‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 15 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE I

peut-être, et pour longtemps sans doute, la statistique doit généralement borner son ambition à rassembler des matériaux, à faire çà et là des trouées et des sondages. Bornons-nous donc à utiliser ses enquêtes partielles sans vouloir demander à une matière plus complexe, plus variable, plus mêlée de faits matériels et de nuances morales qu'aucune autre une donnée d'ensemble que la nature des choses ne comporte pas. Au surplus, si les limites de l'assistance sont bien loin d'être celles de la misère, ceux-là appartiennent bien aux cadres du paupérisme qui, de leur gré, sont inscrits, fut-ce à tort, sur les listes des secours publics, et de ceux-là la supputation est faite. Quel que puisse être ensuite le nombre de ceux qu'il faudrait leur ajouter pour avoir le chiffre réel de tous les misérables, un fait résulte, nous l'avons déjà indiqué, du témoignage de la conscience universelle. Ce fait est patent, indéniable même pour les esprits les plus inattentifs ouïes plus prévenus, c'est que, sous l'action même des

deux modes, eltous deux dans de certaines conditions peuvent constituer une observation positive Baconienneet opposer utilement les faits aux idées préconçues. Bénie serait la méthode qui pourrait être « à la science sociale ce que h photographie est à \a peinture et aux arts du dessin; » mais louons aussi le penseur qui, armé de perspicacité, de bonne foi et d'un amour profond de la vérité, cherche à faire jaillir de tant de matériaux déjà accumulés l'idée cachée, quelquefois même la formule souveraine. — Repoussons les déductions systématiques et passionnées, mais prenons bien garde de ne pas exclure du champ de la science sociale les grandes intuitions du génie lui-même, passant outre au labeur patient de l'observation tout à fait personnelle des détails. Quoi qu'il en soit, la statistique, c'est-à-dire la voie d'enquête ou l'appel fait au témoignage des hommes sur les phénomènes qui les entourent ; la statistique qui, malgré le manque de capacité, quelquefois même de probité scientifique chez ceux qui en relèvent les résultats, a déjà rendu, pour des questions spéciales, les services les plus réels, deviendra tous les jours une science d'autant plus sérieuse, qu'elle s'aidera des lumières de l'économie politique et que les connaissances économiques se généraliseront. Loin qu'il doive y avoir une opposition quelconque entre le statisticien et l'économiste, on comprendra de plus en plus que l'un ne peut pas marcher sans donner la main à l'autre. Avoir l'intelligence des faits économiques et savoir dégager la philosophie des faits recueillis, sans ces deux conditions on n'est ni statisticien ni économiste. Mentionnons ici en y applaudissant, et comme créations récentes dues à l'initiative individuelle, les congrès annuels de statistique dont la première idée appartient à M. Quetelet, et qui tous, notamment celui de Bruxelles en 18G1, ont donné aux questions qui nous occupent l'attention qu'elles méritent (recensement des indigents — signes et caractères de l'indigence — nombre des indigents — causes et, effets de l'indigence — nature et forme des secours — établissements de bienfaisance et de prévoyance, budget économique des classes laborieuses). N'oublions pas la Société de statisîique de Paris, fondée en 1860, et dont le recueil mensuel a déjà publié de très-importants travaux. I. 2

18 DU PAL'FÉRISME.

causes qui avaient produit l'aggravation du mal, ou pour mieux dire qui avaient coïncidé avec elle, c'est-à-dire par la liberté du travail, les progrès de l'industrie et aussi par une répartition moins imparfaite des produits, la situation des classes ouvrières, prises en masse, s'est considérablement améliorée de notre temps. L'abaissement progressif et général de la mortalité, la prolongation de la vie moyenne, prolongation telle que la loi de mortalité déterminée, par la table de Déparcieux, pour des têtes choisies de la fin du xvu*" et du commencement du xvui^ siècle, ne pourra plus être appliquée rationnellement bientôt même aux ouvriers qui vont déposer à la caisse des retraites pour la vieillesse, voilà, en dehors des appréciations et des déductions, deux résultats reconnus incontestables, et qui, mieux que des dénombrements impossibles, prouvent la vérité de notre assertion. Ces deux faits généraux, sensibles pour tous \ peuvent, du reste, être corroborés par des faits particuliers, indices considérables, tels que l'augmentation du capital national qui, au seul point de vue du sol et abstraction faite de l'énorme accroissement de la richesse mobiUère, a plus que triplé de valeur depuis 1789 ^, l'augmentation de la production agricole et industrielle ; celle des revenus publics proprements dits, et notamment des contributions indirectes. La France a à partager aujourd'hui entre ses 38,000,000 d'habitants une somme de jouissance six ou sept fois plus grande que celle qu'elle pouvait attribuer autrefois à 26 millions. La richesse commune ayant tellement augmenté, comment, même en tenant compte des attributions exception-

< En France, d'après un dépouillement par âge et par sexe, pour chaque âge, de 46 millions de décès environ, la vie moyenne étant pour les deux sexes de 3'2-82 ans de 1817 à 1831 ; de 3i-9G, de 1840 à 1840; de 37-65 en 1853 (année normale) et de 38-2 en 1860.

De 1854 à 1859, il y a eu dans cette progression continue une intermittence motivée unitiuement par la coïncidence de plusieurs fléaux réunis. Dans les années ordinaires, on coni[»te en moyenne en Franco un décès par 46 habitants. Dans les années calamiteuses, un décès par 36-17 et 37-10 habitants. En 1854, année de cherté, de guerre et de choléra, on vit pour la i)rcmière fois dc|)uis que les relevés de l'état civil sont publiés les décès surpasser les naissances. Le chilTre de la vie moyenne olTre du reste une assez grande diversité dans les pays de l'Europe. La longévité de la femme est généralement plus grande.

a La statistique évalue à 20 milliards le revenu tant agricole qu'industriel de la France (1859).

Page 1