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PARTIE II, CHAPITRE IV

Quelques années après, en 1783, un archevêque de Bordeaux, M. Champion de Cicé, conçut la pensée d'une institution du même genre assise sur des bases analogues. M. de Cicé ayant été appelé bientôt après aux fonctions de garde des sceaux, sa nouvelle situation ne lui permit pas de réaliser le projet qu'il avait formé * .

Lorsque la révolution française éclata, les ouvriers de Paris se préoccupèrent de la nécessité de s'assurer des moyens d'assistance. Pendant les années 1790 et 1791, après s'être assemblés par spécialité d'état, les cordonniers aux Champs-Elysées, au nombre de cinq à six mille, les charpentiers à l'archevêché, les maçons, les serruriers, les imprimeurs, etc., sur diverses places et promenades de Paris, ils adressèrent successivement à la municipalité et à l'Assemblée nationale des pétitions tendant à ce qu'il leur fût permis de se réunir pour procurer des secours à leurs camarades malades ou sans travail. Le 14 juin 1791, le député Chapelier, ne voyant dans a ces prétendus intérêts communs » et dans ces caisses de secours projetées que « des motifs spécieux, » des intérêts intermédiaires, et séparés à tort de la chose publique ; exclusivement préoccupé d'ailleurs de ridée de corporation qui lui faisait dire : a II n'y a plus aujourd'hui que l'intérêt particulier de chaque individu et l'intérêt général, » répondait aux ouvriers, au nom du comité de constitution, que c'était a l'office de la nation et des officiers publics en son nom '\ de fournir des travaux aux valides, des secours aux infirmes et l'éducation aux enfcuits ^. »

Arcades de Rome et du Mu^ée de Paris, » contenant, entre autres opuscules, un mémoire relatif à l'établissement d'un bureau général des pauvres pour la ville de Bordeaux et toutes les villes de France (Paris, 1785).

* Nous mentionnerons plus loin divers plans analogues produits un demi-siècle plus tard, notamment celui de M. Mourgues.

2 Là réside, a dit avec raison M. Emile Ollivier, Rapport sur la loi des coalitions, « l'erreur fondamentale delà Révolution française De là sont sortis les excès

de la centralisation, l'extension démesurée des droits sociaux, les exagérations des réformateurs socialistes. De là procède Babœuf, la conception de l'État providence, le despotisme révolutionnaire sous toutes ses formes. »

3 La réaction contre l'esprit corporatif était si forte, que dans cette même discussion le représentant Biauzat demanda « que la corporation des ci-devants procureurs au Chàtelet fût nominativement comprise dans le décret » (qui défendait aux personnes de même profession de se donner des présidents secrétaires, etc.) A quoi Chapelier

Le même jour une loi mémorable, donnait une consécration définitive au principe primordial posé en 1776 par Turgot, a que le droit de travailler n'était pas un droit royal que le prince put vendre et que les sujets dussent acheter, mais que Dieu, ayant donné à l'homme des besoins en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme, la propriété la plus sacrée et la plus imprescriptible de toutes » et venait changer complètement en France la face du travail et la situation des travi.illetirs. L'ouvrier était affranchi des entraves que le système corporatif semait sous chacun de ses pas, mais il ne trouvait plus nulle part la protection et le secours que ce système lui assurait en cas de chômage ou de maladie et dans toutes les circonstances difficiles. Par application d'une pensée dont l'admirable expression semble, on l'a dit souvent, avoir été dérobée à la déclaration des droits de l'homme, la liberté était donnée, mais en même temps la garantie se trouvait détruite. Cet état de choses appelait un remède, c'est-à-dire des institutions nouvelles, circonscrites, dans leur action, à l'objet réellement utile de celles qui avaient été brisées.

Plusieurs bons esprits ne cessèrent de se préoccuper de la lacune qu'il fallait combler. Dès t792, un médecin de Paris, M. MarsiUiac, s'assimilant, en les modifiant, les plans de M. de Chamousset, mit au jour un projet dont le titre résume trèsbien la pensée : « Hôpitaux remplacés par des sociétés civiques qui assureraient aux artisans, dans le cas de maladie ou d'afflictions humaines, tous les secours physiques et moraux, et par des maisons d'industrie qui procureraient gratuitement aux enfants des citoyens peu fortunés une éducation morale et civique et des métiers utiles à eux-mêmes et à l'État. » Ce projet de sociétés civiques^ modelé sur les sociétés anglaises d'amis, n'aboutit pas. Les idées qui l'avaient inspiré répondaient à des besoins trop impérieux pour qu'elles ne dussent pas triompher. Les documents existants no permettent qu'assez difficilement de se rendre compte de la marche des associations mutuelles dans les premières années qui suivirent la Révolution française;

répliqua que c'était inutile, le décret comprenant toutes les professions, sans excepter les procureurs.

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