PARTIE II, CHAPITRE. III
tourneurs, et les serruriers les vitriers. Les taillandiers, les forgerons, les maréchaux, les charrons, les tanneurs, les corroyeurs, les blanchisseurs, les chaudronniers, les teinturiers, les fondeurs, les ferblantiers, les couteliers, les bourreliers, les selliers, les cloutiers, les tondeurs, les vanniers, les doleurs, les chapeliers, les sabotiers, les cordiers, les tisserands, les boulangers, les cordonniers et les ferrandiniers sont maintenant enfants de maître Jacques.
Si les tailleurs de pierre prétendent remonter à Tan 558 avant Jésus-Christ, l'admission officielle des ferrandiniers ou ouvriers tisseurs ne date que de 1842 et celle des cordonniers que de 1850. Ce n'est qu'après quarante ans de luttes et d'incroyables efforts, une véritable épopée, que les cordonniers, ayant enfin trouvé des parrains, parvinrent à se faire pardonner leur abjuration solennelle remontant à 1655 et à se laver de l'accusation d'avoir, en 1808, acheté d'un compagnon tanneur le secret de leur devoir perdu. Quant aux ferrandiniers , ils comptaient depuis plusieurs années trois mille membres qu'ils n'avaient encore pu obtenir la faveur d'un devoir.
Les enfants du père Soubise ne formèrent d'abord qu'un seul corps d'état, celui des charpentiers, compagnons passants ou bons drilles^ mais ils ont depuis admis les couvreurs et les plâtriers.
Les trois grandes catégories de compagnons ont chacune un devoir, mais les enfants de maître Jacques et ceux du père Soubise prennent seuls le nom de compagnons du devoir.
Les rivalités les plus vives existent dans le sein même des grandes fractions du compagnonnage et parmi les ouvriers d'un même devoir. Ainsi, les menuisiers, amis des charpentiers et des tailleurs de pierre, sont ennemis des maréchaux que ces derniers accueillent. Il serait trop long de dire ici la haine des maréchaux contre les forgerons, leurs pères, ou contre les bourreliers ; celle des charrons contre les forgerons dont ils tiennent leur devoir ; celle enfin des charpentiers contre les tanneurs. Les rivalités ont dû entraîner les schismes : les menuisiers gavots sont maintenant divisés en deux partis, les vieux et les jeunes. Les jeunes sont les plus nombreux et les plus forts ; ils ridiculisent les vieux en les traitant de damas^ et ceux-ci les traitent à leur tour de renégats. Des dissensions in-
testines ont enfin créé les droguins parmi les chapeliers, les gamins chez les maréchaux, les margajats chez les tanneurs et les cordonniers, les rendurcis chez les boulangers surnommés eux-mêmes dérisoirement par d'autres corps les soi-disant de la
Raclette.
Toutes ces divisions ne sont que partielles, mais il s'est produit dans ces dernières années une scission sérieuse que l'on peut considérer comme un quatrième et vaste démembrement de l'ancien compagnonnage; nous voulons parler de la société dite de VUnion ou des Indépendants, qui a vu le jour à Bordeaux en 1823 et qui s'est complétée à Toulon à la suite des événements de 1830, absorbant toutes les associations distinctes séparées des divers devoirs et notamment de ceux des menuisiers et des serruriers. Aujourd'hui Lyon, Avignon, Marseille, Nantes et toutes les grandes villes de France renferment des groupes de la société de VUnion. « Que les compagnons du devoir, dit Agricol Perdiguier dans le livre tout à la fois si profondément original et utile qui a commencé la notoriété de son nom, prétendent tant qu'ils le voudront que cet effet a eu lieu sans cause ; je ne le crois pas, car les membres delà nouvelle société sont très-nombreux, et tant d'individus ne se révoltent jamais pour rien. Ils font la guerre aux compagnons du devoir comme Spartacus la faisait à la vieille et injuste Rome, y)
Voulant dater de leur siècle, les fondateurs de VUnion ont mis de côté toutes les coutumes qui avaient quelque raison d'être au moyen âge, mais qui en ont moins aujourd'hui. Ils ont supprimé les privilèges et les distinctions inutiles, cause permanente de discorde ; ils n'admettent ni le port des cannes, ni celui des couleurs; ni les pratiques barbares, ni les chants agressifs : ils forment en définitive une simple et vaste institution de bienfaisance réciproque embrassant indistinctement les ouvriers de tous les états, et qui servira peut-être pour le compagnonnage de transition au régime salutaire de nos sociétés (le secours mutuels modernes. Les anciennes sections leur donnent quelquefois les noms injurieux ou flétrissants de révoltés et (.Vespontnns; mais ces qualifications perdent toute portée, adressées qu'elles sont à une fraction considérable d'ouvriers