‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 117 sur 254 · PARTIE If, CHAPITRE H · texte numérisé non relu

PARTIE If, CHAPITRE H

La Confrérie de Saint-Jacques^ dont on a vu à Bordeaux, jusque vers 1830, les membres assister aux processions de la Fête- Dieu avec leurs attributs distinctifs, le bourdon, le camail ou pèlerine garnie de coquilles, etc. ; qui possédait dans l'église de Saint-Michel de cette ville une chapelle réservée, et qui paraît remonter au moins au commencement du quinzième siècle, a eu jusque dans les derniers temps de son existence, un but d'assistance mutuelle * .

Yoici bien des textes et bien des exemples ; nous espérons que le lecteur voudra bien nous les pardonner ; car, nous le répétons, les citations et les détails peuvent mieux qu'une sèche analyse contribuer à donner une idée exacte des transformations qu'ont subies les sociétés de secours mutuels, et des formes sous lesquelles elles se sont produites, avant de revêtir celle qu'elles nous offrent aujourd'hui.

En somme, on le voit, c'était, au point de vue de la garantie réciproque contre les chances ordinaires de la vie commune , aussi fortement poursuivie que la défense mutuelle contre les agressions du dehors, c'était un admirable système que le système corporatif, et il ne nous a pas été difficile d'y puiser à pleines mains des assimilations avec notre institution et d'y étudier ses origines. Le moyen âge a dû d'ailleurs à la corporation toute une hiérarchie sociale : au riche artisan elle donnait des dignités et des insignes ; au pauvre une assistance toujours efficace, à chacun dans ses réunions périodiques, ses fêtes et ses banquets"^, les joies de la camaraderie et de la famille. Elle fut

cardinal de Sourdis, qui avait entrepris la révision des statuts de toutes les confréries de son diocèse.

^ Nous avons eu entre les mains un des registres de cette confrérie, qui, commencé en 1526, ne finit qu'à la Révolution française. Il résulte des nombreux actes d'achats qui y figurent, que l'association dont il s'agit a eu une extension considérable. Elle était propriétaire d'un grand nombre de maisons à Bordeaux, et d'immeubles de natures diverses dans les communes de Quinsac, Beaurech, Cambes, Floirac, Talence, Bouliac, Francs, Le Fieu, Saint-Genis, Lafosse, etc.

2 Nous avons mentionné plus haut que ces fêtes et ces banquets, la meilleure partie des joies du peuple au moyen âge, finirent par dégénérer en abus.

Les corporations organisèrent du reste quelquefois des banquets d'une tout autre nature, et on ne peut voir dans le livre d'Élienne Boileau (p. 39) sans en être vivement louché, au moyen de quelles retenues les orfèvres de Paris offraient tous les ans, le jour de Pâques, un banquet aux pauvres de l'Hôtel-Dieu.

la consolation et Tencouragement de ce rude travailleur toujours courbé sur son établi; l'affaire importante et comme l'attrait de toutes ces \ies modestes, sans autre horizon que la maison commune, la paroisse, les murs humides et sombres de Tatelier. Il n'est pas jusqu'à cet attachement presque superstitieux de l'artisan à sa bannière qui ne soit le touchant indice d'inspirations morales élevées*. « Chaque corporation, a dit un illustre orateur auquel nous avons déjà emprunté une belle page sur la vertu de l'association en général, chaque corporation avait ses associations, défendues contre l'arbitraire par une force commune mise au service du plus pauvre et du plus petit, et qui leur donnait avec plus de régularité dans la vie une somme plus grande de dignité. Nul alors n'était seul, nul ne se trouvait isolé et désarmé en présence de la société totale ou de ceux qui la représentaient. »

L'esprit de fraternité animait donc cette organisation établie par nos pères au milieu de tant de soucis et de luttes. Le mouvement religieux, dont un écrivain peu suspect de partialité envers l'Église a dit qu'il « eut la plus grande influence sur le mouvement social, lequel lui fut subséquent, et que les scinder, c'est se tromper historiquement^ ; le mouvement religieux avait vivifié les âmes et chacun avait apporté sa pierre à l'édifice. Pourquoi faut-il que l'esprit d'oppression ait fini par s'en emparer et par le transformer à tel point qu'il était devenu l'assistance dans la servitude, et que ce fut avec d'immenses transports et un enthousiasme indicible que la majorité des travailleurs le vit d'abord ébranlé par l'édit de Turgot, renversé ensuite de fond eu comble par la Constituante.

Heureusement que du sein même de ces ruines a surgi un principe qui était dans l'origine Tâme de la jurande et qui sera toujours pour les masses le meilleur de tous les éléments de sécurité et de bien-être. « L'humanité, suivant une admirable définition échapper au génie de Pascal, est un homme

' L;\ lillér;Uiirc n'n pas en <io poinc à portiser la phase disci|)linaire de la vie de l'ouvrier. Le conte intitiil(^ Maifre Martin le tonnelier, est ptMil-èIre le chef-d'œuvre (rMuiTiiiann.

2 M. Liltré. (lieiue des Deux-Mondes, septembre 1864).

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