‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 127 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE Ht · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE Ht

honnêtes, coupables seulement d'indépendance et de libre arbitre ^

Telles sont les quatre grandes sections du compagnonnage français. Il n'entre pas dans le plan de ce travail de faire connaître en détail toutes les pratiques et toutes les habitudes spéciales à chacune de ces sections; de mentionner la couleur et le nombre des rubans arborés par les membres de chaque société; d'indiquer quels sont les devoirs où l'on hurle et ceux où on ne hurle pas; quelles sociétés ont rejeté le topage et quelles le pratiquent encore; quels compagnons se donnent la qualification de coterie au lieu de s'appeler du nom généralement admis de pays; quels corps, faisant passer le surnom de leurs membres devant le nom de leur pays, les appellent la Rose de Montpellier ou VAmi du trait de Lyon ; quels autres, prenant le contre-pied de ce même usage, les nomment au contraire : Montpellier la Rose, Lyonnais VAmi du trait ^ Vivarais le Conquérant, Angevin la Fidélité j Toulonnais la Clef des CœurSy Montauban V Enfant du génie.

Ce que nous voulons préciser, c'est le but réel et fondamental du compagnonnage ; ce sont les pratiques, les unes fâcheuses, les autres salutaires au moyen desquelles ce but est poursuivi. Au fond, toute société de compagnonnage est formée entre les ouvriers d'un même corps d'état dans un triple but d'assurance mutuelle, d'instruction professionnelle et de moralisation. Une caisse commune, alimentée au moyen de cotisations périodiques ou plus fréquemment de versements mdéterminés et proportionnels au montant des obligations, un voyage d'instruction nommé tour de France et l'organisation d'une surveillance à Ja fois hiérarchique et égalitaire, tels sont les moyens généraux de réaliser ce triple but.

La France est divisée par chaque corps de métier en un certain nombre de villes qu'on appelle villes du devoir et dont la réunion constitue le tour de France. Les principales de ces villes sont : Paris, Auxerre ,Châlons-sur-Saône, Lyon, Clermont- Ferrand, Avignon, Marseille, Nîmes, Béziers, Toulouse, Mont-

^ Comme la part de chacun doit être impartialement faite, il faut dire qu'il n'a pas toujours été inutile non plus de prêcher à la société de V Union la bienveillance vis-à° vis du compagnonnage.

pellier, Bordeaux, La Rochelle, Angoulême, Nantes, Angers, Saumur, Tours, Orléans et même Alger. Dans chacune des \illes du devoir, il existe une mère élue par les compagnons suivant des formes traditionnelles, et dont la demeure constitue le véritable siège et comme le domicile légal de la corporation, le lieu où sont renfermés ses archives et ses codes sacrés. La mère, qui est le plus souvent une aubergiste, est toujours une femme mariée ; l'état de veuvage serait un obstacle à son élection, mais il ne détermine pas l'exclusion d'une mère en fonctions. La probité et la régularité des mœurs sont les conditions fondamentales exigées d'elle. Lorsqu'un compagnon se rend dans la maison où la société délibère et tient ses assemblées, il dit : « Je vais chez la mère, » même si cette maison est tenue par un homme. Le nom de mère lui rappelle donc non-seulement la maîtresse de la maison, mais la maison elle-même. Les obligations de la mère sont souvent réglées par un contrat en forme et même par un acte notarié. Après sa réception, qui est quelquefois l'occasion d'une fête solennelle, la mère a droit aux égards de chacun partout où elle paraît; une place d'honneur lui est réservée dans toutes les cérémonies ; elle suit la première le convoi funèbre des compagnons ; elle est, de la part de tous les sociétaires, l'objet d'un respect filial. L'hôte est le père des compagnons, sa femme est leur mère, les enfants et les domestiques leurs frères et sœurs : se servir de qualifications autres est un tort qui s'expie par le paiement d'une amende. Tous les membres de la société se regardeut comme à peu près solidaires vis-à-vis de la mère. Il n'est pas rare non plus de voir des pères et des mères assister des compagnons comme leurs propres enfants. C'est là à coup sûr une des coutumes les plus touchantes et les plus sympathiques du compagnonnage.

Lorsque les différents corps d'état d'un même devoir sont peu nombreux dans une ville, ils y font mère commune, mais c'est là un signe d'une très-intime et très- ancienne alliance. Les villes qui ne renferment pas assez de compagnons pour entretenir une mère se nomment villes bâtardes. La Bretagne, sauf Nantes; la Normandie, les départements du nord et la plupart de ceux du centre, n'ont jamais figuré sur la ligne du tour de France. L'assistance habituelle y est cependant assurée au com-

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