Î^ARTIE ÏI, CHAPITRE III
pagnon que ses affaires y ont appelé et qui, supportant les frais de correspondances et de transport de fonds, fait régulièrement verser sa cotisation mensuelle, au plus prochain bureau de la société. On le voit, le système est complet ; nulle part le foyer de la famille ouvrière n'est absent. Partout, et dès son arrivée, l'ouvrier voyageur trouve une organisation identique à celle qui lui avait ailleurs prêté son abri. Il peut voyager sans appréhension ; partout il trouvera des amis et des frères. Pendant toute la durée du tour de France, le compagnon doit à sa société un compte sérieux de son temps ; parfois même on lui assigne d'avance pour se rendre d'une ville dans une autre un nombre de jours qu'il ne peut dépasser sans justification des motifs qui l'ont retenu. Quand les compagnons sont trop nombreux dans une ville pour pouvoir y trouver du travail, quelques-uns parmi les premiers arrivés doivent faire place aux derniers arrivants.
Chaque association a une hiérarchie composée de deux ordres de membres : les compagnons proprement dits, et ceux qui aspirent à le devenir ; ces derniers sont désignés tantôt sous le nom d'aspirants^ d'afflUés, de jeunes hommes, tantôt sous ceux de renards, de bouquins, de singes, sans que chacun de ces termes entraîne toujours une acception injurieuse. Les menuisiers et les serruriers gavots comptent en dehors des simples affiliés, trois classes d'associés : les compagnons reçus, les compagnons finis et les compagnons initiés. On ne peut être nommé compagnon qu'à la suite d'un temps limité de noviciat, et après avoir été libéré du service militaire. La présentation doit généralement avoir lieu par un ou plusieurs membres affîUés; l'épreuve morale ou mystérieuse est souvent précédée d'un examen professionnel plus ou moins sévère et qui peut aboutir à un renvoi. Dans certains corps on ne se borne pas à un examen, on exige le chef-d'œuvre de l'ancienne maîtrise.
Dans chaque localité, il y a un chef de l'association élu au scrutin et en assemblée générale ; il est appelé premier compagnon ou dignitaire; c'est lui qui préside les réunions en général fixées au premier dimanche de chaque mois et qui représente la société dans ses rapports avec les autres corps, avec l'autorité ou avec les maîtres ; c'est lui qui est le dépositaire des secrets
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de la corporation. Lorsque ses connaissances sur un point de la tradition vénérée sont insuffisantes, on a recours à quelque ancien compagnon en renom dans le corps et on renoue fidèlement sur ses indications la filiation perdue.
Tout compagnon doit, pendant une semaine, consacrer son temps à la société sous le titre de rouleur ; c'est une dette que chacun paie à tour de rôle. Les fonctions de rouleur sont extrêmement importantes. Le roulem- est chargé de convoquer ou de commande!' les assemblées, d'accueillir les arrivants et d'accompagner les partants. Mais la principale partie de sa mission consiste dans Vembauchage et le levage (V acquit. L'embauchage consiste à conduire le compagnon, l'aspirant, lors de son arrivée, chez un maître de la profession et à l'y placer. A. Paris, il est rare que le rouleur soit chargé d'une telle mission, dont l'accomplissement serait trop difficile, et il se borne à adresser les arrivants aux divers compagnons chefs de chantier. Les services du rouleur sont en général gratuits. Dans certains corps, il a droit cependant de retenir, à titre de salaire, une faible partie de la somme avancée par le patron à l'ouvrier embauché ; dans d'autres, il est d'usage que ce dernier lui offre, à titre de rémunération, un léger repas. Chez les cordonniers, ce droit est remplacé par le versement d'un franc dans la caisse commune. Lorsqu'un compagnon quitte un atelier, le rouleur le ramèue chez son patron, afin de s'enquérir s'ils n'ont rien à se réclamer réciproquement; c'est ce qu'on appelle lever l'acquit. La même formalité est remplie vis-à-vis de la société, lorsqu'un compagnon l'abandonne pour passer dans une autre ; vis-à-vis de la mère, quand il quitte la ville. Après qu'il a été bien constaté que le partant ne laisse aucune dette, et qu'il n'a lui-même aucune réclamation à exercer, il lui est délivré un certificat, sorte de quituSy qu'il emporte, pour justifier de sa position et de sa conduite dans les villes du devoir qu'il doit successivement visiter : c'est en quelque sorte la garantie officielle de sbn honneur. Le compagnon qui se soustrairait à l'accomplissement de ces formalités tutélaircs, serait noté d'infamie ; il reçoit alors le nom de brûleur. Kst-il besoin de faire remarquer la haute utilité de V embauchage et du levage (Vacquit? Une société de secours mutuels professionnelle ne sera jamais complète si elle n'emprunte