PARTIE 11, CHAPITRE
tionnent ensuite les nouvelles lois communales. La commune reconnue par le seigneur prend en Flandre le nom de Keure, statut, constitution *.
Dans la Scandinavie , nulle appréhension à avoir contre la ghilde au point de vue municipal; ici, en effet, pas de villes préexistantes à contenir, mais des villes à créer. La ghilde n'a qu'à se concentrer : œuvre civilisatrice par excellence, elle créera ainsi à elle seule les cités du Danemark, de la Suède et de la Norwége. Il y a là quelque analogie avec ce qui se passe en Angleterre, où la conquête saxonne du cinquième siècle n'avait absolument rien laissé debout de ce que les Bretons avaient conservé du municipe romain. A l'organisation cantonale des Anglo- Saxons, à la cité territoriale vient s'adjoindre la ghilde, mais en conservant son caractère propre ; les deux éléments se fortifient l'un par Fautre, mais ils restent distincts; il y eut ghilde de bourgeois et non de tous les bourgeois ^.
Les associations dont parle Ansell dans son Traité sur les Sociétés anglaises d'amis ^ et qui furent créées, avant la conquête des Normands, par des seigneurs pauvres se promettant mutuellement aide et assistance en cas d'amende, de vol, d'incendie et de maladie; ces associations, ainsi que d'autres dont il indique l'existence vers le quatorzième siècle, formées dans des vues de charité et de bienfaisance, ne dérivent-elles pas de la ghilde germanique?... N'en sont-elles pas simplement la prolongation?... Cette Société de secours mutuels notamment fondée à Cambridge entre des nobles et gentlemen, et dont les statuts, rédigés en saxon, sont encore observés en partie aujourd'hui '', n'était-elle pas une ghilde?... Ces prescriptions rappelées par M. Hardwicket portant qu'en cas de meurtre d'un membre, la société poursuivait contre son meurtrier la rentrée de 8 livres ; qu'au contraire, en cas de meurtre par un sociétaire, chaque membre payait pour former la somme qui devait servir de réparation : 6 fr. 25 cent.
* Voir sur les ghildes belges l'ouvrage de Moke, Mœurs et usages, etc.. des Belges, chap. XIX, p. IIO.
2 Ici la ghilde s'applique plus encore à la corporation de bourgeoisie, qui devient sa dernière forme, qu'à l'émancipation municipale. ^ À treatise on friendly societies, etc.. by Ch. Ansell, 1835.
* Ansell, ut ffvp., p. 5.
au cas où la fortune du mort excédait 1,500 fr., et 12 fr. 50 cent, s'il s'agissait d'un pauvre * ; ces prescriptions ne sont-elles pas un reflet adouci mais positif de la ghilde du roi Éric, laquelle se préoccupait d'abord et avant tout de venger l'injure; mais si la vengeance était impossible, se résignait à ne poursuivre que le paiement de l'amende?
(( Les guilds ou corporations des Anglo-Saxons, dit M. Turner dans son Histoire des Anglo-Saxons^ paraissent n'avoir été en définitive que des associations de secours mutuels organisées pour faire face aux exigences pécuniaires provenant des enterrements, des exactions financières, des amendes et autres dépenses. » Nous savons maintenant qu'une telle définition des ghildes n'est pas assez large, mais elle complète l'assimilation.
Quoi qu'il en soit, le courant de la révolution municipale dérivant des mœurs germaines, gagne en France de proche en proche avec la plus grande rapidité. Les habitants des villes que le mouvement a envahies se sont réunis en corporations dans la grande église ou sur la place du marché. Ils se sont engagés par serment à se défendre les uns les autres, à ne pas permettre qu'un membre fasse tort à l'aulre ou le traite de serf ^. Ils se sont nommé un chef ou juge {Skepen^ Scabinus, Échevin) ^; ils se sont réunis de nouveau ; leurs associations de défense réciproque, communion, communauté, ou commune, sont enfin devenues permanentes; les communes sont nées. Les unes servent de guides aux autres ; les communes de Saint-Quentin et de Noyon sont imitées par celle de Laon ; la charte de Laon est reproduite par celles de Crespy et de Montdidier; la charte de Soissons est le modèle de celles de Senlis, de Compiègne et de Sens. c( Dans toute l'étendue de la ville, dit la charte de Beauvais, chacun portera secours aux autres loyalement et selon son pouvoir. )) « Dans les limites de la commune, dit la charte de Soissons ^, tous les hommes s'aideront mutuellement, et quand
' Pour le meurtre d'un habitant du pays de Galles, la taxe n'était que de 1 fr. 25 c.
2 Le principe de la révolution municipale est en efTet une insurrection plus ou moins violente contre riné|^alilé dos droits.
•'' Dans la lan{j;uc ^'ermaiue, les cliofs ou ju^'cs s'appelaient antérieurement les meilleurs hommes^ les hommes puissants, les bons liommes, les fortes cautions.
* Et la charte de (""iOmpièfïne et de Crespy :
K Juraverunt quod alter altcri sccundum 0|Mnionem suam aiixiliabilur. » (Recueil