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PARTIE IT, CHAPITRE III

pour la première fois sur la tombe du vénéré fondateur. Ces cérémonies ont été quelquefois traitées de jongleries : quant à nous, nous sommes trop certains que la teinte grise, uniformément revêtue par les habitudes modernes, finira bientôt par tout envahir, pour avoir le courage de railler si sévèrement des symboles auxquels, malgré leur bizarrerie, on trouverait, en cherchant bien, une explication plus digne.

Lorsque la société d'une ville est en souffrance, elle fait appel aux autres sociétés ses sœurs, et elle est certaine qu'aucune ne restera sourde à sa voix. Lorsque des difficultés quelconques entravent la solution d'une question importante, il n'est pas rare de voir la société qui les éprouve consulter toutes les autres sociétés : c'est l'appel au tour de France.

La sévérité des sociétés de compagnonnage, au sujet de la conduite de leurs membres, est digne d'éloges. L'aspirant endetté, paresseux ou improbe, demanderait en vain l'affiHation. S'agit-il d'un membre reçu ; aux premières plaintes portées chez la mère, le dignitaire^ informations prises, provoque contre lui une réprimande ; s'il ne s'amende pas, si sa vie devient notoirement scandaleuse, s'il ne paie pas habituellement ses dettes, ou même s'il fait preuve d'une paresse persistante, il est, en dernière ressource, exclu de la société. Avec un peu plus d'énergie dans la répression de l'intempérance, l'autorité presque disciplinaire des sociétés s'exercerait dans les conditions les plus satisfaisantes. Quant aux faits véritablement honteux et dégradants, la répression va jusqu'à la plus extrême rigueur. Ce n'est pas l'exclusion seulement qui frappe le compagnon coupable de fraude ou de vol, c'est le châtiment moral le plus humiliant et le ph^s ignominieux. « J'ai vu, dit à ce sujet M. Perdiguicr, une salle remplie de compagnons, au milieu desquels se tenait un homme à deux genoux, pendant que les autres buvaient à l'exécration des voleurs. Pour le patient, on lui présentait verres d'eau sur verres d'eau, et lorsqu'il ne pouvait plus avaler, on lui jetait le liquide au visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avait bu, on brûla ses couleurs à ses yeux. Le rouleur le fit ensuite lever, le prit par la main, et le promena autour de la salle en l'arrêtant devant chaque membre, et chacun lui appliqua sur la joue un soufflet pesant

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surtout par la houte ; eniiu la porto lui fut ouverte, mais au momeut où il allait franchir le seuil, il y eut un pied brusquement levé qui Tattcii^nit par derrière. Cet homme avait volé. )^ Cette cérémonie s'appelle la conduite de Gn'uoble. Serait-il possible de trouver un châtiment plus solennel dans sa simplicité, plus dur sans appareil de torture !...

Une telle coutume indique le prix que le compa£;nonnage attache à la moralité de ses membres. Quand un compagnon a terminé son tour de France, et qu'il n'a, au contr^iire donné lieu à aucun reproche, il est d'usage qu'il remercie sa société et qu'il en obtienne un certiticat que lui délivrent, en assemblée générale, tous ses camarades, et qui sera pour lui toute sa vie un gage et un souvenir précieux. C'est le congé du soldat : mais le soldat n'oublie pas son régiment du jour où il le quitte, il s'intéresse toujours à sa destinée, il se complaît à en raconter les hauts laits ; le compagnon qui a remercié restera, lui aussi, toujours attaché de cœur à la société qui protégea sa jeunesse, il ne lui refusera jamais son concours ; elle compte et elle peut compter sur lui. Les ouvriers retirés du compagnonnage sont très-respectés des jeunes compagnons. Dans plusieurs villes, ils se forment en sociétés de secours mutuels, en s'unissant au besoin avec des ouvriers libres. Quand on a une fois expérimenté la prévoyance et l'association, on ne comprend phis l'isolement. Le compagnonnage a ses solennités périodiques. Chaque société a son patron qu'elle fête scrupuleusement : la messe le matin, le festin de corps, un bal où sont invités d'ordinaire les maîtres et leurs familles et qui réunit dans la sympathie et le plaisir des gens trop souvent divisés d'intérêt, quelques hommages rendus à tel industriel iniluent, bienfaiteur de la société et qui exerce utilenuMit vis-à-vis d'elle son patronage oflicieux, voih\ ce qui constitue ces fêtes chères aux compagnons et dont le retour est toujours impatienunent attendu. Libre au critique superiiciel ou partial, de ne voir dans ces agapes du travail qu'une perte de temps fAcheuse ou des libations sans profit, de sourire même de tel ou tel détail peu eu harmonie avec les usages sacramentels des régions supérieures; il ne faut pas connaître la vie rude et soucieuse de l'ouvrier pour ne pas comprendre dt^ (|uellt^ utilité sont pour lui ces réunions, et combien

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