‹ Le paupérisme et les associations de prévoyance (volume 2)Chapitre 97 sur 331 · PARTIE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

PARTIE IV, CHAPITRE IX

quelques jours, parTaffluence de ses petits comme de ses grands capitaux, a concouru pour près de 20 millions à la souscription d'emprunts nationaux, et dont les six arrondissements n'ont trouvé, pendant six années entières, prises entre 1853 et 48GO, qu'une somme moindre de 1 ,000 fr. à déposer à la caisse des retraites de la vieillesse, pour le compte de quelques souscripteurs. Aujourd'hui il figure parmi ceux où le chiffre des versements est le plus fort ; mais c'est en très-grande partie par suite des versements collectifs inaugurés tout d'un coup sur une grande échelle. Est-ce à un autre motif qu'à l'ignorance des avantages considérables qui résultent de la caisse qu'on peut attribuer de si regrettables lacunes? Quelle que soit la dose de prévoyance qu'il faille à l'ouvrier pour comprendre les placements à longs termes, peut-on supposer que s'il en connaissait l'économie, il y resterait aussi absolument étranger?

En France comme en Angleterre, nous l'avons vu, les comptes sont loin d'appartenir tous à des familles ouvrières. Des artisans patentés, de petits marchands, et les professions libérales elles-mêmes, fournissent leur contingent. Sans doute il y a une classe de déposants pour qui la caisse des retraites n'est pas faite ; mais qui pourrait dire, dans notre état social, où s'arrête précisément la classe de ceux à qui le législateur l'a réservée?... Tout titulaire sera l'initiateur de futurs déposants. Il convient du reste de se rappeler que les caisses d'épargne, dans le principe, comptaient à peine quelques ouvriers.

Ne serait-ce pas ici le cas de dire, sans craindre les répétitions, que parmi les devoirs fondamentaux des classes élevées, figure certainement la vulgarisation de la caisse des retraites, sa vulgarisation pratique et effective. « Semez un livret de caisse de retraite, a écrit un philanthrope éclairé, et Dieu aidant, le donataire récoltera une pension. » Lisez les comptesrendus annuels de la caisse, et vous verrez ce qu'on peut attendre, à ce sujet, de l'initiative privée. Ce n'est pas en raison de leur richesse ou de leur population que les départements ont pris une part plus ou moins grande aux opérations de la caisse ; c'est en raison de la vigueur d'impulsion des particuliers et des chefs d'industrie. Faire connaître la caisse des re-

traites, organiser des associations pour la propagation de son usage, nous semble donc cire une obligation réelle pour les hommes qui s'intéressent réellement aux classes laborieuses. Quelques associations existent déjà dans ce sens. Celle de Barle-Duc, par les brochures et les circulaires qu'elle envoie dans les communes, et qui expliquent le mécanisme delà caisse, par les primes qu'elle accorde à titre d'encouragement aux déposants, a déjà produit de satisfaisants résultats.

La caisse des retraites fùt-elle infiniment plus connue qu'elle ne l'est, qu'il lui faudrait néanmoins des intermédiaires. Lorsque l'ouvrier, ne se reposant plus sur la maxime décevante : « A chaque jour son pain, » a conçu l'idée de la prévoyance et qu'il est entré dans une société de secours mutuels, la pensée de la vieillesse le préoccupe, avons-nous dit, au plus haut degré ; et ce qu'il exige surtout de la société dont il est devenu membre, c'est la promesse que, quand l'âge l'aura amené à un repos qui ne finira plus, il serajusqu'à un certain point mis par elle à l'abri du besoin. Ce n'est au contraire qu'assez rarement, et bien faiblement, que l'idée de la vieillesse se présente à l'esprit des ouvriers, — et le nombre n'en est que trop considérable, — chez lesquels l'association n'a pas encore développé l'habitude de la prévoyance. Il ne faut donc pas trop attendre que le travailleur aille de lui-même effectuer des dépôts à la caisse des retraites ; c'est aux agents intermédiaires qu'il appartient de l'y pousser.

Le vœu avait été exprimé par la commission d'administration de la caisse que les instituteurs qui, depuis le 1" janvier 4854, versent, aux termes de la loi du 9 juin 1853, leurs retenues au trésor, fussent autorisés à convertir en livrets de la caisse des retraites les comptes qu'ils avaient, depuis 1833, aux caisses d'épargne départementales. Indépendemment de l'augmentation du chifl'ro de la pension de retraite des instituteurs, la commission voyait dans cette mesure l'immense avantage de phicer un livret dans chaque commune aux mains d'un homme intelligent, intéressé pour son propre compte à étudier les combinaisons de l'institulion, et capable d'en expliquer la portée et d'en propager les bitiufaits. Un décret du 8 août 1855 réalisa le vœu dont il s'agit en oiïrant aux instituteurs le choix

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