir ' ? Dans l'ordre moral, le principe obligatoire ne serait-il-il pas en outre la destruction de la prévoyance individuelle, de l'initiative et de la responsabilité humaines ^?
sible. L'analogie cherchée entre l'ouvrier, individualité libre de l'industrie ou de l'agriculture, débattant librement son salaire, et le soldat soumis à la loi du recrutement et aux sacrifices forcés (|ui en découlent, fùt-elle justifiée, que ce que l'État entreprend pour soutenir la vieillesse du dernier, il le tenterait vainement pour le premier.
* L'emploi proposé à l'amélioration des voies de communication, à des prêts aux départements et aux communes, au défrichement des landes, au reboisement, outre que l'État paie beaucoup plus cher que l'industrie privée les entreprises qu'il exécute, n'aurait certainement pas remédié à cet immense embarras : la société s'empruntant à elle-même une partie de son capital.
A ce sujet, voici une objection à la constitution même de la caisse des retraites que nous avons trouvée dans la brochure déjà citée d'un industriel de Saint-Quentin, M. Maurice David. Par suitede l'abondance de plus en plus grande des métaux précieux et des découvertes nouvelles, il est à craindre que lorsque les suuscripteurs des caisses de retraites arriveront au moment de réaliser les placements à si longue échéance qu'ils font et à demander la jouissance de leurs rentes, tous les objets nécessaires à la vie ayant subi une augmcntatinii qui serait un multiple assez élevé de leur valeur actuelle, si elle devait être proportionnelle a la production de ces métaux, de bien cruelles déceptions n'attendent ces souscripteurs. Tous les porteurs de créances à très-long terme en seront là ; mais dans le cas actuel, l'inconvénient serait plus grand (juc partout. On pourrait y parer en appliipiiint les capitaux versés à l'achat de propriétés suscej)tibles d'un revenu (|ui irait en croissant à mesure que la valeur des métaux précieux irait en diminuant. Mais comment trouver les moyens d'une telle gérance?...
2 Inc |)élili(in au Sénat, discutée dans la séance du '21 février 1804 et vivement appuyée, (|uant à son objet, dans une lettre signée d'un grand nondire d'ouvriers (Siècle du li janvier 180')), indique que celte idée du versement obligatoire est loin d'avoir perdu tous ses partisans.
Tous les citoyens sans distinction, asticinls de 17 à oôans, à verser en vu( de la retraite