‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 110 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE II

ciation, l'artisan devait à ses confrères, outre les obligations professionnelles, de bons conseils, de bons exemples, de bons offices. La prison, la perte du métier, le bannissement étaient appliqués dans les cas d'infraction aux lois de la morale : par exemple, dans ceux de calomnie contre un confrère, d'adultère, de séduction. Les unions illégitimes, de nos jours si fréquemment causes de misères et même de crimes, au rapport de tous les observateurs \ étaient sévèrement interdites.

On ne répondaitpas seulement de soi-même, mais de ceux qu'on employait. Le maître payait une amende, quand il avait souffert dans son atelier une action répréhensible. Il y avait solidarité dans la morale. Au dix-septième siècle, et quand la grande industrie des manufactures fut créée, les règlements spéciaux atténuèrent même la dépravation qui n'est que trop ordinairement de nos jours le résultat des grandes agglomérations d'hommes et de femmes '^.

Aujourd'hui l'arbitraire et le hasard président seuls aux rapports entre ouvriers et patrons. Du jour au lendemain, un ouvrier congédié peut se trouver sans travail et sans pain ; un patron abandonné par ses ouvriers peut être mis dans l'impossibihté de tenir ses engagements. Les statuts prévenaient ce double inconvénient en fixant de part et d'autre un délai qui était ordinairement de huit jours. Quelques corporations, notamment les teinturiers de fils et les bonnetiers de Paris exigeaient même, par un usage peut-être excessif, que le maître donnât un congé par écrit un mois à l'avance. Un compagnon, en entrant dans un atelier nouveau, devait présenter le congé du maître qu'il quittait et donner aux jurés son nom et son adresse. S'il laissait des dettes, le nouveau maître en devenait responsable

deux cent mille mendiants ! « La mendicité, « cette philosophie du pauvre, » suivant l'expression brillante, mais tout à fait inexacte qu'on trouve dans un rapport du comité des secours publics de l'Assemblée législative de 1791, était donc par trop organisée en corps. N'avait-elle pas même ses dignitaires, c'est-à-dire ses trôniers à la porte des églises ?...

^ Voir Villermé, Frégier, etc..

2 Le règlement de la manufacture des draps d'or de Saint-Maur [Bibliothèque impériale, collection Delamarre, Manufactures, III, 36) contient à ce sujet les détails les plus intéressants.

et devait les acquitter. Il était défendu aux maîtres de s'enlever mutuellement les apprentis ou compagnons.

Quant à Tassistance réciproque proprement dite, dont les divers aspects nous intéressent plus particulièrement, les prescriptions des métiers forment un code admirable et complet de mutualité. «Que le tiers des amendes qui seront levées, afférant à la portion des maistres du mestier, disent les statuts des cuisiniers dans le livre d'Etienne Boileau, soit pour soustenir les pauvres vieilles gens du mestier qui seraient decheuz par fait de marchandise ou de vieillence ^ . »

Il n'y a dans le Registre des mestiers que les statuts des cuisiniers qui contiennent un pareil article : presque toutes les corporations ont, nous l'avons dit, pratiqué cependant la mutualité ^. Dans la corporation des imprimeurs en taille-douce de Paris, lorsqu'un ouvrier tombait malade, ses camarades faisaient circuler une feuille constatant son incapacité de travailler, et, sur la présentation de cette feuille, chaque membre donnait cinquante centimes. Pour les ouvriers devenus vieux et infirmes, ils avaient le droit d'aller d'atelier en atelier, sous le titre de bons pauvres, réclamer l'assistance de leurs confrères. Chacun donnait habituellement quinze centimes par mois au bon pauvre.

Consultons maintenant les textes spéciaux eux-mêmes; ouvrons, par exemple, le Titre général des maîtrises de la ville de Bordeaux ^ :

Si un compaj^non estranger d'aucun mestier estait venu en ladicte ville, pour besongner, et estait despourueu^, tellement qu'il ne peut trouver maistre ou besongne, seront tenus les maistres des mestiers, chascun en son endroict, hiy bailler à besongner par l'espace de buict iours, pour le secourir à gaigner sa vie.

Semblablement si aucun maistre d'aucun mestier tombait en maladie, en langueur ou nécessité telle, (ju'il ne peust gaigner sa vie, sans vice toutesfois de sa personne cl n'eust bien, pour soy alimenter et nourrir, les autres mais-

♦ îi&jistrc dos métiers, L. XIX, [i. 177.

2 Voir noiammiMii l'Ordonnance VU, p. ;^f)7, Règlement pour les tailleurs de Soissons, janvier l.i!)()

' Nous emprunterons plusieurs textes à la ville de Bordeaux, une des villes classiques des corporations et confréries.

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