‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 107 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE II

celui de la garantie et de la protection, la différence est aussi grande que possible.

Le principe d'association au moyen âge, s'il dut en effet son premier réveil au besoin de résistance éprouvé par les ouvriers et les bourgeois contre les exactions et les avanies des seigneurs ; s'il fut un auxiliaire capital à la lutte glorieuse contre l'aristocraftie territoriale, et si, principal avant-coureur de la démocratie, il contribua à l'avènement du tiers-état et de la société moderne * ; le principe d'association eut d'autres applications non moins précieuses, accomplit pendant des siècles un rôle non moins providentiel.

c( Vincit concordia fratrum, » telle était la devise des divers groupes corporatifs ^.

« La fraternité, dit M. Louis Blanc ^, fut le sentiment qui présida dans l'origine à la formation des communautés de marchands et d'artisans, régulièrement constituées sous le règne de saint Louis. Car dans ce moyen âge qu'animait le souffle du christianisme, mœurs, coutumes, institutions, tout s'était coloré de la même teinte ; et, parmi tant de pratiques bizarres ou naïves, beaucoup avaient une signification profonde.

» Lorsque, rassemblant les plus anciens de chaque métier, Etienne Boileau fit écrire sur un registre les vieux usages des corporations, le style même se ressentit de l'influence dominante de l'esprit chrétien. Souvent la compassion pour le pauvre, la sollicitude pour les déshérités de ce monde se font jour à travers la concise rédaction des règlements de l'antique jurande.

)) Quand les maîtres et jurés boulangers, y est-il dit, iront par la ville accompagnés d'un sergent du Châtelet, ils s'arrêteront aux fenêtres où est exposé le pain à vendre, et si le pain n'est pas suffisant, la fournée pourra être enlevée par le maître. »

pain mollet. (Guyot, Répertoire de jurisprudence.) Et la défense de travailler à la lumière; d'ouvrir les ateliers le matin avant la guète cornant, et de les garder ouverts après la nuit tombée; et tant d'autres coutumes barbares, dont la seule mention exigerait des volumes 1

^ Sans l'association, les gens de métiers seraient probablement restés dans une condition analogue à celle des paysans ; associés, ils devinrent les bourgeois des communes.

'■^ Notamment des six corps marchands de la ville de Paris.

^Histoire de la Révolution française, 1. 1, p. 478.

49(5 DU FAUFÉRISME.

Mais le pauvre n'est point oublié, et les pains qu'on trouve trop petits, on les distribue au nom de Dieu ; ceux que l'on trouvera petits, lijiiré feront donner par Dieu le pain. Et si, en pénétrant au sein des jurandes, on y reconnaît l'empreinte du christianisme, ce n'est pas seulement parce qu'on les voit dans les cérémonies publiques promener solennellement leurs dévotes bannières et marcher sous l'invocation des saints du paradis. Ces formes religieuses cachaient les sentiments que fait naître l'unité des croyances. Une passion qui n'est plus aujourd'hui ni dans les mœurs ni dans les choses publiques, rapprochait alors les conditions et les hommes : la charité. L'Église était le centre de tout. Autour d'elle, à son ombre s'asseyait l'enfance des industries. Elle marquait l'heure du travail, elle donnait le signal du repos. Quand la cloche de Notre-Dame ou de Saint- Méry avait sonné l'angélus, les métiers cessaient de battre, l'ouvrage restait suspendu, et la cité, de bonne heure endormie, attendait le lendemain que le timbre de l'abbaye prochaine annonçât le commencement des travaux du jour.

» Mêlées à la religion, les corporations du moyen âge y avaient puisé l'amour des choses religieuses et la superstition, poésie de l'ignorance ; mais protéger les faibles était une des préoccupations les plus chères au législateur chrétien. Il recommande la probité aux mesureurs ; il défend au tavernier de jamais hausser le prix du gros vin, commune boisson du menu peuple ; il veut que les denrées se montrent en plein marché ; qu'elles soient bonnes et loyales, et, afin que le pauvre puisse avoir sa part au meilleur prix, les marchands n'auront qu'après tous les autres habitants de la cité, la permission d'acheter des vivres.

» Ainsi, l'esprit de charité avait pénétré au fond de cette so- ♦ ciété naïve qui voyait saint Louis venir s'asseoir à côté d'Etienne Boileau quand le prévôt des marchands rendait la justice. Sans doute on ne connaissait point alors cette fébrile ardeur du gain qui enfante quelquefois dos prodiges, et l'industrie n'avait point cet éclat, cette puissance qui aujourd'hui éblouissent ; mais du moins la vie du travailleur n'était pas troublée par d'amères jalousies, par le besoin de haïr son semblable, par l'impitoyable désir de le ruiner en le dépassant. Quelle union touchante, au contraire, entre les artisans d'une même industrie î Loin de^e

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