PARTIE ÎI, CHAPITRE iV
les sociétés existantes avaient eu un intérêt évident à se produire. Cette distribution, qui eut lieu le 6 mai 1821, dans Tune des salles de F Hôtel- de- Ville, par les soins de M. de Chabrol, alors préfet de la Seine, accompagné des membres du conseil municipal et du comité de la Société philanthropique^ accéléra beaucoup le mouvement qui se manifestait dans le sein de la population ouvrière parisienne. « La solennité de la distribution, dit un rapport de 1826 ', produisit sur les ouvriers un enthousiasme difficile à décrire Bientôt on ne parla plus dans les
ateliers que de bienfaisance réciproque et du prix que le gouvernement y attachait. Les établissements de secours mutuels se multiplièrent plus que jamais : il s'en forma 15 en 1819 ; 19 en 1820; 28 en 1821 ; 16 en 1822; 22 en 1825, c'est-à-dire 100 de plus qu'il n'y en avait en 1818 ^. »
En 1822, le nombre total des sociétés était de 132, possédant environ 10,350 ouvriers réunis en communautés d'épargne et de prévoyance. Calculant que le nombre des malades ou blessés était, à l'égard du nombre des valides, dans la proportion de 1 sur 25, et triplant à cause des familles le nombre des membres des sociétés, la Société philanthropique estimait que par le seul fait des sociétés mutuelles, 1,200 personnes de moins se trouvaient tous les ans à la charge des hôpitaux et 30,000 à Tabri de l'indigence.
Dans beaucoup de villes de province, l'administration locale n'éprouva pas, quant à la résurrection possible du passé, les appréhensions qui, à Paris, avaient été si vives. A Grenoble, par exemple., dès 1803 %le maire de cette ville laissa s'affilier entre eux les ouvriers gantiers ; en 1804, il autorisa les peigneurs de chanvre, puis les cordonniers à suivre cet exemple; en 1808, le nombre des sociétés de Grenoble était de 7. « C'est à leur influence salutaire sur les corporations ouvrières de Grenoble,
• Rapport de M. Deleuze, secrétaire de la Société philanthropique.
2 En reconnaissance de l'acte de libéralité du corps municipal, les sociétés de Paris, dont les délégués assistaient à la réunion de l'Hôlel-de- Ville, gardent avec soin une médaille qui leur fut alors remise. Un deuxième don de 50,000 fr, fut annoncé par le corps municipal, comme devant être reparti après la campagne d'intervention en Espagne de 18'i3 ; mais cette nouvelle libéralité ne fut point réalisée.
3 Le l"mai.
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dit un rapport officiel, que cette ville doit d'avoir traversé sans trouble les époques les plus difficiles. »
A Bordeaux, où les corporations et les confréries qui, d'après un état extrait des archives municipales de cette ville et daté de 1791, ne s'élevaient pas à moins de 100, avaient embrassé la classe ouvrière tout entière, la chaîne dut être renouée plus facilement qu'ailleurs ; la tradition dut plus promptement reprendre en partie son empire. Aussi, dès le commencement du siècle, trouve-t-on à Bordeaux tous les métiers ayant leur association de secours mutuels dont plusieurs n'étaient, d'après les déclarations mômes contenues dans leurs statuts, que la continuation partielle de l'institution détruite. Ouvriers menuisiers, maîtres menuisiers ; ouvriers bottiers, maîtres bottiers ; ouvriers cordonniers, maîtres cordonniers ; ouvriers tailleurs et maîtres tailleurs; tanneurs et corroyeurs; raffineurs et tonneliers (tonneliers en neuf et simples tonneliers) ; peintres et doreurs ; ouvriers colleurs en papier peints ; plâtriers, cordiers, serruriers et tailleurs de pierre ; portefaix de bande et charretiers ; charpentiers et charpentiers de navire ; perruquiers-coiffeurs ; pêcheurs; jardiniers et maçons ; bouchers ; boulangers et typographes, toutes les divisions de métiers enfin s'étaient réunies pour se garantir réciproquement des atteintes de la maladie, de l'infirmité * •
A Lyon, dès 1804 et en dehors de tout contrôle de l'autorité locale, on voit des sociétés de tisseurs, de maçons, de charpentiers, de cordonniers, de jardiniers, de portefaix, ainsi que de marchands et artisans Israélites. En 1810, et après avoir obtenu l'autorisation exigée par le code pénal qui vient d'être promulgué, s'établissent des sociétés de maîtres fabricants de soieries, de tisseurs, de fondeurs et paracheveurs sur métaux, de marchands de vins, de menuisiers; en 1811, de chapeliers, de maîtres plâtriers, de tonneliers, etc. C'est un élan. De 1814 à
* 11 y a eu à noideaux juscju'à quatre sociétés de secours mutuels de Jardiniers, sous les noms de Jardiniers-Fleuristes, de Jardiniers, de Pépiniéristes, d'Arboriculteurs. Nous trouvons même, dans des duciimonts déjà anciens, des sociétés de Maîtres cochers et de Garçons cochers, d'Artistes musiciens, do Choristes des éj^lises, d'Allumeurs de l'éclairage à l'huile, etc. Cette dernière société a du disiiaraitro dans ces derniers temps comme l'objet de la profession de ses membres.