PARTIE I, CHAPITRE I
nelles et des prélèvements des classes les plus favorisées, la part de chacun serait-elle restée la même? Les questions d'améliorations sociales ne sont-elles pas en définitive tout autant des questions de production que de distribution de larichesse? N'y a-t-ilpas solidarité entre le capital général et le bien-être? L'abondance ■ du capital n'est-elle pas la réalisation du bon marché ; et si nous croyons avec Stuart-Mill * que l'accumulation des produits qui entraîne trop souvent une compétition à outrance ne doive pas être poursuivie exclusivement comme le type idéal de la société et le dernier mot du progrès, n'en est-il pas résulté souvent, dans l'ordre pratique, de très-considérables avantages? Sous le rapport du logement, du vêtement, de l'alimentation, l'amélioration de la condition des classes pauvres est pareillement évidente, surtout si l'on songe aux consommations véritablement nouvelles ^. Que les pessimistes se rappellent les hommesanimaux de la Bruyère et le témoignage de Vauban, d'après lequel sur la population française de son époque, près d'un dixième mendiait, cinq dixièmes se trouvaient à peu près dans la position des premiers et 10,000 familles à peine étaient dans l'aisance. Qu'ils évoquent le tableau des anciennes famines périodiques qui emportaient des populations tout entières, et dussent-ils avoir les yeux fixés sur la plus intense de nos crises industrielles ou commerciales, qu'ils comparent ensuite ^ Il y a
' Political economy (t. II, p. 319).
^ Voir à ce sujet divers travaux publiés à l'occasion des expositions universelles de 1855 et 1862 et notamment, pour le logement et le mobilier, le rapport de M. Michel Chevalier sur les Produits de l'économie domestique. Voir aussi, malgré leurs réserves, les rapports des délégations ouvrières — et en outre l'enquête publiée en 1864 par la chambre de commerce de Paris.
^ D'après l'enquête de la chambre de commerce, les salaires des ouvriers de Paris se sont élevés depuis dix ans de 21 p. 100. La moyenne du salaire que la précédente enquête (celle de 1851) évaluait à 3t'r. 80 était en effet en 1861 de 4 fr. 54 c. (47 p. 100 des ouvriers touchent moins de 4 fr,, 33 p. 100 de 4à 5fr., 20 p. 100 au delà de 5 fr.). Nous savons bien d'après une publication de la statistique générale de France (Prix et Salaires à diverses époques, 2' série, t. XXII), tandis que les salaires n'augmentaient en France que de 17 p. 100, le prix des subsistances s'élevait de 45 p. 100 (pendant une périodede 32 années); tandis que pour la période quinquennale 1853-57 l'accroissement des salaires pour 59 corps d'état n'était que de 14 p. 100 dans les villes chefs-lieux d'arrondissement, l'augmentation de la viande de bœuf avait été de 25 p. 100. Mais d'abord il ne s'agit que des dernières années comparées entre elles. Ne serait-ce pas ensuite l'ensemble des habitudes plus que l'échelle des prix qui aurait changé? S'il est
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plus, à mesure que rinstruction professionnelle se dé\'eloppe, et que ces machines si redoutées se perfectionnent, voilà que se trouvent armés et fortifiés ceux qui semblaient devoir être les victimes de la crise ; voilà que se transforment peu à peu en auxiliaires directs des faibles ces innovations qui semblaient ne devoir servir qu'aux forts. Est-ce que, par exemple, et cela a déjà été remarqué de toutes parts ; est-ce que l'industrie de l'aubergiste et du voiturier que la locomotive devait broyer sous sa roue a jamais été plus prospère ; est-ce que jamais, malgré leur révolution mécanique, les grandes manufactures ont employé autant de bras d'hommes tout en les chargeant moins et en les rétribuant mieux? Est-ce que la machine à coudre, la machine Lenoir (à gaz dilaté), la locomobile qui fait de la vapeur une sorte de « serviteur familier *, » aujourd'hui à la disposition du petit industriel comme de l'agriculteur ne viennent pas aider l'ouvrier isolé à lutter contre l'atelier de confection, l'atelier ordinaire à rester outert à la porte de la fabrique, le simple paysan à cultiver son champ par les mêmes procédés que le grand propriétaire foncier ?
Donc, si le mal frappe aujourd'hui nos yeux plus qu'autrefois, c'est qu'il se détache plus vivement au milieu du bien-être qui l'entoure et le pénètre de plus en plus, si notre époque s'interroge avec tant d'anxiété sur certains résultats des progrès accomplis ; si, dans ces moments de doute, elle rabaisse la situation qui est née de ces progrès, c'est peut-être aussi qu'elle la rapporte à un idéal de plus en plus haut. Élévation du type
vrai enfin que le prix des denrées alimentaires obéit à une loi d'accroissement presque continuel, on peut signaler une marche inverse pour tous les produits industriels et notannncnt le vêlement, rameublement, etc. — Du reste, certains écrivains, et notamment M.L. de Lavergne {Journal de statistique, mai 1864) ne croient pas que, sauf à Paris, le prix de toutes choses ait autant augmenté depuis un demi-siècle qu'on le dit. Dernier ra|»|)rochement plus spécial, mais non moins concluant : L'administration de l'assistance de Paris fait périodiquement le recensement des individus inscrits comme indigents. Le rapport de la population indigente ta la population générale ({u'oii pense avoir été en 1SU2 de l indigent sur 4.90 hab.; et qui était en 1829 de 1 sur 13. OJ, n'était plus en 1850 que de l sur 10.59 et en 1801, de 1 sur 18.47 (101,7.')0 haitifants secourus en 1801 sur 1,007,841). Dans ce décroii^semcnt graduel du paupérisme officiel à Paris depuis le commencement du siècle, il y a une nouvelle preuve en faveur des assertions ci-dessus. ' Expression de M. Michel Chevalier.