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PARTIE m, CHAPITRE III

il s'en retire retrempé pour des labeurs nouveaux. Des fêtes populaires, une littérature populaire, a-t-on dit mille fois : pour la première partie du vœu, les fêtes qui plaisent le moins au peuple ne sont peut-être pas celles dont il s'est tracé lui-même le programme ; quant à une littérature du prolétariat, qui sait si ce n'est pas dans le sein même du peuple et uniquement dans son sein qu'elle pourra prendre naissance et grandir ; si là exclusivement ne se trouvent pas cette jeunesse intellectuelle, cette vigueur morale et surtout ces notions appropriées à une uianière de sentir toute spéciale, sans lesquelles la littérature populaire sérieuse et vraie, c'est-à-dire simple et forte, ne sera jamais trouvée? Le compagnonnage a déjà sa poésie, l'ouvrier voyageur, ses bardes préférés, ses chansons devenues classiques. Le jour où aucune des chansons du tour de France ne servira nulle part de chant de guerre, et ce jour est à peu près arrivé, ce genre aimé du compagnon, et qui s'est déjà très-largement inspiré des plus nobles sentiments, ne méritera plus qu'encouragement et éloge.

Jusqu'à présent nous n'avons guère eu à retracer dans l'organisation du compagnonnage moderne que des usages excellents et des pratiques salutaires ; il nous est surtout apparu comme un instrument de sociabilité et de conservation. 11 nous faut bien cependant aborder ses côtés défavorables, dire les inconvénients et les vices qui le défigurent * et lui ont aliéné tant d'esprits. Le premier et le plus considérable de ces vices, c'est, on le devine, l'inimitié profonde entre les divers devoirs, c'est la lutte sourde ou l'hostilité déclarée qui, au mépris du principe fondamental de l'institution, la confraternité des ouvriers, a amené tant de rixes sanglantes, tant d'atroces combats. Le compagnon considère l'ouvrier de sa propre société comme un frère, l'ouvrier non compagnon comme un camarade de travail, et chose étrange, l'ouvrier affilié à une autre société que lui, et surtout celui du même corps d'état affilié à un devoir rival, comme un irréconciliable ennemi. La conformité des travaux.

* Depuis quelques années, les inimitiés dont il va être question se sont tellement atténuées qu'on peut les considérer comme à peu près disparues (note de la deuxième édition).

celle des situations individuelles, loin d'atténuer ces sentiments, ne font que les aggraver : le charpentier qui couvre une maibon est, sans trop savoir pourquoi, l'irréconciliable ennemi du tailleur de pierre qui l'a élevée. Sans trop savoir pourquoi, disonsnous : maître Jacques en effet a été tué par maître Soubise ; Hiram assassiné et caché sous les décombres du Temple par des compagnons jaloux ; à une époque reculée, le secret des menuisiers a été vendu aux tisserands, celui des forgerons aux maréchaux ; les boulangers et les cordonniers, qui n'ont jamais su manier l'équerre ou le compas, dont le métier n'exige ni goût, ni art, ni: science, prétendent avoir au titre de compagnons le même droit que les ouvriers en bâtiment ; les renards doivent prendre le pas sur les drilles ou les gavots, sur les dévorants ; les couleurs de ceux-ci sont attachées trop haut et leur jonc trop long de dix doigts ; le ruban de ceux-là a une dimension injurieuse ; et voilà qu'on se tend des embûches, qu'on se provoque, qu'on s'assomme sans pitié, et qu'un sang précieux coule à flots. L'hérédité de la vendetta corse est là tout entière ; seulement elle s'étend à des milliers d'hommes, et on n'a pas encore vu d'exemple de franche réconciliation. Ne serait-on pas fondé a croire avec plusieurs écrivains que dans cette invincible division de la classe ouvrière, prenant dans le sens le plus matériel les mythes les plus invraisemblables, repoussant avec le plus grand sérieux les accusations les plus fantastiques, se disputant avec un incroyable acharnement au nom de telle ou telle prééminence séculaire les prérogatives les plus puériles, il y a la trace perdue de quelque grand fait historique, comme le ressentiment d'une race dépossédée, le souvenir amer de quelque antique persécution, souvenir transmis d'âge en âge, légué en héritage de génération en génération, de plus en plus altéré et confus, ne subsistant aujourd'hui que par la passion qui, elle, est inextinguible ? Cette opinion ne contribuerait-elle pas à expliquer ces luttes sans fin, à propos d'attributs, de colifichets ou d'armes parlantes, à l'occasion de la longueur d'un lambeau de soie ou de l'ornement d'un anneau d'oreille ?

Certaines querelles du compagnonnage ont été de véritables batailles. L'affaire de la plaine de la Craii entre Arles et Salon, vers l'année 1730, fut l'une des plus funestes ; la rixe de 1816,

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