PARTIE II, CIÎAriTRE III
ment anciennes comme les métiers. On retrouve des traces de leur existence et de leur action dans toutes les histoires. La maçonnerie n'est autre chose, dans sa source comme dans ses emblèmes, que l'association des ouvriers maçons ou bâtisseurs, complète en ses trois grades, l'apprenti, le compagnon et le maître; et l'origine réelle de la maçonnerie, c'est le compagnonnage. » Le compagnonnage et la franc-maçonnerie découlent de la même source ; préciser les origines de l'un, ce serait préciser les origines de l'autre.
La franc-maçonnerie où le travail a fini par devenir un symbole, et qui, avant même cette transformation, et à la différence du compagnonnage formé exclusivement d'ouvriers, a embrassé à la fois ouvriers et patrons, la franc-maçonnerie a vu ses archives fouillées par de nombreux historiens jaloux de la plus haute antiquité de son berceau.
Leurs travaux n'apportent cependant pas une grande lumière à l'étude des premières origines du compagnonnage. La période nébuleuse de l'institution maçonnique doit être complètement abandonnée aux investigations intimes des initiés. Les corporations franches, dont les unes couvrirent le sol de l'Europe des basiliques que nous admirons encore *, et dont les autres se vouèrent à la construction des ponts, d'où leur était venu le nom de frères pontifes ; telle est, dégagée des fables sans vraisemblance et des traditions sans portée, la véritable origine de la franc-maçonnerie, et par conséquent du compagnonnage.
Le sentiment moral le plus profond, la pensée d'humanité et de solidarité la plus large avaient toujours animé les institutions maçonniques. 11 est facile de comprendre de quel exemple, au point de vue de l'assistance réciproque et de la cohésion, dut être pour les ouvriers étrangers au bâtiment, la longue succession de ces associations dont beaucoup n'avaient cessé de parcourir dans tous les sens l'Europe entière. Aussi, quand les ouvriers maçons, au mépris des souvenirs traditionnels, ne furent plus que les simples salariés des architectes, quand surtout l'oppression des maîtrises fut devenue par trop accablante
< Principalement Strasbourg et Cologne.
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pour la généralité des ouvriers de tous les états, ces derniers se trouvèrent naturellement amenés à s'associer entre eux pour la lutte et à copier plus ou moins fidèlement à cet effet les statuts des anciennes confréries franc-maçonniques ^
La formation des corporations de métiers, c'est-à-dire la réunion des bourgeois et artisans établis, avait été dirigée contre la tyrannie et la rapacité des seigneurs et maîtres du sol ; la plèbe du travail, les ouvriers non établis, se coalisèrent à leur tour contre le despotisme et l'intolérance de leurs propres seigneurs, ces mêmes artisans et bourgeois. Au commencement du moyen âge, le compagnon ne s'était jamais séparé de son maître; il vivait dans son atelier et travaillait à ses côtés ; malgré la désignation fréquente de valet, il était considéré pour ainsi dire comme son égal, et pouvait dans beaucoup de métiers s'établir dès la fin de son apprentissage. Plus tard, il ne suffit même plus « d'avoir de quoi » pour obtenir la maîtrise, il fallut encore, après l'apprentissage, faire un stage de plusieurs années comme compagnon; après le stage même, il y avait le chef-d'œuvre auquel on n'était admis qu'à tour de rôle, de telle sorte qu'on pouvait longtemps, toute la vie quelquefois, être réduit à la condition d'ouvrier. Les maîtres du métier s'étaient donc transformés en aristocratie ; l'atelier n'était plus un asile commun, mais une sorte d'exploitation du plus faible par le plus fort ; l'intérêt du maître et celui du compagnon devinrent alors aussi distincts que possible, et un fossé profond finit par se creuser.
' D'après une théorie qui ne manque pas de partisans, la franc-maçonnerie, telle ([u'elle est organisée aujourd'hui serait d'inslilution très-récente. Les cadres des ouvriers maçons auraient été pénétrés peu à peu et notamment en Angleterre sous Charles I"', par des individus étrangers à l'art de bâtir; alchimistes (comme Élie Ashuiole), philosophes inventeurs, etc., et (lui, venus d'origines diverses et poursuivant des huis (hflV'renls, auraient pronié d'une orgauisalion toute faite pour dissinmier leurs conciliabules aux masses et au pouvoir. C'est lorsqu'ils se seraient sentis assez forts pour s'organiser en une institution distincte (ju'ils auraient tout à fait transformé rinstit\ition ouvrière. Voir dansée sens VOrlhodoxi,' mdçonniqwilc iM. Hagon. (Paris, Uentu, 18G3.)
Quoi qu'il en soit de celte théorie et loul en laissant de côté aussi les symboles, les figures allégoricpies, les rites plus ou moins sérieux, et même la pensée philosophique générale de l'insliUition, un livre qui a pour but l'étude de l'association nmtuelle sous toutes ses faces, doit constater qu'un des objets de la franc-maçonnerie dans sa forme actuelle est encore de constituer, sans distinction de frontières ni de cultes, une vaste association d'assistance réciproque et de fraternité.