‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 102 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE I

la cloche sonnera pour assembler la commune, si quelqu'un ne se rend pas à l'assemblée, il paiera douze deniers d'amende. » — On lit dans la charte de Noyon : « Si la commune est violée, tous ceux qui l'auront jurée devront marcher pour sa défense et nul ne pourra rester dans sa maison à moins qu'il ne soit infirme, malade ou tellement pauvre qu'il ait besoin de garder lui-même sa femme ou ses enfants malades. Si quelqu'un a tué ou blessé quelqu'un sur le territoire de la commune, les jurés en prendront vengeance. » Ces citations pourraient être multipliées à Tinfini.

Dans cette période du moyen âge, l'association est du reste partout. Elle est un des faits caractéristiques et essentiels de l'époque. Nous venons de la voir dans l'émancipation des communes et des bourgeoisies; nous l'étudierons bientôt dans la lutte du travail urbain contre les entreprises du dehors ; ne la trouverions-nous pas en toute réalité jusque dans ces réunions du barpnnage contre la royauté et le clergé ^ ; en apparence du moins jusque dans l'espèce de contrat intervenu à l'origine entre le maître et le vassal, l'un devant servir l'autre, mais le premier s'obligeantà défendre le second; contrat qui, au fond des choses, on l'a remarqué, ne constituait qu'un louage perpétuel et plus ou moins facultatif mais où la spontanea voluntas du vassal, — fiction étrange, salutaire cependant au point de vue du germe de libertéinvolontairementdéposé,— était toujours rappelée ^? Ne pourrions-nous pas la montrer avec autrement d'intérêt et d'analogie sérieuse pour notre sujet dans ces communautés héréditaires de serfs d'abord favorisées par le pouvoir féodal qui y voyait la culture de ses domaines assurée, dans ces ménages des champs^ suivant l'expression de Coquille,

des ordonnances, t. XI, p. 241 et 305.) Et la charte de Doulens : «Unusquisque juralo suo, fidem, vim, auxilium, consiliumque prœbebit. » (Recueil des ordonnances, t. XI, p. 311.)

^ Pour l'Eglise, immense association elle-même, est-il nécessaire de rappeler les ordres militants, un des exemples les plus saillants qui se soient jamais produits de h force du lien corporatif?

- Imitation évidente, quoique bientôt travestie, de ce (jui s'était passé chez les conquérants : les Arimanni ou Ilermani (hommes de guerre) se réunissant autour d'un chef volontairement choisi, devenant librement ses suivants, vahi; lui, le seigneur, senior ; lui et eux, le seniorat. (Dalloz, Propriété féodale, n" 17.)

bientôt devenus assez puissants par l'épargne et la cohésion pour abattre la maxime féodale, nulle terre sans seigneur ^ et arriver ainsi à une émancipation progressive?

« Selon l'ancien établissement du ménage des champs, dit Coquille ' en ce pays du Nivernois, lequel ménage des champs est le vrai siège et origine de bourdelages, plusieurs personnes doivent être assemblées en une famille pour démener le ménage, qui est fort laborieux et consiste en plusieurs fonctions en ce pays, qui, de soi, est de culture malaisée : les uns servant pour labourer et pour toucher les bœufs, animaux tardifs, et communément faut que les charrues soient traînées de six bœufs ; les autres pour mener les vaches et les j uments aux champs ; les autres pour mener les brebis et les moutons; les autres pour conduire les porcs. Ces familles ainsi composées de plusieurs personnes, qui toutes sont employées, chacune selon son âge, sexe et moyens, sont réglées par un seul, qui se nomme maitre de Communauté^ ÉLU à cette charge par les autres, va aux affaires qui se présentent ès-villes ou ès-foires etailleurs, a pouvoir d'obliger ses parsonniers en choses mobilières qui concernent le fait de la communauté, et lui seul est nommé ès-rôles des tailles et subsides.

» Par ces arguments se peut connaître que ces communautés sont vraies familles et collèges, qui, par considération de l'intellect sont cojnme un corps composé de plusieurs membres ; combien que ces membres soient séparés l'un de l'autre. Mais^ par fraternité, amitié et liaison économique, font un seul corps.

» En ces communautés^ on fait compte des enfants qui ne savent encore rien faire, par l'espérance quon a qu à T avenir ils feront; on fait compte de ceux qui sont en vigueur d'âge pour ce qu'ils font; on fait compte des vieux, et pour le conseil et pour la souvenance qu'on a qu'ils ont bien fait ; et ainsi, de tous âges et de toutes façons, ils s'entretiennent comme un corps politique, qui, par subrogation, doit durer toujours. »

Dans ces pauvres communautés de serfs, si naïvement décrites par Coquille; dans ces sociétés rurales, dont les membres, preuve évidente de leur vie commune et intime, étaient appelés

' l'ioquille {Questions sur les coutumes).

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