FRANCE
Uécapitulation des sources. — Participation de chacune des institutions originaires à la fondation des sociétés de secours mutuels proprement dites. — Sociétés antérieures à 1789. — Plan de mutualité de M. de Chamousset. — Mouvement des institutions mutuelles après la Révolution française : à Paris ; dans les départements.— Appréhensions de l'administration au début. — Diffusion progressive des sociétés. — Grenoble — Bordeaux — Lyon — Marseille. — Intervention de l'industrie privée; projet de la Grande famille. — Associations générales de bienfaisance, protectrices des sociétés mutuelles. — Rôle prépondérant de la Société philanthropique de Paris, de 1805 à 1847. — Grand Conseil des sociétés de Marseille.— Conseil supérieur de Grenoble. — Société industrielle de Nantes. — Société libre à'émulation de Rouen. — Société industrielle de Mulhouse. — Comité spécial pour la propagation des sociétés. — Impulsion gouvernementale.
Dans les trois chapitres précédents, nous avons étudié les origines diverses de la mutualité moderne. Les collèges grécoromains, la ghilde germanique, et plus immédiatement les corporations et les confréries, la franc-maçonnerie et le compagnonnage, telles sont donc les principales de ces origines illustres.
la publication de l'étude qui précède par le réformateur, l'historien, le chansonnier du compagnonnage.
Monsieur,
Depuis longtemps, je voulais vous écrire, mais auparavant, outre l'article du journal qui a reproduit votre étude, je tenais à lire quelques pages de votre livre. Votre travail m'a passé sous les yeux, et j'ai reconnu que c'est une œuvre Je vous en félicite. Quand on me demandera un livre instructif, sur la classe ouvrière, je signalerai le vôtre.
Quant au compagnonnage, vous l'appréciez bien... Il progresse, mais tout n'est pas fini... Les coips du bâtiment sont aristocratiques et ne voient pas encore comme frères les cordonniers, les boulangers, les sabotiers et bien d'autres ouvriers. Cette présomption fait pitié. Pourtant il y a amélioration dans un sens : il n'y a plus de luttes. A Paris, les compagnons des sociétés les plus diverses, charpentiers, tailleurs de pierres, menuisiers, cordonniers, gavots, dévorants, célèbrent leurs fêtes patronales ; donnent des bals dans les plus grands et les plus riches établissements, et là ils s'in-
c>f;o DU PAUPÉRISME.
Dans quelle mesure ces iustitutions si variées ont-elles concouru à la formation des sociétés de secours mutuels proprement dites? C'est ce que l'état actuel des connaissances historiques ne permet pas de déterminer d'une manière bien précise ; c'est ce qui ne sera même probablement jamais éclairci. La participation commune d'éléments multiples est démontrée ; la part qui revient à chacun de ces éléments restera toujours incertaine. S'il nous fallait cependant hasarder une opinion, c'est aux confréries que nous attribuerions la plus large part dans la filiation directe. La corporation avait surtout en vue le côté industriel et le métier; le compagnonnage s'est maintenu à peu près sans modification et sans fusion jusqu'à l'époque actuelle '; il n'est
vitent mutuellement les uns les autres. 11 y a à côté de la salle de danse la salle de chant où tous les devoirs se réunissent, et l'on y entend les chansons les plus fraternelles.
Le compagnonnage renferme une foule de bonnes choses : c'est l'embauchage, c'est le levage d'acquit, c'est la protection donnée à l'ouvrier, c'est la surveillance exercée sur lui; c'est qu'il le soutient, c'est qu'il l'encourage au bien dans toutes les circonstances de la vie, c'est que dans son sein le pauvre ouvrier et le riche entrepreneur ne cessent jamais d'être frères.
Il a fait des progrès, il en fera encore; il ne faut plus de préventions de métier à métier, et un même et grand devoir devrait rallier tous les hommes; mais les ouvriers du tour de France sont jeunes généralement: voudront-ils supprimer tous leurs insignes, cannes, rubans?... je ne le sais. Il y a des choses puériles en apparence qui excitent l'émulation et poussent au bien. Les hommes sont de grands enfants; j'ai vu des loges maçonniques et j'ai réfléchi; j'ai regardé nos armées, nos états-majors, nos corps savants, et j'ai vu des épaulettes, des plumets, des écharpes, de la dorure partout; les hommes les plus instruits, les plus graves se sentent heureux sous les parures les plus extraordinaires. Faut-il être plus rigoureux envers le pauvre compagnon?... faut-il lui enlever sa canne, ses rubans un jour de fête, ce qui tient un peu de la maçonnerie? Je ne le pense pas, et cependant je suis très-peu mystique. Oui, simplifions, éclairons; plus de préventions de corps à corps, plus décris, plus de choses ridicules... mais il faut partout un peu de poésie, chez les artisans comme ailleurs
Il y a longtemps que vous avez reçu mes petits cahiers; je vous adresse aujourd'hui avec celte lettre mes Mémoires d'un Compagnon; V Histoire d'une scission et une Biographie. Vous vous intéressez à tout ce qui touche à la classe ouvrière, et je pense (pie mon envoi ne vous sera pas indiiïérent. Que les travailleurs sont difficiles à servir 1 et néanmoins il ne faut jamais cesser de s'occuper d'eux. D'après mon cœur, je juge du vôtre.
Hecevez, monsieur, l'asëurance de mon estime et de mon entière sympathie.
Agricol Përdiguier.
C21aoOt 18GU.)
< Au nombre des conditions d'admission .stipulées par certaines sociétés, celles des tailleurs de pierres do C.audéran (Gironde), par exemple, figure d'un autre côté la condition suivante : Ne pas être compagnon. :