‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 96 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE IX

c'est-à-dire la constitution d'une assurance faite par le père au profit de la famille; mais nous croyons qu'il y aurait pour les diverses classes de la population française, dans la fréquentation des compagnies d'assurances en vue de se préparer une pcubion de vieillesse, une initiation bien utile, par le voisinage, à un mode si répandu à l'étranger et qui est, celui-là, matériellement à l'abri du reproche d'égoïsme, reproche, du reste, mille fois injuste pour le premier. Assurances sur la vie, sociétés matuelles, caisses d'épargne, caisses des retraites, ce sont, sous des formes différentes, la mise en pratique de la même vertu; cesont des instruments divers, mais positifs, de perfectionnement des caractères.

Aux assurances sur la vie on a adressé d'autres objections; et tout le monde a présent à l'esprit l'anathème venu de haut dont elles ont été l'objet, Les abus les plus éclatants et l'émotion publique elle-même ne peuvent invalider une institution qui n'est pas vicieuse. Faut-il supprimer l'héritage parce qu'il y a des parricides?

L'assurance sur la vie n'est pas un jeu sur la vie humaine et on a même pu aller jusqu'à dire ingénieusement qu'elle est précisément le contraire du jeu. « L'homme qui possède un objet a la chance de ne pas le perdre, mais il a aussi la chance de le perdre absolument : s'il ne s'assure pas, c'est qu'il se fie à sa chance et que, par conséquent, il joue ; si, au contraire, il s'assure, il abandonne sa chance, il échange l'incertitude contre la certitude, il cesse déjouer : non-seulement il ne donne rien au hasard, mais il se soustrait à son empire * . » Quant à la compagnie, il est incontestable aussi que l'opération qu'elle accomplit n'est point un jeu. Les diverses chances de la vie humaine, sa durée moyenne dans telle ou telle condition déterminée étant connues, sur 10,000 personnes qui s'asssurent, la compagnie sait mathématiquement combien il en mourra; elle ne sait pas lesquels, et elle se contente de répartir sur tous le malheur absolument certain qui doit frapper quelques-uns. Il n'y a pas là de jeu; il y a une opération incertaine ^. Nous

* Clémem Duvernois (le Temps, du 18 juillet 1864). Nous trouvons la même et trèsingénicuse idée dans un article du Journal des économistes, de juillet ISC'i. 2 Nous ne mentionnons pas ici tant d'autres combinaisons de l'assurance sur la vie :

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avons, du reste, dit dans le chapitre sur les friendly societies la vulgarisation inouïe de ces sortes d'opérations en Angleterre. Revenons maintenant à la caisse des retraites pour la vieillesse. Les résultats que nous avons constatés, et surtout ceux qui se sont produits depuis 1861 et qui ont provoqué les graves discussions analysées par nous ne sont certainement pas sans importance ; mais si l'on se rappelle que les versements collectifs entrent pour 94 p. 100 dans le total général, que sontils au point de vue de la prévoyance individuelle, comparativement à ce qu'ils devaient être? Sont-ils ceux qu'on pouvait attendre de la création d'une caisse générale des retraites, surtout quand on sait que par opposition à ce qui se passe en Angleterre, en Allemagne et ailleurs, les populations laborieuses ne s'adressent pas pour cet objet aux compagnies privées ? Cette caisse profite-t-elle donc seulement à une notable partie des personnes pour lesquelles elle a été instituée?... Nous sommes bien loin de le penser. Que manque-t-il en réalité à la caisse des retraites?... Deux choses, selon nous : la première, c'est d'être connue ; la deuxième, c'est d'avoir des intermédiaires suffisants. Certains départements apportent à la caisse un contingent de versements assez fort pour permettre de supposer que l'institution n'a pas précisément besoin d'y être vulgarisée. Dans d'autres, au contraire, l'existence devrait, en quelque sorte, en être révélée à tous. Nous pourrions citer un des départements les plus importants de France, un département dont le seul arrondissement chef-lieu, dans l'espace de

placement de capitaux dans ce sens que, si les circonstances qui ont engagé un homme à assurer, en cas de mort, une somme déterminée viennent à se modifier, il peut, s'il a versé trois années régulièrement, escompter la police ou réduire la somme assurée; dans ce sens aussi que les compagnies admettent les assurés pour la vie entière au partage des bénéfices réalisés par elles; — institution de crédit dans ce sens qu'en attendant (ju'on en arrive peut-être un jour, par l'immensité des observations, à déterminer et à classer scicntiqueiiicnl la plupart des ris(iuos, on en est arrivé déjà à diminuer le ris(|ue de la commandite, en assurant sur la vie le commandité; dans ce sens enfin, (|ue par l'assurance mixte, un homme qui achète une charge, par exemple, et qui doit la [layer dans 10 ans, peut s'assurer de telle façon que s'il vit, c'est la compagnie qui lui |iaiera le prix de sa charge, que s'il meurt avant cette échéance, c'est à ses ayants-droit que la compagnie la paiera, etc., etc. (Voir sur ces questions /ifi/des sur les assurances, par M. E. Heboul, et divers écrits spéciaux de MM. Juvignj, Déliais, A. de Courcy).

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