‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 149 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE IV

sa séparation de la Société de bienfaisance^ depuis son affranchissement de tout contrôle étranger aux véritables intéressés \ que la progression est devenue sensible. « La présence de ces messieurs^ qui s'exprimaient avec tant d'élégance et de facilité, dit l'opuscule que nous venons de citer, suffisait, d'après les ouvriers, pour arrêter les explications et les renseignements qu'ils auraient pu demander dans l'intérêt de leurs sociétés respectives. »

Il y a là certainement un indice curieux du caractère méridional; il y a aussi une véritable lumière sur l'esprit de selfgovernment que manifesteront les ouvriers, toutes les fois qu'il s'agira de leurs propres affaires, et surtout du maniement de leurs réserves.

Au 1" janvier 1864, la presq^ue unanimité de 189 sociétés comprenant J 6,000 membres et possédant un capital de réserve de 1,600,000 fr. environ ^ est placée sous l'égide du Grand Conseil.

Le Grand Conseil est tellement entré dans les mœurs des sociétés de Marseille, que leur prospérité nous semble attachée aujourd'hui à l'existence de cette institution. L'autorité des traditions est en outre si forte, la personnalité sociale si développée chez les ouvriers provençaux, dès longtemps du reste enclins à se grouper et à former des cercles, qu'ils considèrent avec la plus extrême défiance et comme un véritable empiétement tout règlement d'oii qu'il vienne, toute immixtion, de quelque nom qu'elle s'appelle, dans l'administration de leurs sociétés. En fait, le Grand Conseil peut seul, sans difficultés insurmontables, procurer ou produire l'action administrative ; aussi les changements de législation n'eussent-ils apporté sans lui que très-peu de modifications essentielles à cette belle et vigoureuse organisation marseillaise ^ Il est même très-certain

nistrateur du dit Grand Conseil. (Marseille, Gravière, édit.) Aujourd'hui très-modeste employé, M. Maurel est un ancien ouvrier dont le zèle et le dévouement aux intérêts des sociétés de Marseille méritent une mention spéciale.

* P. 91, uhi. suprà.

2 La seule société privée des portefaix possède un capital de 459,000 fr.; celle des commis et employés un capital de 184,000 fr.

3 Tout le monde sait avec quel orgueil, si légitime du reste, les Marseillais parlent des splendeurs de leur cité. Pourquoi ne dirions-nous pas, pour faire bien comprendre

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que, sans l'invitation du Grand Conseil, il n'est pas de société à Marseille qui se fut soumise à rapprobation suivant le décret de 185:2. Au commencement de 1858, sur les 180 sociétés de la ville, trois seulement l'avaient demandée. En 1859, le Grand Conseil donne l'impulsion : 116 sociétés étaient approuvées avant le 31 décembre. Aujourd'hui, — et ce fait est à remarquer, — sur 189 sociétés, 170 ont reçu V approbation.

Le Conseil supérieur de Grenoble, institué par M. Taulier, maire de cette ville, qui le considéra a comme un moyen pour l'autorité de veiller à ce que les règlements fussent observés, et à ce que les sociétés ne s'écartassent pas du but qu'elles s'étaient proposé, » est investi à peu près des mêmes attributions que le Grand Conseil de Marseille. Dans le cas où, par suite de différends survenus dans une société, l'administration de cette société serait dissoute, le Conseil supérieur est en outre chargé d'y pourvoir provisoirement, et de nommer trois de ses membres qui remplissent les fonctions de président, de secrétaire et de trésorier, jusqu'à ce qu'une nouvelle administration ait pu être déflnitivcment constituée ^

La Société industrielle de Nantes, et la Société libre d' émulation de Rouen, toutes deux si haut placées par leur préoccupation des intérêts moraux et matériels du plus grand nombre, doivent ici venir au rang qui leur appartient. La première réunit en une grande association, vers l'année 1832, toutes les petites sociétés de la \ille ; la seconde nomma parmi ses membres, comme la Société philanthropique de Paris, une commission permanente, chargée de se mettre en rappoft avec les sociétés de secours mutuels, de proposer la concession de médailles d'honneur à celles qui paraîtraient réunir le plus de chances de

noire pensée, (juc le Grand Conseil est lor^Mieil des onvriers associés de Marseille, <:oniine lelle voie bien connue de cette ville est la }:loire de tousses habitants?...

Il ne nous [larail pas douteux ((w'on trouvera un moyen de concilier à Marseillela nouvelle création de la Commission clrpariemoitale, si elle aboutit, avec la vieille institution du (irdnd Cniisril. Bien plus, c'est le Grand Conseil (pii aura servi de modèle aux Commissions dé[»artemenlalcs. Dans son rapport de 1860, la Comm,ission suprricnre fait le plus comjilet élo^e du Crand. Consril.

' Du trei/.iènu', au seizième siècle, certaines jurandes se j^^roupèreiil, par le moyen d'une jurande maîtresse, sous le nom de Corps. N'y aurait-il pas, dans les Conseils de Marseille et de Grenoble, comme un souvenir lointain des jurandes centralisées?

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