PARTIE H, CHAPITRE IV
sortir en son lieu l'importance fondamentale de cette question.
C'est ici qu'il convient de mentionner quelques associations de bienfaisance générale, comme ayant puissamment encouragé la propagation des associations mutuelles dans diverses contrées de la France. A la célèbre Société philanthropique de Paris, fondée en 1780 par le roi Louis XYI, revient l'honneur d'avoir la première mis la question à l'ordre du jour. Ayant pour but, d'après ses statuts, « de faire connaître et de mettre en pratique tout ce qui peut concourir à soulager les besoins actuels du pauvre, et à lui préparer des ressources pour l'avenir; » composée de membres aussi éclairés que réellement charitables, comment n'aurait-elle pas été amenée à considérer comme la principale partie de sa mission généreuse, la mise en lumière des résultats obtenus par ces agrégations d'ouvriers qui, « sur le produit du travail de leur jeunesse et de leur santé, s'assurent et assurent à leurs associés la subsistance pour le temps où le travail sera interrompu par la douleur, pour celui oii les glaces de l'âge le feront cesser ^ ? »
Ces agrégations d'ouvriers qui existaient en silence, poursuivant modestement leur oeuvre d'humanité, la Société philanthropique se mit à leur recherche avec une sorte de passion pieuse pour les offrir en modèle à la France entière et, d'après ses propres expressions, c( soustraire ainsi aux privations et au malheur tous les infirmes et tous les vieillards. » Ces hommes simples, qui, suivant une remarque de M. Villermé, montrent une intelligence supérieure, « étonnent les théoriciens, les hommes pratiques les plus consommés, » quand il s'agit de discuter les principes essentiels au maintien, à la bonne harmonie, à la prospérité des associations'^, elle les apprécia à leur valeur
^ Rapport de M. Dupont de Nemours, du 30 frimaire, an XIV,
2 Nous avons sous les yeux divers écrits dus à de simples ouvriers ou à des fondateurs de sociétés, ne dépassant pas, dans leurs visées, le côté exclusivement pratique de la question. Les conditions d'une mutualité rationnelle, nous dirions presque scientifique, y sont exposées avec une netteté qu'on ne trouverait pas dans les publications d'un ordre beaucoup plus élevé, poursuivies avec une vigueur qui prouve combien une organisation logique répondrait aux vives aspirations de la partie éclairée de la classe ouvrière. Nous citerons notamment un travail de M. Brunox, imprimeur-lithographe,
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réelle et vit bien que la leçon indispensable de rexpérience intelligente devait se puiser parmi eux. Aussi « était-ce avec une sorte de triomphe, dit dans son rapport de 1803 M. Mathieu de Montmorency, secrétaire de la société, que les membres de la commission spéciale chargée de l'étude des sociétés de prévoyance apportaient à chaque séance de nouvelles découvertes, qu'ils vouaient révéler les secrets de la modestie et ceux de la prudence. » Les noms des hommes de dévouement qui composèrent le comité de la société philanthropique, et particulièrement ceux de MM. Dupont de Nemours, Petit de Beauverger et Everat, doivent rester à tout jamais inscrits sur le livre d'or de l'institution * : c'est à eux qu'elle doit une partie notable de sa prospérité actuelle.
Depuis 1805 jusqu'en 1847, c'est-à-dire jusqu'à Fépoque où, en présence des progrès accomplis, elle jugea sans doute sa mission terminée, la Société philanthropique servit en quelque sorte, aux sociétés de Paris, d'office central auquel elles pouvaient s'adresser pour obtenir l'aide, l'assistance et les lumières dont elles avaient besoin. Des cartes de dispensaire procurant gratuitement aux malades des consultations et des médicaments ; des primes de 100 à 200 fr., mises à la disposition de chaque société ayant réuni soixante membres ; des récompenses honorifiques décernées à celles dont l'administration pouvait servir de modèle aux autres : tels furent les principaux moyens employés. Une multitude de petites notices spéciales, contenant les détails les plus utiles à l'administration des sociétés ; des
président de la société de secours réciproquesjde Versailles, fondateur de la Société des Ménages de la même ville.
• 11 doit en être de même des noms de quelques hommes qui, devançant le mouvement actuel, ont projeté sur l'idée alors si obscure, théoriquement, des sociétés mutuelles, les lumières de l'expérience qu'ils avaient acquises aux sources mêmes, c'est-à-dire au contact propre des associations. On n'oubliera pas les études de MM. Cerfljcer, Hivier et Vingtrinier sur les sociétés de Grenoble et de Rouen; celles de M. !)('l)outt'ville sur les sociétés en général.
La brochure de M. Cerfboer(Dr5 sociétés do bienfaisance mutuelle à Grenohle) est de 183G; celle de M. Augustin Rivier [Des sociétés de secours mutuels de la ville de Grenoble), de 1851; les mémoires de M. Vingtrinier, médecin en chef des prisons de Rouen sur la situation des sociétés de cette ville, de 1843 et de 18 '18 ;Ia;publioation de M. Debouteville, directeur de l'asiled'aliénés de Rouen [Des sociétés de prévoyance cl de secours mutuels), de I8i'i. La meilleure mention doit cire (Io:iiiéc aussi ali mémoire publié en 1840 |iar M. flnclK-tte (in-8" de (iO p.).