PARTIE II, CHAPITRE IV
enfin qu'un nombre relativement restreint d'associations mutuelles qui présentent dans leurs règlements les allégories et les symboles de la franc-maçonnerie ^ La confrérie, au contraire, qui avait pour but des pratiques religieuses, mais aussi en notable partie, nous le savons, la réciprocité et la garantie des secours, s'est simplement continuée sous ce dernier aspect dans une multitude de localités après la chute officielle des jurandes. Quoi qu'il en soit, prenant sa source dans les besoins les plus impérieux de l'humanité, commencement et fin de toute agrégation sociale, l'assistance réciproque, qui est née le même jour que l'homme, s'est constamment développée avec lui. Les grandes associations que nous avons décrites étaient des formes de mutualité en rapport avec les âges qui les virent s'organiser et vivre ; les sociétés de secours mutuels qui fonctionnent aujourd'hui sous nos yeux sont la forme d'une mutualité appropriée à notre temps ; forme encore instinctive, ajouterons-nous; ne procédant guère jusqu'à l'heure présente que de l'analogie des situations et de la sympathie ; destinée à être plus tard complétée et transfigurée par la communauté des intérêts et la logique des faits.
En somme, les sociétés de secours mutuels, peut-on dire avec M. Hubbard ^, « ne sont l'œuvre d'aucun homme, d'aucun pouvoir. Elles apparaissent dans l'histoire de la civilisation comme un produit nécessaire du travail des siècles ^. »
Envisagées comme ayant pour destination unique d'assurer à leurs membres, ainsi qu'elles le font actuellement, un traitement et un secours quotidien en cas de maladie ou bien encore une pension pour la vieillesse et l'infirmité, les sociétés de secours mutuels ne peuvent, en général, remonter à une époque bien reculée. Leur but était en effet rempli et au delà par les institutions beaucoup plus vastes dans leur objet que nous con-
* Sur six sociétés cependant que la Chambre de commerce de Calais, dans un rapport présenté au ministère de l'agriculture et du commerce, déclarait exister dans son ressort, cinq, disait-elle, « dépendaient de loges maçonniques, pour lesquelles elles n'étaient que des accessoires. » Une société du département de la Gironde refuse d'admettre tout individu appartenant à une autre société, « à moins toutefois qu'il ne fasse partie d'une loge maçonnique. »
2 Secrétaire d'un comité dont il va être parlé.
^ De l'organisation des sociétés de prévoyance, 185-2, p. 5.
naissons maintenant, et qui constituaient Torganisation sociale sur laquelle la nôtre s'est greffée.
Plusieurs sociétés actuelles revendiquent cependant une origine bien antérieure à la Révolution française et aux décrets d'abolition des 9 février 1790 et 18 août 1792. Nous ne parlerons pas de la société des portefaix de Marseille, qui prétend être contemporaine de la domination romaine; mais, dans un rapport au ministre de l'agriculture et du commerce, lors d'une enquête faite en 1850, la Société des sciences et des arts de Lille a fait remonter à 1580 la fondation d'une des sociétés de cette ville ; c'est la date la plus ancienne qui ait été citée par une société existante. Toutes les publications spéciales qui ont précédé celle-ci disent qu'il paraît probable que la seconde société établie en France est celle de Sainte-Anne à Paris, qui fut fondée en 1694 dans l'église du prieuré de Sainte-Maric-du-Temple, de l'ordre des chevaliers de Malte. D'après une notice sur l'origine de cette société, insérée en tête de son règlement : « semblable aux autres sociétés qui, au nombre de treize, existaient avant la révolution de 1789, elle n'était qu'un reste de confrérie religieuse et portait à son origine le titre de confrérie et société hospitalière des compagnons menuisiers et habitants du Temple sous l'mvocation de Sainte-Anne.
» Elle avait dans l'église Sainte-Marie (enclos du Temple) une chapelle dédiée à sainte Anne et entretenue aux frais de la confrérie. Elle possédait tous les ornements et accessoires nécessaires à l'office divin, qu'on y célébrait chaque dimanche et solennellement à la Sainte-Anne, qui était l'époque annuelle du renouvellement de ses administrateurs. Son personnel, année courante, était d'environ soixante à quatre-vingts membres.
» Outre le produit des droits d'association et de cotisations mensuelles des confrères, on faisait chaque année, vers l'époque de la Sainte-Anne, une quête à domicile dans toutes les boutiques du quartier du Temple, notamment chez les maîtres menuisiers. Le produit des quêtes était joint aux frais généraux pour subvenir à toutes les dépenses de la société et au soulagement des confrères malades. Cet ordre de choses dura jusqu'en 1792 où la société se défit de tous les ornements religieux et autres effets appartenant à la confrérie ^ et où, réduite à envi-
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inte membres, elle prit le titre de Société fraternelle de
3conde des treize anciennes sociétés de Paris *, mentionis la notice de la société Sainte-Anne, est la société panoue de prévoyance remontant à 1720. « Elle fut d'abord >ous le titre deNotre-Dame-de-la-Nativité, dans une chaî l'église Saint-Laurent. Elle a changé plusieurs fois de ivant les phases de la révolution de 1789. Jusqu'en 1780, lit qu'une association religieuse comme toutes les autres ies; mais à cette époque les membres qui la composaient, par des sentiments d'humanité et de philanthropie , et L vue de soulager les malades et les vieillards, créèrent isse spéciale laquelle était indépendante de celle de la ie; on pouvait être confrère sans être sociétaire, mais non nétaire sans être confrère '^. La cotisation ne fut d'abord cinq sous par mois, pendant les dix premières années ; portée ensuite à dix sous jusqu'en 1810.» lociétés Sainte-Anne et panotechnique ne sont autres, )it, que la continuation d'anciennes confréries, vouloir diminuer en rien leur illustration, nous croyons sieurs autres sociétés issues de la même origine pourelles aussi, revendiquer des dates anciennes. La société llac (Gironde), dont nous avons donné plus haut les sta- 5ui est encore aujourd'hui très-vivace, remonte à 1609. laintenant un exemple en dehors des confréries. Le 13 30, il se forma à Bordeaux sous l'impulsion du grand foseph Falcon, une société composée exclusivement d'is- , qui prit le nom de Guémilout-Hassadim. Cette société, idarament de l'allocation des secours en cas de maladie
tize autres sociétés sont: la société des Menuisiers en meubles (1760); la ternelle de Saint-Eustache (1782); la société des Amis de l'humanité (1789), e en 1801; la société des Ouvriers en papiers peints (19 novembre 1789); s des Orfèvres (le janvier 1791); la société des Tanneurs et Corroyeurs, int-Simon ,6 février 1791); la société des Déchargeurs de fer des ports de 1): la société de Prévoyance de Ghaillot (1794); la société dite Caisse d'hu- ("96) ; la société d'humanité des Fariniers, fondée par les forts de la halle société d'Humanité (toutes professions, excepté celles où le mercure est 1798).
•âge 205.
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et des autres objets de l'association mutuelle ordinaire, revêtit, dès ses débuts, un caractère particulier. Les derniers devoirs à rendre à tous les israélites de Bordeaux, la toilette funèbre, les ablutions, et jusqu'au creusement de la fosse, figurent en tête de son règlement et sont imposés à chaque membre, sous peine des amendes les plus sévères.
Le caractère de la société de Guémilout-Hassadim, qui est aujourd'hui la plus importante association israélite de Bordeaux, s'est conservé jusqu'ici sans subir la moindre altération. Aujourd'hui encore, outre l'allocation quotidienne en cas de maladie, les veilleurs, les frais funéraires, la pierre tumulaire, etc., on trouve dans le règlement de la société, revêtu de l'approbation du Consistoire israélite, l'obligation imposée à tous les membres âgés de quarante-six à soixante-dix ans, de faire la cérémonie de l'ablution ; à tous les membres de dix-huit à quarante-cinq ans, de remplir l'office de fossoyeurs non salariés, de réciter les prières, d'accomplir enfin, à l'exclusion de tous autres, dans tous les cas de décès d'israélites à Bordeaux, toutes les cérémonies funèbres en usage * .
Lyon, Marseille, les villes populeuses des Flandres, et d'autres sans doute, possédaient aussi, avant 1789, des associations mutuelles, avec un type se rapprochant plus ou moins du type actuel. L'association des pilotes lamaneurs du Havre, dont le fonds de réserve dépasse plus de 100,000 francs, a été fondée sous Louis XIV; celle des calfats, de la même ville, est, dit-on, plus ancienne encore. D'après le premier compte rendu officiel dressé en 1853, compte rendu forcément incomplet, 45 sociétés actuellement existantes ont été fondées antérieurement au dix-neuvième siècle, savoir: l dans la Charente-Inférieure; 1 dans la CAte-d'Or; 1 dans les Landes; 2 dans les Ilautes-Alpes; 2 dans le Tarn ; 4 dans la Loire-Inférieure ; 7 dans la Haute-Garonne ; 7 dans la Seine; 0 dans le Tarn-et-Garonne.
Dans le cours du dix-huitième siècle, l'idée de mutualité de-
• Il existe à Bordeaux une autre société de secours mutuels israélite fondée sur les mêmes bases et déjà assez ancienne ; c'est celle de Tol-Bacob, établie en 1803. I-a prescription aux fidèles de s'abstenir à certaines époques de tout travail est scrupuleusement iii ((Mniiiic par ce-i sociétés. Elles accordciil une ludcuiniU' ipiolidiouiie aux uieuihrcs 'pii observent la semaine de réclusion.