‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 145 sur 254 · PARTIE H, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE H, CHAPITRE IV

En dehors de ces sociétés, et de celles qui ont pu être relevées postérieurement, combien ont fonctionné depuis le commencement du siècle qui n'ont eu qu'une existence éphémère, et qui, n'ayant pas laissé de trace précise, ne figurent dans aucun dénombrement ! Pour le seul département de la Gironde, il résulte de l'état des versements effectués à la caisse d'épargne de Bordeaux de 1827 à 4852, que soixante-une sociétés fondées postérieurement à l'année 4825, avaient cessé d'exister au 34 décembre 4852. Nous pouvons évaluer à quatre-vingts au moins, d'après d'autres documents administratifs, le nombre des sociétés qui, indépendamment de ces soixante-une , y ont fonctionné de 4825 à 4852 et qui n'existent plus. Yoilà donc, pour un seul département, plus de cent quarante sociétés qui, dans un espace de moins de trente années , ont dû, la plupart sans doute parce que les bases de leur organisation n'étaient pas assez étudiées, renoncer au bien qu'elles avaient commencé à faire, au bien plus grand encore dont elles auraient été la source dans l'avenir. Sur trente-cinq sociétés fondées à Rouen, depuis 1808, vingt-neuf avaient disparu en 4852 par des causes analogues * .

Cette imperfection de combinaisons administratives et financières, écueil de tant d'associations spontanées, a du reste, à plusieurs reprises, attiré l'attention de la spéculation privée ellemême. En 4842, une société chercha à se former sous le nom de la Grande Famille au capital d'un million. Elle avait déjà placé la moitié de ses actions qui étaient au nombre de deux cents et dont la quotité était par conséquent de 5,000 fr. Elle se proposait de venir en aide aux associations impuissantes à se soutenir, de traiter avec les associations plus prospères àdes conditions meilleures que celles de leurs propres statuts, enfin de se mettre directement en rapport avec les ouvriers non réunis en associations. « Il n'est pas toujours facile, disaient les fondateurs, que cent à deux cents ouvriers se rencontrent, disposant des mêmes ressources, pour prétendre aux mêmes avantages.

* A Marseille, grâce à la direction du Grand Conseil, de 1821 à 1860, 10 sociétés seulement ont disparu.

Or, au-dessous de cent ouvriers, il n'y a pas de conditions possibles d'un bon règlement économique. » Grâce à la permanence d'une société anonyme fondée sur de larges bases, la dissolution, la suspension momentanée des associations devaient laisser intacts les intérêts pécuniaires des associés, qui auraient continué au surplus à agir moralement l'un sur l'autre, à se visiter dans leurs maladies, à s'attribuer des dignités, mais qui devaient être simplement exonérés de la perte de temps entraînée par les réunions fréquentes ayant pour cause les intérêts financiers de la société : tel était le programme de cette fondation qui ne put aboutir.

(( Un établissement public permanent, solide, respectable, sanctionné par l'action de l'autorité du gouvernement, pourvu de bons renseignements pour calculer les annuités et les assurances, servi par des agents dans les diverses parties du royaume, a dit sur le même sujet sir Morton Eden, donnerait probablement aux sociétés amicales un plus haut degré d'intérêt dans l'opinion de la multitude, rendrait leurs avantages moins équivoques, indépendamment de la sécurité qu'il leur présenterait pour la garde et la préservation de leurs fonds. 11 serait en état de fournir des règlements, basés sur la justice, à celles qui désireraient une réforme, et qui en seraient susceptibles ; on pourrait laisser aux membres des sociétés qui auraient des relations avec l'établissement dont il s'agit, le droit de fixer le montant de la souscription et l'époque des paiements, l'assurance d'un secours dans un cas particulier, la faculté de transporter les mises d'une société à l'autre, et de retirer le montant des mises antérieures en cessant la souscription. Il assurerait en même temps aux personnes qui sont privées d'entrer dans les sociétés amicales à raison de leur âge, de leur sexe, ou pour toute autre cause, les moyens de placer leurs fonds d'après des principes judicieux, et d'obvier à plusieurs inconvénients qui ne sont pas prévus par ces sociétés. »

Des vues analogues ont été émises par d'autres philanthropes anglais. L'illustre Pitt en a fait la matière d'un projet de bill. M. de Gérando a beaucoup recommiuidé aussi la nécessité de faire reposer sur le système des assurances les institutions de prévoyance pour la classe laborieuse. Nous aurons à faire res-

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