‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 100 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE I

était « aussi puissante pour rallier une société asservie et à demi dissoute, que le consulat pouvait Têtre pour retremper et fortifier une société encore unie et compacte dans l'enceinte des mêmes murailles. »

L'illustre historien pense que l'honneur de cette création appartient à Cambrai, vieux municipe où il y eut, suivant l'expression d'un chroniqueur, conspiration commune, nouvelle loi : et diîi desideratam juraverunt communiam. Cambrai fut le point de départ d'un mouvement de propagande qui s'avança vers le sud pendant que le municipe romain marchait du sud au nord. On trouve la trace du premier de ces deux courants à Noyon, Beauvais, Laon, Amiens, Soissons, Reims ^ A Lille, la loi municipale se nomme loi de V amitié, et le chef de la magistrature urbaine a le titre de Reward (surveillant de l'amitié ^. La loi d'amitié a le même nom que la Société de secours mutuels anglaise {Friendship-society) . La charte communale qui porte la plus vive empreinte de l'esprit et des formes de la ghilde primitive, est celle de la ville d'Aire, en Artois. Les articles suivants de cette charte sont curieux à citer après le statut de la ghilde du roi Éric :

« Tous ceux qui appartiennent à l'amitié de la ville ont promis et confirmé, par la foi et le serment, qu'ils s'aideraient l'un l'autre comme des frères, en ce qui est utile et honnête. Que si l'un commet contre l'autre quelque délit en paroles ou en actions, celui qui aura été lésé ne prendra point vengeance par lui-même ou par les siens , mais il portera plainte, et le coupable amendera le délit selon l'arbitrage des douze juges élus ; et si celui qui a fait le tort, ou celui qui l'a reçu, averti par trois fois, ne veut pas se soumettre à cet arbitrage, il sera écarté de l'amitié, comme méchant et parjure.

» Si quelqu'un de l'amitié a perdu ses biens par rapine ou

' On âisâxt jurés dans le Nord {conjurés, frères, amis de la ghilde) comme jurais dans le Midi, pour désigner les fonctionnaires municipaux assermentés. Communia, dit M. Thierry, dans le latin des documents antérieurs au douzième siècle, a le sens vague de compagnie, réunion^ jouissance en commun. La ghilde s'appelait aussi commune. Entrer dans la commune, sortir de la commune, sont les formules ordinaires du régime oiunicipal comme des statuts des ghildes Scandinaves.

2 Respecter amicitiœ, dit Ducange.

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autrement, et qu'il ait des traces certaines de la chose perdue, il fera sa plainte au préfet de l'amitié, lequel, après avoir convoqué les amis de la ville, marchera avec eux à la recherche, jusqu'à un jour de chemin, en allant et en revenant, et celui qui refusera ou négligera de marcher paiera cinq sols d'amende à l'amitié.

» S'il arrive du tumulte dans la ville, quiconque étant de l'amitié et ayant ouï le tumulte, n'y sera point venu et n'aura point porté secours de plein cœur, selon le besoin, paiera cinq sols d'amende à la communauté.

» Si quelqu'un a eu sa maison brûlée ou si, tombé en captivité, il paie pour sa rançon la plus grande partie de son avenir, chacun des amis donnera un écu en secours à l'ami appauvri. »

La constitution communale d'Aire se rapporte au commencement du douzième siècle.

Les oppositions et les répugnances qui avaient environné les ghildes Scandinaves à leur apparition sous la seconde race, s'attachent du reste à la commune considérée comme association jurée. Le nom môme de commune devient un objet de terreur; un auteur contemporain le qualifie d'abominable, et plusieurs villes sont obligées d'y substituer le noni de paix. La charte de Guise, concédée en 1279, institue l'échevinage, mais sous la condition expresse et réitérée que la ville ne s'attribuera jamais le nom de commune, ne demandera jamais à être en commune : Ne veut que lesdits bourgeois puissent demander ni dire qu'ils aient commune en Guise; que par ce (le droit d'avoir des juges élus et une cloche pour les assemblées) ne leur soit point acquis le droit d'avoir commune et quils ne puissent commune demander ne dire quils aient '.

Les empereurs d'Allemagne (car au delà comme en deçà du Rhin, la commune jurée vient se superposer à des municipalités antérieures) établissent la même distinction entre l'état d'échevinage et l'état communal. Le consulat italien leur semble devoir être encouragé, l'association sous le serment, repoussée. Les comtes de Flandre, au contraire, tolèrent d'abord et sanc-

' Le nom de commune est éliminé do la rharte de Laon : il rcpnraît dans.les articles de cette même charte dès qu'il est octroyé à d'antres villes.

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