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puis si longtemps entrée dans les faits commença du reste à occuper spéculativement quelques esprits. Un des hommes les plus réellement bienfaisants de ce siècle, un homme dont, sui- Yant l'expression de M. de Gérando, toute la vie ne fut en quelque sorte qu'une longue et continuelle méditation sur la bienfaisance, M. de Chamousset, s'efforça d'appliquer le calcul des probabilités à la fondation d'une Maison d'association, dans laquelle, au moyen d'une somme très-modique, les souscripteurs auraient trouvé, en cas de maladie, « toutes les sortes de secours que l'on peut désirer. » Ces souscripteurs devaient être, d'après M. de Chamousset, « ce grand nombre de citoyens qui ne sont pas assez riches pour se procurer des secours suffisants, ni assez indigents pour se faire transporter dans les maisons de charité.» La souscription variait suivant l'âge, et suivant le degré de commodités et de soins que les associés désiraient se procurer dans la maison fondée pour eux. De 15 ans à 35, elle était de 25 sous par mois pour ceux qui se contentaient d'être traités dans des salles de 30 lits; elle s'élevait pour eux jusqu'à 30 sous, à Tâge de 55 à 60 ans. Le projet reposait sur cette double supposition 1° que sur 100 personnes prises indifféremment il n'y a pas plus de 12 malades dans le cours d'une année; et T que le terme moyen de la durée de chaque maladie est d'un mois \
Par une délibération en date du 13 juillet 1754, les six corps des marchands de la ville de Paris approuvèrent le projet de la Maison d'association, La concession de l'hôtel de Conty fut même faite, à la même époque, à M. de Chamousset, en vue de la réalisation de son projet. « Ce projet, lit-on dans le Journal des Savants de mars 1753, il l'avait conçu en citoyen, il le défendit en philosophe ; c'est dans son cœur qu'il puisa ces argugents simples, aisés et lumineux, qui persuadent et entraînent sans efforts. » Le plan de la Maison d'association n'eut cependant aucune suite.
En 1770, M. de Chamousset publia un mémoire sur les Compagnies d'assurances pour la santé. « L'auteur, disent, en parlant de ce nouvel écrit, les Mémoires secrets pour servir à V histoire de la République des lettres, a remanié son projet, l'a rendu
* OEuvres de Chamousset, t. I, [i. 30 et 17.
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plus praticable, plus étendu, et surtout plus attrayant pour la cupidité, ce mobile de nos actions '. 11 vient de publier un mémoire sur rétablissement de compagnies qui procureront, en maladie, les secours les plus abondants et les plus efficaces à ceux qui, en santé, paieront une très-petite somme par an, ou même par mois. L'auteur établit d'abord de quelle importance est, pour le royaume, une pareille compagnie d'assurances, bien préférable à celles qui n'ont pour objet que les naufrages et les incendies. Il en conclut combien le gouvernement doit protéger et encourager de pareils établissements, qu'il propose à toutes les grandes villes de France, d'où il résultera entre les citoyens une fraternité fort utile. Il établit la sûreté de l'exécution sur l'intérêt même de ces compagnies, qui, étant le même que celui du public, seront obligés de bien traiter leurs malades pour en avoir plus, puisque les profits seront en raison du nombre. »
Les diverses compagnies devaient assurer réciproquement à leurs associés en voyage, et sur la simple présentation de leurs cartes d'association, tous les soins et tous les secours qui auraient pu leur être nécessaires. Cette nouvelle manière d'envisager la question n'eut pas plus de succès pratique que la première ^.
* M. de C.hamousset avait, en effet, joint à son projet de compagnies d'assurances, lin projet de loterie dont les billets, au nombre de 30,000, à raison d'un billet par chaque place d'associé, devaient donner droit à 900 lots.
2 Les écrits de M. de Chamousset ont été réunis et publiés par l'abbé Cotton des Houssayes, bibliothécaire de Sorbonne, sous le titre de : OEuvres de Chamousset, précédées de son éloge (Paris, 1783, 2 vol. in-8°). On y trouve, indépendamment des projets de Maisons d'associations et de Compagnies d'assurances pour la santé, un grand nombre de plans « pour l'humanité souffrante, pauvre et malheureuse, » et notamment un plan général pour l'administration des hôpitaux du royaume et pour le » bannissement do la mendicité : » un projet de réforme de l'Hôtel -Dieu ; des Mémoires sur les enfants trouvés, les compagnies d'assurance contre les incendies, le sort « des militaires, des domestiques, des servantes, » et jusqu'à des recettes « de boissons salutaires, d'alimonls sains, préscrvalil's contre la maladie. » La préface du premier Mémoire commence ainsi : « Nous connaissons Tobligation de nous secourir mutuelle- » ment; un sentiment naturel l'inspire à la plupart des hommes. L'exemple des bêtes
» suffit pour confoiulre ceux (pii oseraient contester ce sentiment L'Être suprême
» est le seul (jui se snflisc ;i lui-iiuunc. »
Ceux (jui, r. ciiLiul devant la lecture des deux volumes de M. de Chamousset, voudi aient cependant avoir une idée de ses plans de bienfaisance, en trouveront le résumé tians une brorhure de M. de Heaiifleury, « avocat au Parlement, de l'Académie do*;