‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 142 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE IV

mais il est constant que ces associations furent entourées des plus vives défiances. On craignait qu'elles ne continssent en germe les corporations détruites, et qu'elles ne fussent en outre, par la résurrection partielle des confréries, un obstacle à la sécularisation générale des institutions sociales, qui avait été une des œuvres principales de la Révolution. Ce ne fut que lorsque l'efFervescence de la grande période révolutionnaire fut calmée, qu'on envisagea plus froidement et plus sainement ces associations, qui n'étaient pas l'exhumation fâcheuse du passé, mais bien la garantie de l'avenir.

La réouverture des ateliers et les progrès de l'industrie devaient en amener la diffusion et le développement. Le sentiment purement philanthropique de certaines associations charitables, l'action de quelques conseils municipaux \ l'impulsion de citoyens intelligents, l'influence qui pousse les hommes d'une même foi à s'entr'aider mutuellement, et plus encore probablement la force d'attraction d'éléments brusquement séparés et cherchant à se rejoindre, devaient contribuer à renouer aussi la tradition brisée.

L'usage des cueillettes ou collectes, dans le but de secourir les confrères incapables de travailler n'a pas été étranger, dans le Midi, à la naissance des sociétés de secours mutuels. On lit à ce sujet, dans l'introduction au règlement de la société de secours mutuels des fabricants de bas et de tulle de la ville de Lyon, et de ses faubourgs, fondée en 1804, que ces fabricants c( étaient de temps immémorial dans l'usage de faire des cueillettes entre eux pour secourir leurs confrères qui étaient incapables de travailler pour cause de maladie, de vieillesse ou d'infirmité; mais souvent ces moyens d'assistance devenaient insuffisants pour la plupart de ceux qui étaient accablés des maux qui pèsent sur l'humanité et languissaient aussi sans secours jusqu'à la fin de leur triste existence. Pour remédier à tant de maux et se préserver de semblables calamités, des hommes sages et prévoyants conçurent l'utilité d'une association mutuelle qui, au moyen d'une cotisation mensuelle, procurerait

' De 1830 à 1848, la garde nationale a participé aussi dans quelques localités, à la fondation des sociétés de secours mutuels.

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aux malades, aux iufiraies et aux vieillards associés des secours plus permanents et plus efficaces que ceux qu'on peut leur procurer par la voie des quêtes. » Beaucoup de sociétés de la région méridionale où l'usage des cueillettes était généralement répanda, ont dû se constituer de la même manière.

Dans les grandes villes, à Paris, à Grenoble, à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, à Lille, le mouvement fut assez rapide.

A Paris seulement, d'après les comptes rendus de la célèbre Société philanthropique de cette ville \ il se forma de 1794 à 1806, treize sociétés nouvelles. En 1806, ce mouvement dut s'arrêter devant la tendance de l'administration à ne pas autoriser les réunions des ouvriers de la même profession. « On voulut, rapporte Éverat, qu'à l'avenir, les sociétés de secours mutuels fussent composées d'hommes de toutes sortes d'états; afin d'éviter, disait-on, les cabales, les coalitions, tendant à augmenter le prix de la main-d'œuvre. Cette mesure porta le découragement parmi les ouvriers ; leur zèle s'éteignit tout à coup : il leur répugnait de contracter avec des individus qu'ils ne connaissaient pas et qui travaillaient dans des ateliers où ils n'avaient aucun accès. Heureusement, en 1808, la police fut moins sévère; elle n'exigea point cet amalgame rigoureux qu'elle avait demandé d'abord, et qui consistait à ne pas introduire dans ces assemblées plus de dix personnes du même état. On se contenta, pour la forme, d'y admettre quelques étrangers, de manière pourtant à conserver toujours la profession dominante. »

De 1808, époque où l'administration s'était relâchée de ses rigueurs ^, à 1821, les associations de secours mutuels s'accrurent jusqu'au nombre de 124. Ce nombre est probablement aussi exact que possible, car le corps municipal de Paris ayant, à l'occasion du baptême du duc de Bordeaux, voté une somme de 50,000 fr. en faveur des sociétés de secours mutuels, toutes

* Rapport d'Éverat à la Société philanthropique, 18'22.

2 On peut cilor dans ce sens une circulaire de 1812, demandant aux préfets une enquête générale sur les sociétés mutuelles, et contenant après les prescriptions relatives à la surveillance, ces mots i)ris dans un autre ordre d'idées : « une connaissance exacte de ces associations et de leurs l'flcts, peut présenter des données précieuses pour le système général des secours publics, en mettant à portée d'apprécier avec plus de justesse (|uelle est la masse des secours apportés au soulagement de l'indigence, et quelles sont les institutions vraiment utiles que l'on doit encourager et protéger. »

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